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Qui est-ce ? Wouter Beke, le ministre bouc émissaire de la Flandre

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20 avril 2020

Qui est-ce ? Wouter Beke, le ministre bouc émissaire de la Flandre

Qui est-ce ? Une série de portraits de personnalités flamandes. Le tout Made in DaarDaar.

Temps de lecture: 5 minutes
Aubry Touriel
Auteur

Wouter Beke, le ministre flamand de la Santé publique, fait l’objet de nombreuses critiques depuis quelques semaines. La raison ? Sa manière de gérer la crise du coronavirus dans les maisons de repos et de soins.

Lunettes rondes, cheveux courts bien coiffés, air sérieux… voici « le bouc émissaire de la Flandre », comme titre le quotidien Het Belang Van Limburg ce week-end. Le ministre Wouter Beke (CD&V) balaie les blâmes d’un revers de la main : « Je me préoccupe des problèmes, pas des commentaires. »

Pourtant, les problèmes s’accumulent pour le ministre flamand du Bien-être, de la Santé publique, de la Famille et de la lutte contre la pauvreté. Le nombre de morts liés au coronavirus augmente jour après jour dans les maisons de repos en Flandre.

« Je n’étais pas au courant »

Le Conseil national de sécurité de ce mercredi a provoqué la surprise : les citoyens belges peuvent rendre visite aux pensionnaires de maisons de repos et de soins, sous certaines conditions.

Que ce soit au sein des organisations de terrain ou dans le monde politique, les critiques fusent. Katrien Partyka, la bourgmestre CD&V de Tirlemont, somme le gouvernement flamand : « Il faut créer un cadre clair pour gérer la crise dans les centres de soins. »

Depuis le 1er janvier 2019, la gestion des maisons de repos et de soins est une compétence des régions à la suite de la dernière réforme d’État. C’est donc Wouter Beke, le ministre flamand de la Santé publique et du Bien-être qui est responsable. “Je n’étais pas au courant de la décision prise au Conseil national de sécurité”, se défend l’intéressé dans la presse. Pourtant, le ministre-président flamand Jan Jambon était présent lors du Conseil national de sécurité et aurait pu informer son ministre.

Finalement, le ministre limbourgeois a décidé de reporter l’autorisation de visite dans les maisons de soins pour bien préparer leur réouverture en concertation avec le secteur.

Plan d’urgence arrivé trop tard

Depuis un mois, la manière dont Wouter Beke gère la crise liée au covid-19 est critiquée. À la mi-mars, la plateforme Zorgnet-Icuro, qui regroupe 300 maisons de repos, soumettait au ministre flamand plusieurs projets de mesures pour endiguer la propagation du coronavirus dans les maisons de soins.

Ce n’est pourtant que le 9 avril que Wouter Beke annonce la mise en place d’un plan d’urgence et d’une task force. « On a perdu trois précieuses semaines. Une réaction plus rapide aurait pu réduire le nombre de contaminations aujourd’hui », se plaint le secteur.


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Attaqué de toutes parts, le Limbourgeois de 45 ans trouve néanmoins du soutien auprès de sa femme qui a diffusé un message sur son mur Facebook pour souligner les qualités de son mari : « Chéri, quand je lis tous ces commentaires, j’ai l’impression d’être marié à l’homme le plus irresponsable du monde ! Heureusement, je suis bien placée pour dire que ce n’est pas le cas… »

L’idéologue du CD&V

Leen Desmyter et Wouter Beke ont appris à se connaître dans les espaces communs des kots du béguinage à Louvain. Lui étudie les sciences politiques, elle l’économie. Même si le fils de médecin généraliste fait partie du club d’étudiant catholique et flamingant KVHV, c’est un bûcheur qui préfère étudier dans son kot plutôt que de faire la fête.

Devenu assistant à la KULeuven, le Limbourgeois devient la force silencieuse derrière la machine démocrate-chrétienne. Il est connu pour son approche rationnelle et son style de comptable. Ses nombreuses publications sur le CVP et sur le CD&V lui octroient même l’appellation d’« idéologue du CD&V ».

À partir de 2003, le doctorant de 29 ans devient vice-président du parti démocrate-chrétien. Il répond présent quand on lui demande d’assurer deux mois la présidence par intérim du parti en 2008 lorsque Etienne Schouppe devient secrétaire d’État au fédéral.

Deux ans après ce dépannage, Wouter Beke reprendra officiellement le flambeau de Marianne Thyssen. L’idéologue présidera alors le parti démocrate-chrétien pendant neuf ans avant de devenir ministre flamand de la Santé au début du mois d’octobre 2019.

