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L’ordre de Léopold II est-il encore digne de notre époque ?
20·06·22

L’ordre de Léopold II est-il encore digne de notre époque ?

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

BELGA / JAMES ARTHUR GEKIERE : photos prise lors du boulonnage d’une statut de Leopold II à Gand en juin 2020.

Auteur
Geneviève Bernard
Traductrice Geneviève Bernard

Le 30 juin prochain, trois responsables politiques vont être décorés de l’ordre de Léopold II, comme le veut cette tradition annuelle. Est-il toutefois encore d’actualité de décerner un titre portant le nom du souverain responsable des atrocités commises dans l’État indépendant du Congo ? Groen n’est pas de cet avis.

Cette année, ce sont Emir Kir, bourgmestre de Saint-Josse-ten-Noode (PS), Eric Van Rompuy, ancien député et ministre (CD&V) et Francis Delpérée, universitaire et ancien député (cdH), qui seront mis à l’honneur. L’ordre de Léopold II constitue un des trois grands ordres nationaux, après l’ordre de Léopold et l’ordre de la Couronne.

L’Ordre de Léopold II, colonial et civil, a vu le jour en 1900. Il compte parmi les ordres de chevalerie belges depuis l’indépendance du Congo, en 1960, et est réservé aux responsables politiques, aux fonctionnaires, aux universitaires, aux militaires ainsi qu’aux autres citoyens justifiant de solides états de service dans leur secteur d’activité.

Aujourd’hui, Groen remet en question le bien-fondé de l’ordre de Léopold II. « Il s’agit d’un héritage de l’époque coloniale », déclare le député et président de la commission spéciale de la Chambre sur le passé colonial Wouter De Vriendt (Groen). « Il n’y a rien de mal à ce que des Belges méritants reçoivent un titre honorifique symbolique. Cependant, décerner un titre honorifique au nom d’un chef d’État dont le règne était basé sur la terreur relève du mauvais goût. Nous entendons en débattre au sein de la commission parlementaire ».

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Le Roi Léopold II a régné sur l’État indépendant du Congo entre 1885 et 1908. Il s’agissait de sa propriété privée. Des millions de Congolais sont morts sous son régime colonial violent.

Selon Wouter De Vriendt, la date de la cérémonie de l’ordre de Léopold II est aussi extrêmement mal choisie : elle coïncide avec le jour marquant l’indépendance du Congo. « Le choix de cette date est franchement consternant. C’est une insulte à la conscience nationale congolaise », déclare De Vriendt.

« Commandeur de l’ordre de Léopold II n’est pas du tout un titre honorifique. C’est une accusation. »

Ce n’est pas la première fois que l’ordre de Léopold II est mis en cause. L’année dernière, Nora Bertels, conseillère communale de Duffel (Groen), a refusé ce titre. En 2020, Frank Albers, professeur de littérature anglaise à l’Université d’Anvers, a fait de même. « Commandeur de l’ordre de Léopold II n’est pas du tout un titre honorifique. C’est une accusation », écrivait alors Albers dans un billet d’opinion publié dans « De Standaard ». « Je trouve très regrettable que mon texte soir resté sans effet à l’époque », affirme-t-il. « Il est positif que Groen mette cette question à l’ordre du jour ».

Nadia Nsayi, politologue et auteur du livre « Fille de la décolonisation », se félicite que l’on s’intéresse au personnage de Léopold II depuis quelques années. « Nous nous focalisons toutefois sur la figure du Roi, ce qui nous fait oublier les autres acteurs. Léopold II n’était pas seul. À l’instar de l’ordre de Léopold II, le bien-fondé du prix Francqui, destiné aux universitaires, devrait également être remis en cause (Emile Francqui était un universitaire, entrepreneur et militaire envoyé au Congo par Léopold II pour participer à la guerre belgo-arabe, PG) ».

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