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Zuhal Demir (N-VA), une version moderne de Don Quichotte
17·06·22

Zuhal Demir (N-VA), une version moderne de Don Quichotte

Timmie van Diepen est journaliste pour le quotidien Het Belang van Limburg.

Temps de lecture : 3 minutes
Auteur⸱e
Dominique Jonkers
Traducteur Dominique Jonkers

Cible de menaces proférées par des agriculteurs en colère, la ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA) bénéficie depuis mercredi d’une protection policière. Nous avons déjà eu l’occasion d’écrire ici que de telles menaces n’ont pas leur place dans la sphère politique. Certains agriculteurs se sentent – et on les comprend – menacés dans leur survie. Il n’y a pourtant qu’une seule manière de résoudre le débat sur les émissions d’azote, et c’est par la raison. Car il y a bel et bien un problème : qui dit excès d’émissions, dit appauvrissement des sols et dépérissement des zones naturelles environnantes. Cela nuit à la biodiversité, et met en danger tout notre écosystème.

De nombreux agriculteurs reprochent à Zuhal Demir d’avoir mis ce débat à l’ordre du jour, mais c’est une erreur : en effet, c’est un arrêt du Raad voor Vergunningsbetwistingen (le Conseil flamand qui traite les contestations relatives aux octrois de permis) qui, en février 2021, a remis en question l’ensemble de la politique d’octroi de permis en Flandre. Pour la première fois, un juge interdisait l’octroi d’un permis pour un nouveau poulailler dans la commune de Kortessem pour des raisons liées la nocivité des émissions d’azote.

Les Pays-Bas avaient déjà connu des situations analogues, avec une menace de paralysie économique si on ne réduisait pas les émissions.

Zuhal Demir n’avait donc pas le choix : elle devait agir. Cela dit, sa politique est discutable. Alors que certaines exploitations agricoles sont menacées de fermeture, qu’un permis a été refusé pour plusieurs projets de centrales au gaz, la ministre a donné le feu vert, la semaine dernière, pour la construction par le géant chimique Ineos d’une nouvelle installation de craquage d’éthane dans le port d’Anvers, à un jet de pierre de la lande protégée de Kalmthout. Si la Flandre souffre d’un trop-plein d’azote, cela ne concerne-t-il pas tout le monde ? Même l’industrie lourde anversoise ?

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Voilà qui nous amène aux considérations électorales propres à Mme Demir. Pour la ministre, pouvoir se profiler comme une version moderne de Don Quichotte, face aux agriculteurs, c’est tout bénéfice. Depuis le début des années 2000, époque où une autre ministre, Vera Dua se battait pour limiter les excédents de lisier, le pouvoir du lobby agricole s’est fortement effrité : les agriculteurs sont de moins en moins nombreux et ne signifient plus grand-chose sur le plan électoral.  Au contraire, depuis plusieurs années, la population a véritablement pris conscience de la nécessité de protéger l’environnement.  Cela ne fait que renforcer Zuhal Demir dans sa conviction de ne pas fléchir.

« L’agitation qui entoure le cas Demir donne à la N-VA une bouffée d’oxygène dans une période difficile. »

Ce n’est donc pas un hasard si le président de la N-VA, Bart De Wever, la hisse aujourd’hui sur le pavois.  L’agitation qui entoure le cas Demir donne à la N-VA une bouffée d’oxygène dans une période difficile. Sur le plan de l’effectif, le départ de Lorin Parys (ancien vice-président de la N-VA, attiré par les sirènes du football belge) et de Valérie Van Peel (qui a annoncé pour bientôt son retrait de la vie politique) affaiblissent le « flanc modéré » du parti.

Sur le plan du contenu, la N-VA s’est empêtrée dans la problématique de la qualité de l’enseignement (son cheval de bataille) que Ben Weyts ne parvient pas à relever. En cette période de morosité pour le parti, Zuhal Demir, pratiquement seule, est celle qui projette une apparence de dynamisme. On ne s’étonnera donc pas que Bart De Wever ait laissé entendre, en début d’année, qu’il la verrait bien assumer la ministre-présidence de la Flandre en 2024. Une idée qui, très probablement, emporte encore plus sa conviction aujourd’hui qu’hier.

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