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Une Europe unifiée de Vladivostok à la mer du Nord: le rêve brisé du Vlaams Belang
02·03·22

Une Europe unifiée de Vladivostok à la mer du Nord: le rêve brisé du Vlaams Belang

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo by NOAA on Unsplash

Le Vlaams Belang, tout comme ses homologues européens d’extrême droite, voyait en Poutine un allié de taille pour imposer son agenda politique identitaire. « À cause de cette guerre, ce rêve vole en éclats », regrette Filip Dewinter.

« Je crains bien que Poutine n’ait déraillé, au point de devenir un dirigeant autocratique qui s’érige en dictateur et qui a complétement perdu les pédales. »

« Parler de paix et condamner l’agression russe d’un côté, et acheminer des armes de l’autre, c’est au bas mot une erreur de jugement. Envoyer de l’aide médicale est une chose, prolonger la guerre en est une autre, surtout quand on l’a provoquée. » Dans un article publié dimanche dernier sur Sputnik, organe de propagande russe, un « sénateur honoraire » européen a rejeté la responsabilité de l’assaut russe en Ukraine sur l’Occident.

Son nom ? Frank Creyelman, député au parlement flamand entre 1995 et 2014 sous la bannière du Vlaams Belang. Creyelman, qui séjourne régulièrement en Russie, a longtemps fait office d’intermédiaire entre son parti et Moscou.

Quand le régime de Poutine soutient l’extrême droite en Europe

À l’instar d’autres partis européens d’extrême droite, le Vlaams Belang – ou du moins une frange du parti – a tenté un rapprochement avec le régime russe au cours de ces dernières années.

Aujourd’hui, Frank Creyelman ou Thierry Baudet, chef de file du parti néerlandais Forum voor Democratie, font figure d’exceptions. Nombreux sont ceux qui ont entre-temps changé leur fusil d’épaule.

Depuis quelques années, Creyelman est entouré d’un cercle de fidèles « Vlaams Belangers » qui se rend souvent en Russie pour manifester son soutien au régime et réaliser des « missions d’observation » dans les territoires annexés que sont la Crimée et le Donbass, en Ukraine.

Le tout sans l’aval du parti, et avec le financement direct ou indirect de la Russie. Un séjour en Biélorussie a également été organisé. Filip Dewinter, figure de proue du parti, n’a pas fait le déplacement, mais a participé à d’autres voyages de ce type.

Par l’entremise de ses contacts russes, il s’est ainsi retrouvé à deux reprises chez Bachar Al Assad, le dictateur syrien. Au cours de ces dernières années, Dewinter a d’ailleurs rencontré un éventail de personnalités russes, parmi lesquelles le vice-premier ministre, le président du parlement et l’ambassadeur de la Russie en Belgique. Son parti ne lui en a jamais tenu rigueur. À noter que Dewinter apparaît régulièrement dans les médias russes.

Anticommuniste

Dans la lignée historique du Mouvement flamand, l’approche adoptée par le Vlaams Blok, prédécesseur du Vlaams Belang, s’est toujours montrée résolument anticommuniste. À ses débuts, Dewinter a tissé des liens forts avec les États-Unis. Mais contrairement à Gerolf Annemans, autre figure emblématique du parti depuis des décennies, ses penchants transatlantiques se sont étiolés après la chute du mur de Berlin.

L’extrême droite européenne s’est alors mise à fricoter avec la Russie, en particulier depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine. La Russie met la souveraineté de l’État-nation au cœur des débats, reléguant la mondialisation au second plan ; elle promeut l’identité (blanche) nationale et des valeurs chrétiennes et conservatrices. « Le seul avantage du Rideau de Fer aura été d’immuniser l’Europe de l’Est contre le politiquement correct, le multiculturalisme et le wokisme », affirme Filip Dewinter, qui rêve d’une « Europe, de Vladivostok à la mer du Nord, qui soit indépendante de l’Amérique, de la Chine, et surtout du monde arabe. »

« Je vais passer un coup de fil à mon ami Poutine », a-t-il glissé, sur le ton de la blague, lors d’une conférence de presse à propos de la menace de guerre début février. Filip Dewinter a été jusqu’à qualifier Poutine de « modèle politique ».

Changement de discours

À présent, le discours a radicalement changé dans le chef de l’ancien président du Vlaams Belang : « Je condamne fermement l’attaque russe. Poutine est l’unique responsable. Il est inutile d’aller chercher des circonstances atténuantes. Je crains qu’il n’ait déraillé, au point de devenir un dirigeant autocratique qui s’érige en dictateur et qui a complétement perdu les pédales. »

« À cause de cette guerre, l’idée d’une Europe forte et unifiée, projet qui a mobilisé tant d’efforts, vole en éclats pour de bon. Poutine a fermé la porte pour des années, voire sans doute des décennies. C’est une profonde désillusion. » Dewinter ne prévoit plus de se rendre en Russie. « Et je ne pense pas que le régime en place accueille mes propos avec des applaudissements. »

L’extrême droite européenne, Vlaams Belang compris, est pourtant loin de s’aligner sur la position de l’UE et de la plupart des gouvernements. Dewinter a plaidé contre les livraisons d’armes et les sanctions trop sévères. Le leader anversois Sam Van Rooy pose quant à lui la question suivante : « Avons-nous déclenché les foudres de Poutine ? »

Avant l’assaut russe, Dewinter a laissé entendre sur les réseaux sociaux qu’il serait judicieux que la Belgique sorte de l’OTAN, tout en concédant qu’il serait « naïf » d’envisager un départ immédiat.

Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, a toujours abordé les affaires internationales avec prudence. Il a établi des liens avec la Pologne ou la Hongrie, tout en gardant ses distances par rapport à la Russie. « Des lourdes sanctions sont nécessaires, au même titre qu’un plan de pacification et de désescalade militaire », a-t-il résumé sur Twitter.

Le programme du parti entretient le flou. Le Vlaams Belang plaide pour la « neutralité » vis-à-vis des grandes puissances et estime que la Flandre doit « se montrer plus critique à l’égard de l’OTAN ».

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