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Augmentation ou défection: les soins de santé aux prises avec le ministre Beke
03·03·22

Augmentation ou défection: les soins de santé aux prises avec le ministre Beke

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Belga Image (NICOLAS MAETERLINCK)

Auteure
Guilhem Lejeune
Traducteur Guilhem Lejeune

Dans une lettre ouverte, les associations flamandes représentant les soins de première ligne lancent un avertissement : pour assurer le maintien à flot du secteur des soins de santé locaux, le ministre flamand du Bien-être, Wouter Beke (CD&V), va devoir lui allouer des moyens supplémentaires de toute urgence. Le secteur des soins de première ligne craint les défections et demande plus de moyens.

« Travailler dans la santé est certes une vocation, mais la vocation ne suffit pas à faire bouillir la marmite »

« Nous avons déjà exposé le problème à Wouter Beke et à son cabinet à plusieurs reprises, mais jusqu’à présent, aucune proposition n’a été formulée pour le résoudre », dénoncent les onze associations représentatives des soins de première ligne en Flandre, parmi lesquelles l’association des médecins généralistes flamands Domus Medica, le Syndicat flamand des médecins et la Fédération des professions libérales. Ces organismes défendent les intérêts de tous les soignants de proximité : des médecins généralistes aux infirmiers à domicile en passant par les dentistes et les kinésithérapeutes.

Le conflit porte sur les bouleversements que connaît le secteur des soins de santé. La Flandre souhaite en effet que l’on puisse continuer à vivre chez soi le plus longtemps possible. Et que les malades puissent se faire soigner près de leur domicile. Il faut en outre accélérer la prise en charge de problèmes tels que l’isolement et les troubles de la santé mentale. Jo Vandeurzen (CD&V), l’ancien ministre flamand du Bien-être, avait franchi une première étape vers ces soins « de voisinage » en permettant aux soignants d’échanger des données numériques, portant par exemple sur le traitement en cours des patients.

60 zones de premières ligne

Le ministre actuel, Wouter Beke (CD&V), va bien plus loin. Le 1er janvier 2020, la Flandre a été divisée en 60 zones de première ligne. Chacune d’entre elles est pilotée par un conseil de soins de santé au sein duquel siègent aussi bien des responsables politiques que des soignants et des associations de patients. Leur première intervention d’envergure remonte à la crise du coronavirus, durant laquelle elles se sont vu confier la mission d’organiser les centres de vaccination et d’élaborer une stratégie vaccinale à l’échelon local. Leur travail a d’ailleurs été chaleureusement salué à l’époque. À l’avenir, il est aussi prévu qu’elles agissent, toujours au niveau local, pour lutter contre le tabagisme, l’obésité, le diabète, pour sensibiliser au cancer, etc. Une approche également adoptée par les Pays-Bas.

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Se pose toutefois la question de savoir qui assurera tout ce travail. Lors de la pandémie, de nombreux diététiciens, logopèdes ou psychologues se sont portés volontaires pour faire appliquer les décisions à l’échelle de leur commune. Une charge qu’ils et elles ont assumée en plus des soins prodigués à leurs patients. « Or, face à un engagement aussi soutenu, le maintien de la motivation nécessite le versement d’une rémunération adéquate », expliquent les associations dans leur lettre. « À défaut, la pression est telle que les abandons seront nombreux. Les soignants n’en peuvent plus de cette situation. »

Hilde Deneyer, pharmacienne et responsable de la Fédération des professions libérales, affiliée à Unizo, met en garde contre la grande décompression qui suivra la crise du coronavirus. « Après la forte pression des deux dernières années, tout le monde, dans le secteur des soins, éprouve une grande fatigue. Quand on est privé de tout moyen, mais qu’on doit participer à dix à quinze heures de réunions par mois, il est logique qu’il y ait un risque important de défection. Car travailler dans la santé est certes une vocation, mais la vocation ne suffit pas à faire bouillir la marmite. »

Jusqu’à présent, Wouter Beke a débloqué 750 000 euros pour permettre à des professions telles que les pharmaciens et les ergothérapeutes de se regrouper, à l’instar des médecins généralistes. Mais quand on sait que la Flandre compte plus de 100 000 soignants, cette enveloppe est loin d’être suffisante, estiment les associations. Elles réclament une rémunération mensuelle qui, de l’avis de Hilde Deneyer, devrait être comprise entre 800 et 1 200 euros brut par personne. « Soit de manière forfaitaire, soit sous forme d’une sorte de jetons de présence. »
Les associations demandent par ailleurs un entretien avec le ministre et une audition spéciale au parlement flamand.

Encore un coup dur

Wouter Beke a enchaîné les coups durs récemment. Après les décès dus au coronavirus dans les maisons de retraite et quelques économies controversées, il a essuyé les foudres de l’opinion, la semaine dernière, à la suite de la mort d’un bébé dans une crèche. Et il doit désormais affronter les associations du secteur des soins de santé locaux.

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Son cabinet a fait savoir qu’en raison de la crise du coronavirus, il n’a pas encore été possible, à ce stade, de définir précisément la mission des conseils de soins de santé. « Nous nous y attellerons prochainement. » Un processus de réforme a toutefois été engagé. Le ministre devrait soumettre son projet au gouvernement d’ici l’été. Mais pour l’heure, les moyens supplémentaires se font toujours attendre.

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