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La percée du Vlaams Belang ne tombe pas du ciel

Capture d’écran d’une vidéo de la VRT

27 mai 2019

La percée du Vlaams Belang ne tombe pas du ciel

Temps de lecture: 4 minutes
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La Flandre s’est réveillée plus à droite que jamais. La N-VA perd des plumes, mais reste la première formation politique dans le nord du pays. Le Vlaams Belang triple son score pour se hisser à la deuxième place. Comment expliquer cette percée du parti d’extrême droite ? Analyse en six points.

1. Face lift

« Il ne s’agit pas d’un dimanche noir, mais d’un dimanche d’espoir. Nous voulons prendre nos responsabilités », a déclaré dimanche soir Tom Van Grieken, le président du Vlaams Belang, devant des militants excités. Ce jeune Anversois de 32 ans incarne le renouveau du parti. Il a repris le flambeau de la présidence à Gerolf Annemans à la suite des mauvais résultats du Vlaams Belang aux élections en 2014.

À l’instar du Front National en France (devenu entretemps Rassemblement national), le parti d’extrême droite se devait de changer de visage pour espérer de nouveau plaire à l‘électorat flamand. Les ténors du Vlaams Blok comme Filip Dewinter et Gerolf Annemans sont tenus de rester discrets.

Avec Tom Van Grieken à la tête du parti, c’est l’image du gendre idéal qui transparait. On essaie de faire oublier les relents nauséabonds d’un Vlaams Blok condamné pour propos racistes. Filip De Winter n’hésitait pas à tenir des propos racistes ou à rencontrer des personnalités douteuses comme le président syrien Bachar el-Assad. Quant à lui, Tom Van Grieken se présente comme quelqu’un de fréquentable, bien élevé, habillé en costume tiré à quatre épingles.

2. Schild en Vrienden

Un autre nouveau visage sur les listes du Vlaams Belang est celui de Dries Van Langenhove, le leader de l’organisation d’extrême droite Schild en Vrienden. Le public flamand a découvert ce jeune de 26 ans à la suite d’un reportage de la VRT Pano qui a suivi les activités de Schild en Vrienden. Incitation à la violence, sexisme décomplexé, racisme… le reportage a dévoilé la face sombre et cachée du mouvement.

Inscrit comme indépendant sur les listes du Vlaams Belang, Dries Van Langenhove incarne le symbole de l’anti-establishment. Cela a apparemment plu aux jeunes flamands qui ne croient pas aux partis politiques traditionnels.

Inconnu du grand public, il a gagné en popularité après son passage médiatique, ce qui a mis de l’eau au moulin du parti d’extrême-droite. Mais le succès de Dries Van Langenhoven n’explique pas tout. Face à des poids lourds comme Theo Francken et les anciens ministres Maggie De Block et Koen Geens, il n’est devenu « que » la quatrième personnalité la plus populaire dans la circonscription du Brabant Flamand où il s’est présenté.

Même sans Dries Van Langenhove, le Vlaams Belang aurait eu un très bon score. Traditionnellement, le Vlaams Belang recrutait dans les villes alors que ces élections montrent que le parti de Tom Van Grieken a fait le plein de voix à la campagne.

3. Le discours de la N-VA

Au cours de la dernière législature, la N-VA a fait de la politique migratoire son cheval de bataille. L’ancien secrétaire d’État Theo Francken voulait se montrer comme un responsable politique qui appliquait une politique « ferme mais juste« .

En décembre 2018, la N-VA a quitté le gouvernement Michel sur la question du pacte de l’ONU sur les migrations, le « pacte de Marrakech ». Elle souhaitait ainsi se profiler comme un parti qui prend la question de la migration à cœur. Objectif ? Garder les électeurs qui sont passés du Vlaams Belang à la N-VA.

Force est de constater que cette tactique n’a pas fonctionné. Les électeurs préfèrent l’original à la copie. Les Flamands qui sont passés du Vlaams Belang à la N-VA en 2014, l’ont fait comme un geste antisystème. Or, après près de 5 ans au pouvoir au fédéral et plus de 10 ans en Flandre, la N-VA est devenue un parti traditionnel aux yeux des électeurs.

4. Le cordon sanitaire

Le monde médiatique en Flandre est assez différent dans le nord et le sud du pays. Il suffisait de comparer les soirées électorales diffusées sur la VRT et la RTBF pour s’en rendre compte. D’un côté, les journalistes de la VRT interrogeaient les représentants du Vlaams Belang en direct. De l’autre, la RTBF a attendu d’analyser le discours de Tom Van Grieken avant de le diffuser.

Le « cordon sanitaire » n’est pas appliqué de la même manière dans les médias publics francophones et néerlandophones. Même si la résolution sur le cordon sanitaire de 1992 a été introduite pour empêcher des partis d’extrême d’entrer dans des coalitions, les médias du nord et du sud du pays l’ont interprétée différemment.

Ce qui est certain, c’est que les chaînes flamandes accordent beaucoup plus facilement la parole aux représentants de l’extrême droite. Sur la VRT, le dernier débat politique de l’émission Terzake avant les élections concernait par exemple l’immigration. Theo Francken a affronté en duel Tom Van Grieken, un candidat de droite contre un autre d’extrême droite.

5. Les réseaux sociaux

Même si les médias traditionnels ont joué un rôle dans la campagne électorale, il est clair que les réseaux sociaux ont fortement influencé les résultats des élections. À ce niveau-là aussi, le Vlaams Belang a réussi à tirer son épingle du jeu.

La VRT a demandé à Facebook et à Google (Youtube) de leur envoyer les dépenses des partis flamands entre mars et mai 2019. Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : au total, les partis flamands ont investi plus de 800.000 euros dans les publicités sur les réseaux sociaux. À lui seul, le Vlaams Belang a dépensé la moitié de ce montant. La N-VA est le deuxième parti à avoir investi environ 170.000 euros.

6. À gauche toute

Le Vlaams Belang ne prône pas seulement un « stop migratoire » et une politique en matière de migration très dure, son programme socio-économique s’est complètement « gauchisé ». Tom Van Grieken et ses compagnons ont par exemple promis de ramener l’âge de la pension à 65 ans et de fixer la carrière complète à 40 ans (au lieu de 45 ans actuellement).

Ils souhaitent aussi augmenter les pensions à 1.500 euros minimum et relever les allocations sociales au niveau du seuil de pauvreté. Selon eux, la TVA sur l’électricité devrait aussi être ramenée de 21 à 6%. Le parti a ainsi pu attirer un public défavorisé sur le plan économique et social.

En somme, ce n’est pas un hasard si le Vlaams Belang effectue son grand retour sur la scène politique flamande. Seulement, la percée du parti d’extrême droite a également des répercussions sur la formation du gouvernement fédéral : aucune majorité cohérente n’est en vue. Est-on parti pour plus de 541 jours de négociations ?

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