Créé pour reprendre la main sur les questions de discrimination après la sortie de Unia, le Vlaams Mensenrechteninstituut (VMRI) fait aujourd’hui grincer des dents… jusque dans les rangs de la N-VA qui l’ont porté sur les fonts baptismaux. En cause : plusieurs décisions récentes qui bousculent la vision de certains partis conservateurs flamands.
Ces dernières semaines, le VMRI, Vlaams Mensenrechteninstituut, l’institut flamand des droits humains, s’est retrouvé sous le feu des projecteurs dans le nord du pays.
Dans un premier dossier, un homme trans a introduit une plainte après s’être vu refuser l’accès à une piscine de Lanaken (Limbourg) en raison du règlement imposant le port d’un maillot moulant. Cet homme trans, qui n’a pas subi de phalloplastie, expliquait qu’un tel maillot rendrait sa situation corporelle visible.
Fin mars, la chambre des litiges du VMRI tranche : le règlement de la piscine, bien que neutre en apparence, entraîne une discrimination indirecte fondée sur l’identité et l’expression de genre, en empêchant certaines personnes de fréquenter la piscine sans être exposées.
Réaction immédiate dans les rangs du Vlaams Belang : « L’un veut un burkini, l’autre ne veut pas de maillot de bain moulant. Quand cela va-t-il s’arrêter ?« , s’agace Bart Van Opstal, député flamand d’extrême droite, lors d’un débat au Parlement flamand.
Quelques jours plus tard, le même institut estime que l’interdiction du voile à l’athénée de Termonde constitue elle aussi une discrimination indirecte fondée sur la religion et le sexe.
L’institut recommande de lever l’interdiction du voile à l’Athénée de Dendermonde et d’abandonner, au niveau du réseau d’enseignement officiel flamand, toute consigne imposant aux écoles de bannir les signes convictionnels.
Du côté de la N-VA, la pilule passe mal. « Tout le monde peut être soi-même, mais nous n’adhérons pas à la vision du monde hyperindividualiste de gauche qui fait passer les situations individuelles avant les intérêts collectifs« , clame Manu Diericx, député flamand N-VA, lors de ce même débat au Parlement flamand.
Pas encore né, le pendant flamand d’Unia est déjà controversé
Le paradoxe : un institut voulu par ses détracteurs
Le plus ironique ? C’est précisément la N-VA qui a poussé à la création du VMRI. L’institut voit le jour en 2023, après le retrait de la Flandre de Unia.
Quelques années auparavant, plusieurs figures de proue de la N-VA dénonçaient une approche jugée biaisée de l’égalité d’Unia, le centre interfédéral.
L’actuelle présidente de la N-VA Valérie Van Peel, alors députée fédérale, critiquait par exemple le fait que certaines offres d’emploi chez Unia étaient seulement réservées aux femmes ou aux personnes avec handicap : « Une politique d’égalité des chances, ça veut dire que tu ne regardes pas l’origine ou le sexe de la personne… »
Face à ces attaques, Els Keytsman, la directrice d’Unia, défendait alors le travail de son organisme : « Nous sommes là pour tout le monde « , insistait-elle, rappelant que les plaintes concernent des discriminations variées : handicap, âge ou orientation sexuelle.
Elle dénonçait aussi certaines caricatures politiques, comme quand l’ancienne vice-ministre présidente N-VA Liesbeth Homans expliquait qu’ »Unia ne défendait que les personnes d’origine étrangères« .
Un nouvel acteur flamand plus cher et sans griffes
Trois ans après sa création, le VMRI fait parler de lui dans les médias du nord du pays. Sa mission consiste à rendre des avis via une chambre des litiges. Des avis qui peuvent faire du bruit… mais qui restent sans effet contraignant : aucune sanction ne peut être imposée.
Le contraste est également financier. Là où la Flandre contribuait à hauteur d’environ 800.000 euros par an au fonctionnement de Unia, le VMRI dispose aujourd’hui d’une dotation de 4,8 millions d’euros.
Malgré les critiques, certains responsables politiques de la majorité flamande montent au créneau pour défendre l’institution. Tina Van Havere, députée flamande Vooruit, défend le rôle de l’organisme sur le plateau de Terzake (VRT): « On peut penser tout ce qu’on veut sur les avis de cet institut, c’est justement pour ça qu’il est nécessaire. Les partis politiques peuvent ainsi formuler leur point de vue sur les avis. Nous avons besoin d’un organisme indépendant et neutre qui donnent des avis sur la société. Il n’invente pas de réglementation, il se base sur les règles en place. »
