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Économie : le feu passe à l’orange
03·06·22

Économie : le feu passe à l’orange

Stefaan Michielsen est rédacteur senior pour le quotidien De Tijd.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by David Pariente on Unsplash

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

La forte augmentation du nombre de faillites depuis plusieurs mois tend à démontrer les limites de la capacité des entreprises à encaisser les chocs. Les politiques n’ont que faire des menaces que représentent pour les entreprises l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières, l’indexation automatique des salaires et l’abandon de certains marchés.

Au cours des cinq premiers mois de 2022, 4 092 entreprises de notre pays ont mis la clé sous le paillasson, à savoir une bonne moitié de plus que la même période de l’année passée. Et chaque mois, nous assistons à une nouvelle augmentation du nombre de faillites.

Ces chiffres s’expliquent en partie par le retour à la normale, après les aides financières accordées par les autorités publiques en 2020 et en 2021, pendant la pandémie, afin que les sociétés puissent garder la tête hors de l’eau. Pendant quelques mois, elles ont bénéficié d’un moratoire sur les faillites et les créanciers, comme le fisc et la sécurité sociale, ont accepté d’attendre avant de réclamer le paiement des dettes.

En d’autres termes, l’économie a été mise sous cloche. Or, aujourd’hui, on a retiré cette cloche, et les entreprises ne sont plus protégées face aux faillites. Aussi, après un nombre inhabituellement bas de faillites pendant la crise du coronavirus, nous assistons à un processus de rattrapage, qui causera presque certainement une forte augmentation du nombre de faillites dans les prochains mois.

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Il n’est pas nécessairement mauvais que des entreprises tombent en faillite. C’est un phénomène qui contribue au renouvellement du tissu économique. Le bois desséché doit être évacué pour céder leur place aux jeunes pousses. Les entreprises zombies, aux bases financières branlantes, font obstacle au développement de jeunes sociétés prometteuses et s’approprient une main-d’œuvre trop rare pour réaliser des tâches peu productives. La disparition d’entreprises alimente la dynamique économique, à condition que d’autres entreprises naissent pour les remplacer.

« Alors qu’une crise n’est pas encore tout à fait digérée, la suivante arrive déjà pour les entreprises »

Mais ceci n’est qu’une partie de l’histoire. L’autre partie, c’est que le coronavirus, par la profonde récession qu’il a engendrée, a fini par donner le coup de grâce à un certain nombre d’entreprises. La faute ne revient pas à une mauvaise gestion, ni à un manque de capitaux de base, mais bien à la pandémie, qui a mis ces entreprises au tapis. Certains coups sont parfois trop durs à encaisser.

Et alors qu’une crise n’est pas encore tout à fait digérée, la suivante arrive déjà pour les entreprises : l’explosion des prix de l’énergie et des matières premières d’une part, et l’alourdissement de la charge salariale qu’implique l’indexation automatique.

Les politiques ont été très réceptifs aux lamentations des familles, dont l’inflation a réduit le pouvoir d’achat. En revanche, ils n’ont que faire des menaces que représentent pour les entreprises l’augmentation des prix de l’énergie et des matières premières, l’indexation automatique des salaires et l’abandon de certains marchés.

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Aux entreprises à bout de souffle, on répond qu’elles – et leurs salariés – ont de quoi résister à ce nouveau choc grâce aux aides publiques octroyées pendant la crise sanitaire. C’est peut-être vrai pour certaines, mais certainement pas pour toutes.

Les chiffres des faillites permettent de mesurer la bonne santé générale des entreprises. Ils constituent un thermomètre, qu’il convient d’examiner avec minutie, car la fièvre commence à monter. S’agit-il d’une petite poussée bénigne ? Ou bien l’économie couve-t-elle quelque chose ? Lorsque le thermomètre sera dans le rouge, il sera trop tard pour administrer un remède et pour prévenir les graves dégâts infligés au tissu économique.

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