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« Beaucoup de blabla, peu de réponses claires »

Crédit: congerdesign via Pixabay

10 avril 2020

« Beaucoup de blabla, peu de réponses claires »

Il y a trois semaines, la plateforme Zorgnet-Icuro, qui regroupe 300 maisons de repos, soumettait à Wouter Beke, ministre flamand de la Santé et du Bien-être, plusieurs projets de mesures : un plan stratégique pour les centres d’hébergement et de soins, la création d’un pool destiné à assurer le remplacement du personnel soignant malade, un groupe de pilotage réuni quotidiennement, etc. Malheureusement, ces propositions sont restées lettre morte.

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Même scénario chez Vlozo, la fédération des maisons de repos privées, qui appartiennent pour la plupart à des groupes internationaux. « Grâce à cette présence internationale, nous avons très rapidement pris conscience de l’impact du virus en France et en Espagne », explique Geert Uytterschaut, président de Vlozo et directeur du groupe français Orpea pour la Belgique. « C’est pour cela que nous avons proposé un train de mesures – dont rien ou presque n’a été mis en œuvre.

Des mesures d’isolement pour l’entièreté du secteur

La fédération Vlozo avait notamment proposé des mesures d’isolement pour l’entièreté du secteur : chacun(e) dans sa chambre, avec un accompagnement psychologique si nécessaire. Elle proposait également des mesures d’hygiène strictes pour le personnel, et des directives précises pour gérer les décisions d’éloignement des soignants. À la grande frustration de M. Uytterschaut, aucune de ses propositions n’a été suivie d’effet.

Au parlement flamand, hier, le ministre CD&V Wouter Beke n’a pas caché son irritation devant le feu roulant de critiques qui le visaient ; il a présenté un plan d’urgence – très attendu -, espérant ainsi clouer le bec à ses opposants. Que prévoit ce plan ? Une concertation quotidienne – la même que préconisait Zorgnet-Icuro il y a trois semaines – coordonnée par un groupe de travail sous la houlette de Karine Moykens, secrétaire générale du département du Bien-être, en collaboration avec le secteur. Pour M. Uytterschaut, « on a perdu trois semaines précieuses ; ces mesures concrètes du gouvernement flamand viennent trop tard, et on en voit les conséquences aujourd’hui. Une réaction plus rapide, il y a trois semaines, aurait pu réduire le nombre de contaminations aujourd’hui. »

Pas d’unanimité ?

Pourquoi avoir attendu plusieurs semaines pour prendre en compte les propositions concrètes du secteur ? Au cabinet du ministre Beke, on évoque une absence d’unanimité, justement, au sein du secteur. « De plus », ajoute le porte-parole, « certains experts, eux aussi, étaient en désaccord avec les mesures proposées ». Devant le Parlement flamand, Wouter Beke a soigneusement énuméré chacune des dates où il s’est concerté avec le secteur : un rendez-vous presque quotidien. Mais tout le monde ne voit pas les choses comme lui. « On a beaucoup parlé, c’est sûr, mais est-ce que cela a fait avancer les choses ? » Plusieurs personnes directement concernées en doutent. Chaque mardi et chaque vendredi, le secteur rencontre l’Agence flamande Zorg en Welzijn (Santé et Bien-être) sur des questions très concrètes. « Mais on s’y perd en parlotes, et nos demandes ne reçoivent pas de réponses claires. » C’est seulement hier qu’a eu lieu la deuxième concertation stratégique entre Wouter Beke et le secteur.

Selon plusieurs sources, la réaction tardive de Wouter Beke serait imputable à son cabinet. Lorsqu’il a hérité de son collègue (et camarade de parti) Jo Vandeurzen la fonction de ministre du Bien-être, en octobre, il a dû se constituer un cabinet en partant de zéro, les conseillers les plus expérimentés de Jo Vandeurzen ayant quitté leur poste en même temps que leur ministre. La nouvelle équipe, fraîchement mise en place et qui se cherchait encore dans sa collaboration avec l’administration, a éprouvé de grandes difficultés à prendre barre sur la crise.

Ce n’est donc pas un hasard si le ministre-président Jan Jambon s’est invité de manière inopinée à cette concertation stratégique hier soir. M. Jambon a d’ailleurs estimé lui-même que « vu son style de management », sa présence avait eu une plus-value. Si au gouvernement flamand, on fait tout aujourd’hui pour présenter cette immixtion comme une intervention normale, elle traduit bien une défiance à l’égard du ministre CD&V.

Wouter Beke veut redorer son blason

Avec son plan d’urgence, que le gouvernement va approuver le plus vite possible, Wouter Beke veut redorer son blason. Quels en sont les points marquants ? Du matériel de protection en quantité et plus rapidement, l’instauration de soins en « silos » (où les résidents contaminés sont séparés des autres), davantage de tests, et des hôpitaux qui viennent en aide aux centres d’hébergement et de soins sous forme de mise à disposition de conseils et de personnel supplémentaire.

L’opposition n’est pas plus tendre pour Wouter Beke que ne l’est le secteur. Si l’adoption imminente de son plan est une bonne chose, elle intervient beaucoup trop tard aux yeux de SP. A et de Groen, mais aussi du PVDA et du Vlaams Belang. Celui-ci va jusqu’à retirer sa confiance à Wouter Beke, estimant qu’il revient à Jan Jambon de prendre le relais.

Il y a un homme, cependant, qui défend Wouter Beke : le virologue Marc Van Ranst. « La situation est particulièrement difficile pour lui aujourd’hui. Mais c’est bien lui, depuis le premier jour, qui réfléchit avec nous et qui s’implique à fond pour que la catastrophe gravissime annoncée ne soit pas plus qu’une grande catastrophe.

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