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Les idées du PS sont louables, mais pas durables
18·05·22

Les idées du PS sont louables, mais pas durables

Bart Eeckhout est le rédacteur en chef du quotidien De Morgen.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

BELGA (LAURIE DIEFFEMBACQ)

Sur la question du pouvoir d’achat, les idées du PS sont résolument à gauche. Rien de surprenant, en soi. Le fait qu’elles ne soient pas durables, par contre, pose problème.

En mettant un tas de propositions sur la table, le président du PS, Paul Magnette, espère donner le coup d’envoi du débat politique sur la protection du pouvoir d’achat. Mieux vaut tard que jamais. En ces temps de crise énergétique et d’inflation galopante, il n’est guère étonnant que le « pouvoir d’achat » soit la principale préoccupation des Belges et des Européens. Le gouvernement fédéral a pris plusieurs mesures, dont certaines sont bonnes (extension du tarif social de l’énergie pour les revenus les plus faibles), tandis que d’autres étaient politiquement inévitables (réduction de la TVA et des accises).

La direction à prendre, cependant, ne fait l’objet d’aucun débat digne de ce nom. Ce qui donne le champ libre aux voix radicales de gauche et de droite, qui peuvent s’approprier la question du pouvoir d’achat. Les idées du PS permettent à tous les partis qui ne sont pas totalement hors-jeu de regagner du terrain.

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Certaines propositions, telles que facture énergétique progressive, avec un tarif intermédiaire pour la classe moyenne, semblent originales, alors que d’autres sont très classiques. Une chose est sûre : elles sont toutes résolument ancrées à gauche. Il n’empêche que ce constat ne mérite pas l’indignation annoncée en Flandre. On ne peut mettre en garde contre les révoltes des gilets jaunes tout en s’étonnant qu’un parti de gauche classique se préoccupe du sort des « petites gens ».

« Il n’y a pas si longtemps, Paul Magnette faisait la une des journaux en affirmant que la durabilité serait désormais la priorité du PS. »

Cela ne veut pas dire que les propositions de Magnette ne peuvent être critiquées pour autant. Ainsi peut-on regretter certaines omissions. Les préoccupations des entreprises énergivores ? Silence radio au PS. Pourtant, ces structures existent également en Belgique francophone, où elles assurent la prospérité d’un grand nombre de salariés. Ne méritent-elles pas quelque soutien ?

Plus surprenant encore pour un parti progressiste : l’absence d’attention accordée à la question climatique dans son ensemble. Pas un mot sur l’aspect écologique, pourtant intimement lié à la crise du pouvoir d’achat. Il faut en effet y remédier en s’attaquant aux coûts de l’énergie et en amorçant (guerre et préoccupations climatiques obligent) la transition énergétique.

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Il n’y a pas si longtemps, Paul Magnette faisait la une des journaux en affirmant que la durabilité serait désormais la priorité du PS. Qu’en est-il, au juste ? Le Parti socialiste fait face à un casse-tête stratégique : hier encore, ils couraient derrière Ecolo ; aujourd’hui, ils suivent le PTB. Reste que tout n’est pas qu’une question de tactique. La crédibilité du parti est en jeu.

Sans parler du volet économique. En mettant l’accent uniquement sur le pouvoir d’achat, on stimule en réalité la consommation de produits rares néfastes. C’est précisément ce qui fait monter l’inflation. Ce qui est une bonne chose sur papier n’est pas très malin en réalité.

Qu’il n’y ait pas de malentendu : il est noble que le PS s’occupe du sort des « petites gens », veillant à les protéger de la tempête énergétique. Mais il est dommage que le parti se lance à corps perdu dans des subventions pour le mazout au moment où tout le monde se rend compte qu’il faut se débarrasser du mazout et même du gaz naturel dans les ménages belges. Une bonne politique progressiste consisterait à encadrer cette transition, en accordant une attention particulière aux personnes en difficulté. Le PS se focalise sur le dessert, au point d’en oublier le plat de consistance. Une telle attitude ne permet pas d’aller de l’avant.

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