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Propos racistes à la VRT: « nous montrons la société telle qu’elle est »

Crédit: Wolfgang Eckert sur Pixabay

8 avril 2020

Propos racistes à la VRT: « nous montrons la société telle qu’elle est »

Filmer le premier dîner aux chandelles de célibataires désireux de mieux se connaître. Tel est le concept de l’émission « First Dates », diffusée sur la chaîne publique flamande. Le format paraît anodin, mais il pose question : la VRT y fait-elle sans le savoir l’apologie du racisme ? Plusieurs téléspectateurs le pensent. Plusieurs plaintes ont été déposées en ce sens. La VRT répond: « nous montrons la société telle qu’elle est, sans travestir la réalité. Nous le faisons avec ouverture d’esprit, sans censurer les propos qui peuvent irriter ou choquer. »

Temps de lecture: 3 minutes

Sur Facebook, une femme exprime son malaise face aux propos entendus lors de l’émission diffusée sur Één. Le message commence ainsi : « Pendant la crise du corona, on regarde un peu plus la télévision que d’habitude. Je tombe ainsi sur l’émission ‘First dates’. » Elle poursuit : « J’ai été abasourdie d’entendre ce que j’ai entendu ! Des propos ouvertement racistes, prononcés en toute liberté sans aucun commentaire de la chaîne. Je m’attends à autre chose de la part du service public, et certainement pas à ce niveau, au ras des pâquerettes. Nous devons mettre fin à de tels propos, dans la vraie vie, mais aussi à la télévision. Ma plainte est envoyée, je vous invite tous à en faire de même. »

La téléspectatrice furibonde agrémente sa diatribe d’extraits de l’émission. On y voit ainsi Nathalie, l’une des participantes, éprouver toutes les peines du monde à cacher sa déception lorsqu’elle découvre l’homme qui lui a été attribué : « Ouille, un Marocain. J’avais indiqué avoir une préférence pour les grands bruns ténébreux, les hommes du sud. Mais je ne m’attendais pas du tout à un Magrébin. Disons, pour faire simple, que je me méfie un peu. » Suit ensuite une série de remarques dénigrantes du type : « On a quand même plus de chance de réussir sa vie de couple entre gens de même race, non ? »

Des êtres supérieurs

D’autres téléspectateurs font part de leur indignation sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, l’une d’entre eux partage un autre extrait, où l’on voit le barman demander à ses collègues « s’ils arriveraient à se mettre avec une personne de couleur ? » Patrick, le gérant du restaurant, trouve la question intéressante : « Clairement, ce n’est pas ce que je préfère, ironise-t-il. Mais je ne me limite pas aux Anversoises pour autant. J’ai même eu ma période asiatique ! »

« Dites, la @VRT, vous avez vraiment diffusé ça ? » s’interroge une téléspectatrice en colère. « Parler des autres origines comme si nous étions des êtres supérieurs ? Une période asiatique ? Vous faites dans l’exotisation maintenant ? »

Diversité

« Les émissions telles que ‘First Dates’ ont justement pour objectif de donner la parole aux gens, dans toute leur diversité, quelles que soient leur origine et leurs préférences », réagit la VRT en réponse aux critiques. « Nous montrons la société telle qu’elle est, sans travestir la réalité. Nous le faisons avec ouverture d’esprit, sans censurer les propos qui peuvent irriter ou choquer, même s’ils suscitent la controverse et manquent de nuance. Ces positions font partie du monde qui nous entoure ».

Selon la chaîne de télévision, la rencontre entre Nathalie et Choukri a été mûrement réfléchie. « La production et la chaine avaient bien conscience de l’impact potentiel de cette diffusion et de son caractère sensible. Mais nous voulions absolument raconter cette histoire. Les préjugés et la façon dont ils se manifestent au quotidien font partie intégrante de notre société. »

Une volonté d’éduquer

La chaîne publique flamande reconnaît donc que Nathalie s’est laissée guider par ses idées reçues. « Elle est méfiante à l’égard des hommes d’origine magrébine et ne le cache pas. En tant que chaîne du service public, nous aurions pu censurer ses propos, les couper au montage ou carrément décider de ne pas diffuser cette rencontre. Mais nous avons choisi de le faire, en âme et conscience. Pour la bonne et simple raison que cette rencontre bouscule le téléspectateur, le pousse à réfléchir. Nous sommes les témoins d’une évolution : plus le dîner avance, plus l’écoute mutuelle s’installe, plus la relation devient positive et harmonieuse. À tel point que les préjugés simplistes du début finissent par disparaître ».

Une évolution que les producteurs de l’émission ont voulu mettre en lumière. « Tant l’homme que la femme ont contribué, inconsciemment, à faire tomber les idées reçues. Lui, en prêtant une oreille attentive, en posant des questions, avec calme et patience, et en se montrant toujours respectueux. Elle, en parlant à cœur ouvert et sans retenue, jusqu’à reconnaître à la fin s’être trompée. « Malgré mes préjugés tenaces, il m’a prouvé que nous sommes tous différents, qu’il ne faut pas verser dans les généralisations. » Le couple a même choisi de se revoir pour un deuxième rendez-vous.

« Nous ne voulions pas priver les téléspectateurs d’un tel message. Cette émission a une valeur ajoutée, car elle nous incite à réfléchir. Ç’eut été une erreur de ne pas la diffuser ».

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