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Tensions au sein de la majorité flamande : « Le CD&V nouveau est arrivé »
21·06·22

Tensions au sein de la majorité flamande : « Le CD&V nouveau est arrivé »

Temps de lecture : 4 minutes
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Suite – et sans doute pas fin – des mésaventures du gouvernement flamand : les tensions entre les partis de la majorité, notamment entre la N-VA et le CD&V, s’accentuent dans deux dossiers majeurs : la crise de l’azote dans le monde agricole et les compétences terminales dans l’enseignement. « Le CD&V se forge peu à peu une nouvelle identité. Le CD&V nouveau est arrivé », analyse Ivan De Vadder, journaliste politique de la VRT. Mais que fait le ministre-président Jan Jambon ?

Enseignement : désaccord sur les compétences terminales

Sammy Mahdi, futur président du CD&V, s’est fendu d’un tweet pour le moins remarquable ce jeudi, alors que la Cour constitutionnelle venait de descendre en flèche les nouvelles compétences terminales des deuxième et troisième degrés du secondaire. « Une bonne chose », a jugé Mahdi. « Les nouvelles compétences terminales allaient trop loin », a tweeté, pour sa part, l’actuel président du parti, Joachim Coens.

Nous écrivons « remarquable » car les négociations qui ont mené à ces compétences terminales avaient été entamées sous l’ancienne ministre de l’Enseignement, la CD&V Hilde Crevits, mais aussi parce que les parlementaires CD&V avaient voté en faveur de ces compétences. « Je trouve ça un peu bizarre », a réagi, au journal télévisé, l’actuel ministre de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), pour qui la décision de la Cour constitutionnelle constitue une défaite juridique.

Nicolas Bouteca, politologue à l’UGent, trouve aussi « bizarre » que le CD&V se réjouisse de l’arrêt de la Cour constitutionnelle, après avoir voté en faveur des nouveaux objectifs pédagogiques. « Cependant, il est normal que le CD&V prenne le parti de l’enseignement catholique », explique-t-il. C’est en effet le réseau de l’enseignement catholique, étroitement lié aux chrétiens-démocrates flamands, qui avait introduit le dossier devant la Cour constitutionnelle.

La crise de l’azote

Un autre dossier sème la discorde au sein de l’exécutif flamand : les nouvelles normes en matière de rejets d’azote, et en particulier la « liste rouge » des entreprises agricoles qui devront fermer leurs portes d’ici 2025 en raison de rejets excessifs.

Zuhal Demir (N-VA), une version moderne de Don Quichotte

Dans ce dossier aussi, c’est surtout entre la N-VA et le CD&V que le torchon brûle. D’un côté, nous avons les nationalistes avec Zuhal Demir, ministre de l’Environnement, et de l’autre, les chrétiens-démocrates avec Jo Brouns, ministre de l’Agriculture. Et il n’y a pas qu’eux : l’Open VLD fait aussi des vagues, par la voix de la députée régionale et ex-présidente du parti Gwendolyn Rutten, qui s’interroge sur la composition de la liste rouge.

En soi, le gouvernement flamand défend bel et bien l’accord sur l’azote, obtenu pendant les congés de carnaval, mais le CD&V n’a pas manqué de mettre le doigt sur les réserves exprimées par différentes parties, dont un lobby historiquement très proche du parti : le Boerenbond.

« Le CD&V fait aujourd’hui ce que la N-VA a fait pendant des années »

« Il est clair que le CD&V, dans ces deux dossiers, s’oppose au consensus obtenu au sein même du gouvernement flamand. Dans le dossier des compétences terminales, le parti est même passé à la vitesse supérieure », analyse Ivan De Vadder, commentateur politique de la VRT.

« Aux premières loges se tiennent des lobbys traditionnellement proches du CD&V, à savoir le réseau de l’enseignement catholique et le Boerenbond. Ceux-ci se sentent en danger et doivent être défendus, affirme Ivan De Vadder. Mais il faut également tenir compte d’un deuxième élément : le CD&V nouveau est arrivé. »

Le cd&v peut-il arrêter sa chute ?

En effet, après des sondages catastrophiques, après la démission du président Joachim Coens, après le départ du ministre flamand Wouter Beke, les chrétiens-démocrates se montrent plus virulents et s’assument davantage. Ivan De Vadder : « À mes yeux, la position du CD&V est désormais très claire : ils font ce que la N-VA a fait pendant des années, c’est-à-dire garder un pied dans la majorité et un pied en dehors. Ils mènent une opposition au sein même du gouvernement. C’est ce qu’on appelle, en Belgique francophone, la particip-opposition. »

Cette tendance n’a pas échappé non plus à Nicolas Bouteca : « Le CD&V est devenu un parti comme beaucoup d’autres, dans la mesure où il pense moins à la gestion de la cité qu’à la gestion de son image. Nous nous dirigeons probablement vers une politique de l’immobilisme d’ici les prochaines élections, ce qui ne débouchera sur rien de bon. »

Wouter Beke: l’inévitable démission

« Nous accusons souvent l’exécutif fédéral de ne pas parvenir à prendre des décisions, mais il va falloir veiller à ce que la Flandre n’aboutisse pas dans la même situation », prévient Nicolas Bouteca, qui annonce pour 2024 des formations de gouvernements pour le moins ardues. « Je crains le pire, quand je vois à quel point il est déjà difficile, à l’heure actuelle, de prendre des décisions… Il faut que les partis comprennent qu’une victoire électorale commence par une bonne gestion. »

Mais que fait Jan Jambon ?

L’atmosphère au gouvernement flamand n’est pas vraiment bonne. « Je n’hésiterais pas à parler d’une ambiance aigrie, voire délétère », assure Ivan De Vadder. Et de nouveaux dossiers vont arriver, qui permettront probablement au CD&V de continuer sur sa lancée.

Le journaliste politique cite par exemple le dossier Ventilus, du nom du projet de nouvelle ligne à haute tension aérienne qui suscite de vives inquiétudes en Flandre occidentale, tant chez les citoyens que chez les élus locaux.

Le politologue Carl Devos prédit « deux années de déboires pour le gouvernement flamand »

Les temps sont durs pour le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA). « Ajoutons à tout ceci que Jambon voyage régulièrement à l’étranger, officiellement pour rattraper ce qui n’a pas pu être fait pendant la crise sanitaire. Voilà qui donne de lui l’image d’un ministre-président absent, y compris auprès de ses propres ministres », analyse Ivan De Vadder.

Nicolas Bouteca estime aussi qu’en principe, c’est au ministre-président Jambon qu’il revient de remettre son gouvernement sur les rails. « Pourtant, on ne l’entend ni ne le voit pas beaucoup pour l’instant. On pressent qu’il n’assurera qu’un seul mandat et que Zuhal Demir devrait lui succéder, ce qui ne lui facilite pas la tâche, il faut bien le reconnaître. »

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