Daar Daar logo

La Belgique, cet incroyable bric-à-brac (ou pourquoi ces élections seront avant tout locales)

Domaine public via pxhere

23 mai 2019

La Belgique, cet incroyable bric-à-brac (ou pourquoi ces élections seront avant tout locales)

Temps de lecture: 3 minutes
Jan Segers
Auteur
Traducteur Dominique Jonkers

Ce dimanche, chaque citoyen flamand est appelé à voter trois fois : pour l’Europe, pour la Belgique et pour la Flandre. Et chacun y exprimera l’ADN de sa province, de sa ville, de son terroir – bref, une couleur locale qui aura moins à voir avec l’enjeu du scrutin qu’avec l’état d’esprit de chaque électeur dans l’isoloir. En fin de soirée, le 26 mai, les politologues tenteront de brosser un tableau cohérent des votes exprimés dans le pays, jusqu’au détail de la répartition des sièges au parlement fédéral. Cette image ne pourra que masquer les disparités croissantes observées dans l’expression des choix politiques dans notre pays. Le jour des élections, la Belgique sera un concentré de plusieurs pays en un seul.

Notre pays compte plusieurs Wallonies très différentes

Même si le scrutin débouchera sur un unique parlement flamand pour les cinq années à venir : il n’y a pas qu’une seule Flandre, la Flandre est multiple. Les votes wallons auront beau donner naissance à un unique parlement wallon, la Wallonie est loin d’être une entité homogène. Notre pays compte plusieurs Wallonies très différentes. Et que dire de Bruxelles, riche d’autant de nuances que de communes et où coexistent plus de communautés que de zones de police ? Molenbeek ou Anderlecht sont bien autre chose qu’Uccle ou Watermael-Boisfort. Le Brabant wallon n’est pas le Hainaut. La Flandre-Occidentale n’est pas Anvers. Au même titre que la Californie n’est pas l’Alabama et que Washington DC n’est pas le Wyoming. De même, l’économie et la prospérité, le paysage et les mentalités y sont différents et déterminent le comportement électoral. Plus que jamais, les résultats des élections de dimanche seront un véritable patchwork. Car outre que la Belgique est la somme de la Flandre, de la Wallonie et de Bruxelles, chacune de ces trois entités, séparément, l’est aussi. Ensemble, nous constituons un extraordinaire bric-à-brac.

Les Flamands succombent souvent à la tentation de réduire la Wallonie à une région homogène. Quelle erreur ! En 2014, dans le Hainaut, vieille région industrielle misérable, le Parti socialiste d’Elio Di Rupo et de Paul Magnette s’adjugeait 41 % des votes. Trente minutes de route plus loin, dans le Brabant Wallon, c’est le MR du libéral Charles Michel qui obtenait très exactement ce même score. Plus au sud, à une heure de voiture à peine, dans ce Luxembourg où l’on dénombre plus de sangliers que d’humains, le premier parti était le cdH, dont le score est marginal partout ailleurs. Si les arguments politiques ne manquent pas pour abolir les provinces, chacune d’elles a bien sa propre identité, plus encore en Wallonie qu’en Flandre.

le Limbourg et la Flandre occidentale voteront autrement

Les sondages l’annoncent : côté flamand, plus encore qu’auparavant, le Limbourg et la Flandre occidentale voteront autrement que les provinces plus centrales de Flandre orientale, d’Anvers ou du Brabant flamand. Les zones périphériques sont plus rurales, moins urbanisées et, dans un certain sens, plus traditionalistes. Les partis les plus extrêmes, de N-VA à Groen, y réaliseront des scores moins élevés qu’ailleurs. Les partis centristes, CD&V en tête, mais également le sp.a et l’Open Vld, particulièrement malmenés à Anvers et dans le Brabant flamand, y résisteront mieux. Les paris sont ouverts ! Si la N-VA de Bart De Wever doit fléchir, le 26, ce sera à cause de la Flandre-Occidentale et du Limbourg. Si le CD&V de Hilde Crevits se maintient, ce sera grâce à ces deux mêmes provinces.

Mais ce n’est pas tout. La résonance locale du 26 mai ira encore plus loin. Si, comme l’annoncent les sondages, le Vlaams Belang sort grand gagnant de l’élection, il le devra non pas aux villes qui l’ont fait grandir, mais aux communes de la périphérie de la Métropole, à la diaspora de la migration. Non pas à Anvers elle-même, mais aux communes-dortoir qui l’entourent. Non pas à Bruxelles, mais à toute sa banlieue du bassin de la Dendre. Les élections du 26 mai ne sont pas des élections communales, mais elles n’en seront pas moins teintées de particularités locales.

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée