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Montée de l’extrême droite: le dilemme de la démocratie chrétienne

Image par TheAndrasBarta de Pixabay

12 février 2020

Montée de l’extrême droite: le dilemme de la démocratie chrétienne

Temps de lecture: 2 minutes

Les coïncidences existent. Pile au moment où Annegret Kramp-Karrenbauer, présidente des chrétiens-démocrates d’Allemagne (CDU), tire sa révérence, ses homologues néerlandais du CDA sont plus déchirés que jamais autour d’une éventuelle coalition avec le Forum voor Democratie de Thierry Baudet, parti de droite radicale, à la demande de la section régionale du Brabant.

Scandale et commotion

La raison immédiate du départ de Kramp-Karrenbauer, alias AKK, n’est autre que la crise politique qui secoue la région de Thuringe depuis l’élection d’un député libéral soutenu par le CDU local et l’AfD, parti d’extrême-droite. Face à l’ampleur du scandale, le ministre-président fraîchement élu à la tête du gouvernement du Land n’a pas tardé à démissionner, mais la commotion provoquée par cette collaboration avec l’extrême-droite reste vive dans les esprits. AKK n’a pas été en mesure d’imprimer une ligne de conduite à son parti, et a dès lors rendu le tablier.

la démocratie chrétienne d’Europe occidentale est à bout de souffle.

Les deux affaires montrent que la démocratie chrétienne d’Europe occidentale est à bout de souffle. Dans les analyses portant sur le déclin des partis traditionnels modérés d’Europe, les chercheurs aiment à souligner le plancher électoral qui maintient plus d’un parti socialiste à flot. Les formations de la famille démocrate-chrétienne, quant à elles, sont franchement menacées d’extinction. Que des divergences d’opinion surgissent en interne quant à la manière d’aborder les partis radicaux n’est pas un hasard. Par nature, la démocratie chrétienne a tendance à prôner une politique de conciliation et de modération, tout en intégrant les strates du pouvoir en douceur, à travers des franges de population et la société civile. Or de nombreux citoyens individuels rejettent précisément cette culture du compromis politique. En atteste le triomphe actuel des partis radicaux.

Pour les chrétiens démocrates, la situation est critique. En effet, que reste-t-il de leur idéologie si l’idée même d’une politique fondée sur la conciliation vient à disparaitre ? En désespoir de cause, la démocratie chrétienne part en quête d’une nouvelle voie et se retrouve face à un dilemme : attendre tranquillement le retour des beaux jours, ou prendre à droite toute. Les conflits internes en Allemagne et aux Pays-Bas indiquent que les partis concernés cherchent à tâtons la direction à prendre.

le cap du CD&V est influencé par le spectre grandissant de la droite et de l’extrême droite.

L’analyse s’applique également à la Flandre. Le contexte y est différent, mais le cap du CD&V est influencé par le spectre grandissant de la droite et de l’extrême droite. Pourquoi le CD&V s’obstine-t-il à rester dans le sillage de la N-VA ? Parce que le parti redoute comme la peste une opposition de droite rassemblée et radicalisée par association de la N-VA et du Vlaams Belang. La crainte est légitime, mais l’abri que le CD&V cherche sous le parapluie de la N-VA soulève une nouvelle question existentielle : à quoi bon encore voter pour les chrétiens-démocrates si leur propre parti fricote avec une alternative plus consistante, tant par la taille que par la résonnance ?

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