Intéressé par les postes ?

C’est d’ailleurs cette nuit du 1er au 2 octobre 2019 que l’avenir politique de Wouter Beke s’est joué. L’accord de gouvernement flamand entre N-VA, CD&V et Open Vld est scellé, il ne reste plus qu’à répartir les postes ministériels : Jan Jambon deviendra ministre-président et sera entouré de trois ministres N-VA. Les chrétiens-démocrates et les libéraux ont respectivement droit à trois et deux ministres.

C’est Wouter Beke qui mène alors les négociations pour les chrétiens-démocrates. Lors de l’assemblée générale nocturne du CD&V, il exige un poste dans le gouvernement Jambon alors que le parti aspire à de nouveaux visages. Résultat : les trois ministres chrétiens-démocrates sont Hilde Crevits, Benjamin Dalle et… Wouter Beke.

En réclamant lui-même un poste de ministre, Wouter Beke essuie les critiques au sein même de son parti : il n’y aurait que les postes qui l’intéressent. « Je me rends compte que ce n’est pas évident », concèdera-t-il à De Morgen.

En une nuit, il délaissera la présidence du CD&V et son poste de ministre fédéral de l’Emploi (qu’il occupait depuis le départ de Kris Peeters au Parlement européen). Il reste néanmoins bourgmestre en titre de la petite ville limbourgeoise de Bourg-Léopold, fonction qu’il exerce depuis 2013.

Face à ceux qui l’accusent d’être obnubilé par des fonctions ministérielles, Wouter Beke restera de marbre… Jusqu’à cet interview du 21 décembre dans Het Belang Van Limburg : « En 2011, j’ai permis de mettre sur pied le gouvernement Di Rupo. À l’époque, malgré les nombreuses demandes, je ne suis pas devenu vice-premier ministre, car je venais à peine de devenir président de parti. […] Tout ça pour dire que, si je n’étais seulement intéressé que par les postes, j’aurais saisi ma chance à ce moment-là. »

Bilan en demi-teinte

« Ma grand-mère m’a toujours dit : ce que tu fais, ce n’est pas si important, mais ce que tu fais, tu dois bien le faire », se rappelle Wouter Beke dans le quotidien De Standaard de ce week-end.

L’histoire ne nous dit pas si la grand-mère est fière du travail accompli par son petit-fils après neuf années à la tête du CD&V. Ce qui est sûr, c’est que Wouter Beke a réussi à garder son parti au pouvoir en Flandre et au gouvernement fédéral, mais que les résultats électoraux auraient pu être meilleurs.

D’un côté, le CD&V parvient à garder son ancrage local en conservant le plus de bourgmestres en Flandre. De l’autre, le parti chrétien-démocrate est en chute libre aux niveaux fédéral et régional. Parti de 22,86% en 2009, le CD&V finit bien en dessous de la barre des 20 % avec 15,40% aux régionales de mai 2019. Le score le plus bas de l’histoire du parti.

Vers une chute inévitable ?

Wouter_BekeLa crise du coronavirus mènera-t-elle à la fin de la chute du ministre ? On pourrait le croire si l’on se fie à la couverture du supplément du Standaard de ce week-end: « La chute de Wouter Beke ».

Même le nouveau président du CD&V Joachim Coens semble délaisser son ministre : il réclame une commission d’enquête parlementaire après la crise. L’objectif ? Analyser en profondeur pour savoir où se trouvent les responsabilités de cette crise et en tirer les conclusions. « C’est extrêmement rare, voire du jamais vu, qu’un président de parti expose son propre ministre », commente Wouter Verschelden, rédacteur Newsweek Belgium.

Heureusement pour lui, Wouter Beke peut quand même compter pour l’instant sur le soutien de son ministre-président, Jan Jambon (N-VA). Le sénateur socialiste Bert Anciaux, également gérant d’un centre de soins résidentiel à Neder-Over-Heembeek, a qualifié les attaques contre Beke de « honteuses ». Jo Vandeurzen, prédécesseur de Wouter Beke au gouvernement flamand, ajoute : « Il aura toujours mon soutien. »

Face à ces messages, le ministre de la Santé réagit avec cynisme : « Êtes-vous déjà en train de rédiger des messages posthumes ? J’essaie de prendre des décisions réfléchies, basées sur une bonne analyse. Je pense qu’il n’y a rien de mal à cela dans une crise comme celle-ci. Je ne veux pas être un ministre qui fait des promesses qu’il ne peut pas tenir. »

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