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(c) Norm_Bosworth

4 octobre 2017

La responsabilité wallonne dans l’attaque de Las Vegas

La plupart des Belges sont consternés de voir les États-Unis accorder davantage crédit à la liberté des détenteurs d’armes qu’à la vie des nombreux innocents tués sur le sol américain. Mais même si la fusillade de Las Vegas est un acte inqualifiable pour tout un chacun, elle reste aux yeux de beaucoup relativement éloignée de nos préoccupations quotidiennes.

Invariablement, nous assistons au même rituel absurde : sous le choc, les Américains condamnent  avec force la perte de leurs compatriotes dont la vie a été injustement volée. Leur président, quelle que soit son orientation politique, exprime lui aussi son indignation. Dans le pays, les mouvements progressistes font savoir qu’il serait enfin temps de moderniser les lois régissant le port d’armes pour éviter de nouveaux massacres. De son côté, le lobby américain des armes rétorque qu’une interdiction n’est pas la bonne réponse, et obtient à chaque fois gain de cause. Quelques mois plus tard, ou l’année d’après, le cycle recommence.

Heureusement, nous avons en Europe une autre conception de la moralité, affirmons-nous alors, comme pour nous rassurer. Mais le lien entre la Belgique et Las Vegas est plus étroit que beaucoup ne l’imaginent. L’important soutien que vouent les Américains aux lois autorisant le port d’armes découle de la force de lobbying de la National Rifle Association (NRA), l’un des groupes de pression politique les plus influents à Washington. La puissance financière du lobby anti-arme est sans commune mesure avec les moyens de la NRA, qui bénéficie du soutien des grands fabricants. Parmi ceux-ci, Browning, dont le nom figure en bonne place sur le site de la NRA Foundation. En retour, la page d’accueil de la société affiche elle aussi fièrement le soutien qu’elle apporte aux campagnes « Join NRA » et #gunvote.

On notera que depuis 1977, Browning est une filiale du Groupe Herstal, un fabricant d’armes liégeois dont la Région wallonne est l’unique actionnaire. Cette entreprise représente pour la Wallonie une source importante d’opportunités d’emploi et de revenus. Chaque année, le groupe lui reverse ainsi 10 millions d’euros en dividendes. Le dilemme est donc cornélien. On peut comprendre que les responsables politiques wallons ne s’ingèrent pas dans la stratégie du groupe : l’époque où les entreprises étaient utilisées pour servir les intérêts politiques est révolue. Mais d’un autre côté, une privatisation relèverait de l’hypocrisie : le groupe poursuivrait tranquillement ses activités sans plus aucun contrôle politique.

Mais dans tous les cas de figure, le lien entre Namur et le quartier général de la NRA en Virginie, aussi distant soit-il en apparence, nous laisse en bouche un arrière-goût amer.

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