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La vaccination en Flandre ralentie par l’administration et le copinage

Crédit: DoroT Schenk via Pixabay

8 janvier 2021

La vaccination en Flandre ralentie par l’administration et le copinage

Temps de lecture: 5 minutes

Elle n’aura pas duré longtemps, l’euphorie de la vaccination du senior Jos Hermans, résidant d’une maison de repos à deux pas de Puurs, la commune où Pfizer produit son vaccin. Cette grande première, c’était surtout du show. Sint-Amands a beau se trouver à un jet de pierre de Puurs, le vaccin doit faire un voyage administratif de plusieurs mois depuis l’usine de Pfizer de Puurs vers l’Europe, puis vers la Belgique, puis vers la Flandre, ses hubs et ses congélateurs, et finalement vers Puurs et les maisons de repos qu’on fournit à son aise, comme on livrerait un chargement de boissons fraîches.

Reconstituons les faits. Pfizer/BioNTech a mis au point son vaccin le 18 novembre. À cette date, l’entreprise avait conclu, dans un rapport détaillé, à un taux d’efficacité de 95 %. Début décembre, les instances sanitaires britanniques ont approuvé le vaccin et commandé immédiatement 40 millions de doses. Israël, qui s’y est pris à peu près en même temps, a reçu sa première commande le 9 décembre, et a depuis lors déjà vacciné 13 % de sa population en suivant l’ambitieux programme qu’il s’était fixé. Quant aux États-Unis, ils ont réagi à la même vitesse. Pourtant, là aussi, on prend très au sérieux l’homologation des traitements médicaux.

Surtout, pas de précipitation !

L’Europe, elle, a dû réfléchir pendant un bon mois avant de procéder, le 27 décembre, à la livraison de 200 millions de doses. Une enquête de l’hebdomadaire allemand Der Spiegel nous apprend que l’UE aurait pu commander 500 millions de vaccins, mais que les Français ont opposé leur veto afin que l’entreprise française Sanofi puisse aussi obtenir sa part du gâteau. Le problème, c’est que Sanofi espère pouvoir commercialiser son vaccin pour fin 2021. Merci la France.

Ursula von der Leyen peut désormais se reposer et se montrer satisfaite : on peut envoyer des colis aux 27 États membres. Et parmi ceux-ci, le Belgenland, où la stratégie de vaccination n’est toujours pas au point et où on vaccine au compte-gouttes. « Ce n’est pas un concours de vitesse », nous marmonne à l’envi le ministre compétent, Frank Vandenbroucke, entouré de ses experts. Désolé, mais il s’agit bel et bien d’une course ! Si on ne vaccine pas massivement avant la troisième vague, à commencer par le personnel soignant, il y aura trop peu de gens pour administrer le vaccin et c’est tout le programme de vaccination qui s’écroulera.

Soit. La Belgique répartit ses vaccins parmi ses 40 « hubs », à savoir les hôpitaux qui disposent de grands congélateurs. Une fois la répartition accomplie, la suite du processus relève des gouvernements régionaux, c’est-à-dire, pour la Flandre, celui de Wouter Beke, un homme qui a pourtant fait ses preuves. La Wallonie aura vacciné cette semaine 12 000 résidents de maisons de retraite, la Flandre 6 700. Un peu moins de la moitié, donc. Et personne n’a d’explication à fournir. Allo Wouter ? Pas de nouvelles, bonnes nouvelles ?

Le vaccin doit donc franchir trois barrages avant d’arriver à destination, c’est-à-dire dans nos bras. L’Europe, la Belgique et la Flandre. Le train roule au ralenti et ça va coûter des vies, sans parler de l’imminente explosion de la bombe à retardement sociale et économique. Le scénario auquel nous assistons est gangréné par la négligence, la bureaucratie et la mauvaise gestion, et ce n’est pas nouveau. Nous critiquons l’Europe, nous nous plaignons du mal belge, mais une fois de plus, la Flandre n’arrive pas à se distinguer non plus.

