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Comment le Vlaams Belang récupère le coronavirus à des fins politiques

Capture d’écran d’une vidéo du Vlaams Belang Anvers

13 avril 2020

Comment le Vlaams Belang récupère le coronavirus à des fins politiques

Temps de lecture: 4 minutes
Aubry Touriel
Auteur

Détourner la vérité, discréditer les scientifiques, porter plainte car des affiches de sensibilisation au covid-19 sont rédigées en plusieurs langues… Même en temps de crise de coronavirus, le Vlaams Belang continue la propagande politique.

« Protégeons nos gens ». Voilà le slogan qui est inscrit sur les cartons que distribuent les figures de proue du Vlaams Belang Anvers dans un film de campagne sur les réseaux sociaux. « Nous ne voulons pas rester les bras croisés. C’est pourquoi nous distribuons plus de 10.000 masques et des centaines de costumes de protection tout d’abord à la police anversoise, mais aussi à des centres médicaux », assure fièrement Filip Dewinter.

Le Vlaams Belang ne manque pas non plus de critiquer le gouvernement fédéral et en particulier la ministre de la Santé Maggie De Block (Open Vld). Dries Van Langenhove, le leader de Schild en Vrienden passé dans les rangs du Vlaams Belang avant les dernières élections, interpelle d’ailleurs la ministre à la Chambre : « Qui vous croit encore, ministre Maggie De Block ? Vous devez veiller au bien-être et à la santé de la population et vous avez échoué lamentablement. Arrêtez votre imposture, passez à l’action et protégez nos gens ! »


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Le contraste dans la communication entre le Vlaams Belang et la N-VA est par ailleurs frappant. D’un côté, le parti de Tom Van Grieken, qui se plaint de ne pas être consulté, tire à boulets rouges sur les ministres de la Santé flamand et fédéral. De l’autre, la N-VA épargne le gouvernement flamand qu’elle dirige, et modère les attaques envers le gouvernement fédéral à qui elle a accepté d’accorder les pouvoirs spéciaux.

Et ce n’est pas un hasard: selon le média du mouvement flamand Doorbraak, le bureau de la N-VA a envoyé une lettre à ses mandataires locaux pour leur demander « d’être prudents » dans leur communication quand ils évoquent la situation dans les centres de soins résidentiels où des centaines de personnes âgées perdent la vie à cause du coronavirus.

« La faute aux réfugiés »

Une des erreurs de la ministre De Block pointées par l’opposition est d’avoir détruit des millions de masques stockés après la crise du virus H1N1 de 2009. Le député flamand Filip Brusselmans, également président des jeunes VB, en tire profit en diffusant cette publication sur Facebook : « Des millions de masques buccaux ont été détruits… pour faire de la place à des « réfugiés ». »

On peut y lire un passage d’une interview du 3 avril dans Het Nieuwsblad avec Marc Caekebeke, un adjudant, alors en poste à la caserne de Belgrade (Namur) où des millions de masques étaient stockés : « Selon moi, la principale raison (pour laquelle on a détruit des millions de masques, ndlr), était le manque de place. En 2015, les autorités ont décidé que la Croix-Rouge utiliserait une partie des bâtiments pour accueillir des réfugiés et stocker du matériel. Ça m’a frappé que nous ayons dû faire de la place juste à ce moment-là. »

Même si la caserne a effectivement accueilli des demandeurs d’asile sous l’égide de la Croix-rouge, la raison pour laquelle 22 millions de masques ont été détruits en 2018 est tout autre comme le révèle deux jours plus tard, le même Nieuwsblad: la caserne devait fermer ses portes et la Défense a demandé au SPF Santé de stocker les masques ailleurs. « Le SPF Santé a demandé à plusieurs reprises de faire preuve de patience et a finalement annoncé qu’il avait demandé les devis pour détruire les stocks », peut-on lire dans cet article.

Si des millions de masques ont bel et bien été détruits, ce n’était donc pas pour faire de la place à des réfugiés, comme le prétendent les représentants du Vlaams Belang.

Les scientifiques en ligne de mire

Après les réfugiés, le Vlaams Belang s’attaque aux scientifiques, notamment au virologue Marc Van Ranst. Bart Claes, député flamand et ancien responsable des réseaux sociaux du VB, a récemment tweeté : « Selon le super-expert Marc Van Ranst, les masques buccaux ne sont pas nécessaires et on doit simplement garder une distance d’un mètre et demi. »

Mais les nationalistes flamands ne limitent pas leurs attaques au virologue de la KULeuven. Dans son dernier podcast, Dries Van Langenhove, qui n’a pas terminé son master en droit, explique « pourquoi on ne doit pas accorder trop d’attention aux directives de l’OMS ». Avant d’ajouter : « Comment se fait-il qu’en se basant sur des informations sur les réseaux sociaux, j’ai pu faire de meilleures prévisions sur la gravité du coronavirus que nos virologues omniscients et leurs méthodes scientifiques ? »

Hier spreekt men Vlaams

À Anvers, la ville a diffusé des affiches dans différents quartiers en plusieurs langues pour que les personnes qui ne maîtrisent pas bien le néerlandais puissent respecter les instructions du gouvernement afin d’éviter la propagation du virus. Choqué, Filip De Winter, figure de proue du Vlaams Belang, s’offusque sur les réseaux sociaux :

« Sous le couvert du coronavirus, le multilinguisme est introduit à Anvers ! Partout, on retrouve des affiches de la ville d’Anvers en arabe et en turc (même loin des quartiers à forte concentration de population d’origine étrangère). J’ai introduit une plainte car la langue administrative est et reste le néerlandais à Anvers ! »

Comme quoi, la lutte contre le multilinguisme et la diversité semble plus importante que la lutte contre le coronavirus aux yeux du Vlaams Belang…

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