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12 septembre 2018

Pourquoi la Belgique va forcément aboutir au confédéralisme

Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Peut-être que, petit à petit…

L’inévitable, engendré par la grande réforme des institutions de 1980 (la seule qui ait réellement modifié l’organisation de l’État belge), pointe enfin le bout de son nez. C’était prévisible : cet accord politique, né d’un accouchement au forceps, devait mener à de graves problèmes au cas où les électeurs du sud et du nord du pays exprimeraient des votes incompatibles sur une longue durée, ce qui est bel et bien le cas depuis quelque temps maintenant. De plus, le fossé entre les deux parties du pays ne fait que se creuser. Autrement dit, la situation mènera forcément à l’ingouvernabilité du pays.

Ça bouge en Wallonie

La situation en Flandre est évidemment connue des lecteurs de Doorbraak et de tout Flamand qui suit l’actualité. Mais quelle est la situation dans le sud du pays ? [Récemment], Elio Di Rupo, interrogé par le journal Le Soir, a appelé l’électeur francophone à choisir clairement entre la « société MR-N-VA » et une société plus humaine dont, oh surprise, le PS aurait l’apanage. Le MR et son président Olivier Chastel n’ont pu que riposter en prévenant la Wallonie qu’elle se dirigeait tout droit vers une coalition de gauche qui unirait PS, Ecolo et Défi (l’ancien FDF, qui commence aussi à engranger des voix dans le sud du pays.) D’autant plus que cette majorité pourra compter sur le soutien tacite du PTB, ce qui la renforcera assurément. Vu l’implosion du CDH, le scénario est probable, pour ne pas dire quasi inévitable.

Imaginez ces résultats-là en Belgique francophone l’année prochaine. Et imaginez aussi que le CD&V et le sp.a perdent des plumes en Flandre (la probabilité est forte, surtout quand on sait que les élections communales qui approchent devraient annoncer clairement la tendance), le nord du pays disposera d’une majorité N-VA/Open VLD, soutenue tacitement ou non par le Vlaams Belang, qui progressera sans aucun doute, étant donné les bouleversements causés par la crise des migrants.

Formation du prochain gouvernement fédéral : mission impossible ?

Comment, sur cette base, former un gouvernement fédéral stable après les élections du 26 mai prochain ? Voici la prédiction de la boule de cristal que s’est procurée l’auteur du présent article : nous allons battre le record de 541 jours sans gouvernement. La N-VA a d’ores et déjà compliqué la formation du prochain gouvernement : hors de question pour elle de former une coalition avec le PS sans que le confédéralisme soit sur la table.

Si la N-VA campe sur ses positions (ce qu’elle devra faire si elle veut rester crédible), la seule issue sera une réforme de l’État. Et cette fois-ci, plus question d’une réforme de façade, comme l’a confirmé le président du parti après le départ de Hendrik Vuye et Veerle Wouters du groupe parlementaire N-VA. Dans cette perspective, les Flamands ne devront pas aller chercher eux-mêmes leur trophée communautaire, mais le défi consistera à pousser les francophones – entendez : le PS – à supplier qu’on scinde l’État belge « Tôt ou tard, la pression deviendra intenable », avait écrit à l’époque Bart De Wever.

Est-ce pour 2019 ? Non, car il n’y a aucune chance que la Belgique ait un gouvernement après les élections, mais peut-être bien en 2020 (ou en 2021 !), face à l’impossibilité de conclure un accord de gouvernement fédéral.

Pas de confédéralisme sans transferts Nord-Sud

La N-VA part du principe que le PS voudra absolument peser encore plus sur sa région, comme le souhaite tout parti politique. Au cours de la dernière formation de gouvernement, des bruits ont circulé : le Parti Socialiste ne s’opposerait pas fondamentalement à une régionalisation de la Justice. Quand on sait que 70 % des fonctionnaires francophones ont une carte du PS, comme l’a mentionné De Tijd en 2011, une défédéralisation impliquerait que les socialistes domineraient l’appareil judiciaire dans son intégralité. En effet, le PS gagnerait encore en influence dans le sud du pays si des compétences supplémentaires venaient à lui être transférées depuis le fédéral.

Dans ces négociations, la N-VA buttera forcément sur un obstacle de taille : l’État PS dont rêvent les socialistes n’est viable que si des flux financiers importants arrivent de la Flandre, comme depuis plusieurs décennies. Le Parti socialiste est loin d’être bête et dispose d’un service d’étude bien réputé (à juste titre) qui chiffre tout avec minutie. Il a très bien compris que le modèle de société qu’il préconise dépend d’un système de subventionnement inconditionnel substantiel. Le socialisme ne dure que jusqu’à ce que se termine l’argent des autres.

Car oui : toute forme de confédéralisme présuppose que les entités fédérées endossent un maximum de responsabilités pour que le système fonctionne. Et par conséquent, il faut que chacun paie pour ses propres dépenses.

Mais non. Nous, nous préférons battre notre propre record du monde de formation de gouvernement…

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