Israël et ses partisans ont au moins raison sur un point : la question de savoir si Israël a le droit ou non de participer au concours Eurovision de la chanson est anecdotique, a fortiori si on la compare aux guerres que mène le gouvernement de ce pays et aux crimes incessants qu’il tolère.
« Ne se passe-t-il donc rien de plus important dans le monde pour que l’on nous rebatte les oreilles avec les participants à un concours de chanson ? », s’interroge-t-on dans le camp israélien. Excellente question !
Il serait en effet plus opportun de parler de l’étau mortel qu’Israël continue de resserrer autour de chaque vie palestinienne à Gaza. On pourrait évoquer, également, la restriction brutale des zones de sécurité, les manoeuvres criminelles derrière la pénurie d’eau ou la destruction de l’habitat de centaines de milliers de personnes. On pourrait fustiger, encore, cette guerre absurde en Iran dans laquelle le gouvernement israélien a entraîné le président américain Donald Trump dans l’improvisation la plus totale, et dont l’impact se fait ressentir aux quatre coins du monde.
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Et ce n’est pas tout, car on pourrait tout aussi bien dénoncer la politique de colonisation destructrice que l’État israélien mène sans relâche dans les territoires occupés de Cisjordanie, dont il annexe illégalement des portions, où il détruit des possessions palestiniennes et où il chasse des communautés villageoises. L’idée d’un grand État israélien unifié n’est-elle toujours qu’un fantasme d’extrémistes, ou devient-elle petit à petit un objectif officiel pour les autorités du pays ?
Celles et ceux qui soutiennent la politique du gouvernement Netanyahou ont donc raison : toutes ces questions sont bien plus importantes que celle des participants à l’Eurovision. Elles sont également beaucoup plus préoccupantes et révoltantes, ou en tout cas elles devraient l’être !
Israël ne demande pas mieux que de nous entendre pinailler à propos d’un concours de chanson, puisque c’est son propre gouvernement qui alimente cette discussion avec sa propagande racoleuse et ses tentatives de manipuler la procédure de vote. Et tant mieux si les gens réagissent et protestent !
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Chaque goutte d’encre employée pour attiser la polémique autour de l’Eurovision ne sera pas utilisée, en effet, pour traiter le coeur du problème, à savoir les crimes de guerre perpétrés contre le peuple palestinien depuis les attentats terroristes commis par le Hamas le 7 octobre 2023.
C’est pour la même raison que les défenseurs d’Israël aiment tant susciter le débat autour de la définition de génocide. Toute discussion à cet égard revient, en effet, à passer sous silence des meurtres de masse, des crimes de guerre, des purifications et des déportations. Ces partisans d’Israël se délectent de politiciens tels que Gwendolyn Rutten (Anders), qui confondent bêtement « israélien » et « juif » lors de débats surchauffés. Pour ce genre de bourde, ils n’hésitent pas à faire retentir immédiatement l’alerte antisémitisme. Pendant ce temps-là, le véritable antisémitisme progresse, avec tous les dangers qu’il charrie dans son sillage.
Le gouvernement cynique et criminel que dirige Netanyahou n’a pas son pareil pour détourner l’attention, et il serait temps de ne plus lui permettre de manœuvrer de la sorte. Le vrai débat n’est pas de savoir qui donne ou ne donne pas de points à qui, mais devrait explorer depuis longtemps la question de fond des liens privilégiés que l’Union européenne continue d’entretenir avec Israël.
Au regard du passé, nous avons le devoir, nous Européens, de faire preuve de sens des responsabilités, mais l’histoire ne nous oblige pas à signer une carte blanche en faveur des crimes de guerre que commet Israël !
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