Une crise gérée entre amis

Il y a un mois, j’avais prédit que les vaccins belges allaient approcher de leur date de péremption dans de grandes chambres froides. Malheureusement, ma prophétie semble se réaliser. Les critiques cinglantes du professeur de microbiologie et d’immunologie Hans-Willem Snoeck (Université de Columbia) dans l’émission Terzake sur la VRT à l’encontre de Dirk Ramaekers, chef de la task force fédérale chargée de la vaccination, ont été balayées d’un revers de la main. Toujours par ce même argument : chi va piano, va sano. Surtout, jouons la carte de la sécurité.

Dirk Ramaekers est le directeur médical de l’hôpital Jessa de Hasselt. Certes, les Limbourgeois ont la réputation d’être lents, mais trêve de stéréotypes : cet homme est le responsable opérationnel des lamentables statistiques belges en matière de vaccination. Il conviendrait de le remplacer sur-le-champ, mais malheureusement, M. Raemaekers est professeur, c’est un expert et il fait partie de l’establishment politique.

Il fait en effet partie du petit cercle de conseillers fidèles de Frank Vandenbroucke, dont il était déjà chef de cabinet au début de ce siècle, d’abord aux Affaires sociales, puis à la Santé. Il joue également un rôle de premier plan à l’INAMI et dans le milieu des mutuelles. Ce n’est pas le genre d’homme qu’on écarte facilement.

Autre expert que nous voyons quotidiennement sur nos écrans et qui n’a rien à envier au cabinettard Raemakers : Pierre Van Damme, épidémiologiste. Lui aussi, il soutient contre vents et marées la politique du ministre. Il ne faut pas s’attendre à la moindre critique de la part de cet homme, certainement pas contre la stratégie de vaccination. En s’attachant les services des experts, voire en les nommant porte-parole, on s’assure surtout d’étouffer toute critique, y compris de la part des experts. Sauf, évidemment, quand un professeur flamand résidant en Amérique passe dans le coin et dit les choses telles qu’elles sont.

« Les gens doivent savoir que pour le départ et le déploiement de la campagne, nous visons avant tout la qualité. Nous devons parfaitement apprivoiser l’intégralité du processus de décongélation et de conservation », nous a répété en boucle Pierre Van Damme dans l’émission De Ochtend sur Radio 1. Bien sûr, Pierre, nous n’avons que ça à faire : attendre que vous apprivoisiez parfaitement toute cette histoire de décongélation. Je peux peut-être vous proposer l’aide experte de ma mère, qui retire chaque jour sa portion de pain du congélateur.

Comme au temps des Soviets.

Ces experts semblent vivre dans un univers parallèle. Son homologue Dirk Van Damme était, jusqu’en 2008, chef de cabinet du ministre de l’Enseignement de l’époque, Frank Vandenbroucke (comme le monde est petit…), après être passé par le cabinet de Luc Van den Bossche. Cet homme fait partie des responsables directs de la dégradation de la qualité de l’enseignement flamand. Pierre et Dirk sont deux exemples parfaits d’experts apparatchiks, biberonnés au socialisme et taillés sur mesure pour incarner une politique qui oscille entre médiocrité et indigence. Comme au temps des Soviets.

Les politiciens sont incompétents et les experts corrompus. Pourtant, on n’aurait pas besoin d’une loupe pour trouver de vrais managers. Et pendant ce temps, la bureaucratie ralentit la lutte contre le coronavirus. Le mal belge (et flamand) se nourrit d’un entre-soi et d’un copinage qu’entretient une culture politique apathique.

Le commissaire corona Pedro Facon est en congé maladie, pour burn-out. Repose-toi bien, Pedro, prends ton temps. Si j’étais juif, j’émigrerais sur-le-champ en Israël. Si j’étais palestinien, par contre, je n’irais pas en Palestine, qui souffre des mêmes malheurs que la Flandre. De toute façon, je ne suis ni l’un, ni l’autre, et je vais encore devoir patienter quelques mois ici, dans notre brumeuse patrie. Puurs se trouve en Flandre, mais malheureusement, cela ne signifie rien. Au fait, quelqu’un a des nouvelles de notre ministre-président, Jan Jambon ?

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