L’État belge est à nouveau visé par des accusations d’antisémitisme. Et comme il y a trois mois, les reproches viennent des États-Unis et d’Israël, rejoints par l’Association juive européenne (European Jewish Association – EJA) qui parle d’« un moment de honte pour la Belgique ». Peut-on raison garder, s’il vous plaît ?
Quels sont les faits ?
Le parquet d’Anvers a clôturé son enquête sur deux mohels (mohalim en hébreu) – ces hommes qui dans la tradition juive pratiquent les circoncisions rituelles – et a décidé de transmettre le dossier à la chambre du conseil. Cette dernière devra statuer le mois prochain sur leur éventuel renvoi devant le tribunal correctionnel.
En Belgique, une circoncision religieuse doit en principe être réalisée par un médecin diplômé. Les mohels ne le sont généralement pas, même s’ils sont souvent formés à cette intervention. Dans les faits, ces pratiques sont tolérées en Belgique. Légalement, la situation est floue.
Tout le reste n’est que surenchère. Dans un style très trumpien, l’ambassadeur américain Bill White outrepasse une fois de plus ses fonctions. Un diplomate n’a pas à commenter la procédure judiciaire en Belgique, même si le député belge Michael Freilich vient demander conseil aux États-Unis. Il en va de même pour le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa’ar. Maxime Prévot a eu raison de les remettre tous deux à leur place.
Quant au président de l’Association juive européenne, il peut dire ce qu’il veut, mais il ferait mieux de s’occuper du véritable antisémitisme. Car il existe bel et bien, y compris en Belgique, et il est absolument inacceptable. Mais les autorités belges ne sont pas antisémites parce qu’elles encadrent des rituels religieux impliquant une intervention médicale sur des enfants. Et la justice belge ne l’est pas davantage parce qu’elle enquête sur des pratiques susceptibles de mettre en danger la vie de mineurs.
À force de déformer les faits et de multiplier les accusations grossières, ces grands défenseurs de la foi juive ne font qu’alimenter l’exaspération. Et ce faisant, ils attisent des sentiments négatifs envers la communauté juive. L’EJA ferait mieux d’engager un dialogue serein avec le gouvernement belge sur le rôle des mohels. La Belgique respecte toutes les religions. Si l’EJA fait preuve du même respect à l’égard de la loi belge, un accord reste possible.
En attendant, la justice doit faire son travail. N’en déplaise à Bill White et Gideon Sa’ar.
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