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Les souris domestiques ne nous sauveront pas du Covid-19

Image par Tibor Janosi Mozes de Pixabay

16 avril 2020

Les souris domestiques ne nous sauveront pas du Covid-19

Temps de lecture: 3 minutes

Les souris souffrent à peine du nouveau coronavirus, le dénommé SARS-CoV-2. Cette bonne nouvelle pour les principales intéressées en est une mauvaise pour les scientifiques. S’ils veulent tester l’efficacité d’un nouveau vaccin ou d’un antiviral, ils ne pourront dès lors pas compter sur l’animal de laboratoire le plus utilisé.

Lors de l’épidémie de SARS-CoV, en 2002-2003, les chercheurs faisaient face au même problème. Les souris se montraient déjà peu sensibles au virus. En 2007, des chercheurs sont parvenus à introduire un gène humain dans le génome d’une souris, afin que l’animal contracte tout de même la maladie et puisse faire l’objet de tests en vue de vaccins ou de traitements antiviraux. Cette souris transgénique a été baptisée ACE2, du nom du récepteur qui permet au virus de se loger dans les cellules des voies respiratoires.

Étant donné que les recherches se sont interrompues en même temps que la maladie, ces souris n’étaient plus nécessaires. En pleine crise du Covid-19, nous les redécouvrons à présent. « Heureusement, il restait encore un peu de sperme congelé, ce qui nous permet d’élever à nouveau ces animaux », explique le professeur Xavier Saelens, chercheur en virologie moléculaire et en biotechnologie à l’UGent.

3000 euros pour un couple de souris transgéniques

Dans la course contre la montre pour un traitement anti-corona, la demande de souris est si grande qu’il y aura à tous les coups pénurie à court terme. « C’est pourquoi nous avons décidé d’élever notre propre souris transgénique », précise Saelens. Cette décision a été prise de concert avec le pneumologue Bart Lambrecht, qui mène les recherches sur les médicaments contre le Covid-19 à l’UGent.

Trois variétés ont été conçues, chacune avec un ADN légèrement différent. « L’une d’entres elles est identique à la souris de 2007, tandis que les deux autres s’en distinguent sensiblement. La souris gantoise ACE2 devrait voir le jour d’ici trois mois environ. Le processus requiert du temps, du personnel et de l’argent : 3000 euros pour une paire de souris ACE2, indique le professeur Saelens. Vient ensuite la période de reproduction, car il faut quarante à cinquante animaux pour réaliser un test.

Xavier Saelens se rend bien compte qu’il s’agit là d’un pari. « Il se peut que notre souris soit seulement au point quand l’offre mondiale sera à nouveau suffisante, mais c’est un risque à prendre. Nous ne voulons pas nous retrouver tout au bas de la liste d’attente. »

Le professeur Johan Neyts, qui travaille d’arrache-pied à l’élaboration d’un vaccin et de médicaments antiviraux avec son équipe au sein de l’institut Rega de la KU Leuven, a abandonné tout espoir d’obtenir les précieux rongeurs dans les temps. « Il y en a tout simplement trop peu. Nous observons certes une multiplication du virus dans les poumons de souris ordinaires, mais pas assez bien que pour pouvoir tester les effets de vaccins et d’inhibiteurs viraux. Nous avons donc changé notre fusil d’épaule, et essayons maintenant avec des hamsters. »

L’utilisation de furets, rats et singes comme alternative

Les hamsters possèdent des récepteurs qui ressemblent fort aux nôtres. À l’époque de l’épidémie de SARS-CoV, ce constat apparaissait déjà clairement. Il ressort d’une étude récente menée à Hong Kong que leurs poumons étaient affectés par le virus.

« Ils semblent particulièrement sensibles aux infections telles que le SARS-Cov 2 », affirme Neyts. « Nous observons également chez eux la redoutable surréaction du système immunitaire que nous constatons chez les patients humains. »

Les premiers résultats de la KUL sur des hamsters sont prometteurs et seront publiés dans les semaines à venir dans une revue scientifique, ajoute Neyts.

Xavier Saelens prête des avantages aux hamsters, mais aussi des inconvénients. « Une souris pèse vingt grammes, un hamster cent cinquante. Cette différence change la donne. De plus, au labo, nous avons bien plus d’expérience avec les souris. Elles s’avèrent plus simples à analyser dans les moindres détails. » Ailleurs dans le monde, d’autres chercheurs optent quant à eux pour des furets, des rats ou des singes.

La KU Leuven n’exclut cependant pas l’utilisation de souris spéciales. « Nos collègues de Gand nous ont promis que nous pourrions également avoir recours à leurs exemplaires ACE2. Une belle preuve de collégialité », se réjouit Johan Neyts.

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