DaarDaar

Le meilleur de la presse
flamande en français

Le gouvernement flamand refuse d’agréer une école islamique à Genk, le Conseil d’État s’y oppose
19·05·22

Le gouvernement flamand refuse d’agréer une école islamique à Genk, le Conseil d’État s’y oppose

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Priscilla Du Preez on Unsplash

Auteur
Virginie Dupont
Traductrice Virginie Dupont

Le Conseil d’État annule la décision du ministre flamand de l’Enseignement, Ben Weyts (N-VA), de refuser la reconnaissance d’une école d’inspiration islamique à Genk. « J’espère encore pouvoir empêcher que ce projet voie le jour », a réagi le ministre.

« Un terrain de jeu pour les extrémistes », « un cauchemar pour les femmes turques », « un cocktail dangereux qui compromet l’avenir des enfants ». Ces dernières années, la ministre N-VA Zuhal Demir n’a pas mâché ses mots au sujet de la création dans sa ville natale de Genk de Plura C, une école secondaire. « Je ferai tout ce qui est légalement possible pour contrecarrer ce projet », a-t-elle affirmé à propos de ce que son parti surnomme « l’école islamique » de Genk.

Un récent arrêt du Conseil d’État a mis un frein aux ambitions de Zuhal Demir, et par extension du gouvernement flamand, en annulant la décision du ministre de l’Enseignement Ben Weyts, qui refuse de reconnaître l’école. « La décision est fondée sur des faits inexistants ou insuffisamment documentés », peut-on lire dans l’arrêt. L’obstination du gouvernement est également critiquée.

Extrémiste

La création de Plura C, anciennement Selam College, soulève depuis plusieurs années des questions politiques extrêmement sensibles. L’école, et même son conseil d’administration, sont depuis le début liés à l’organisation Milli Görüs, un mouvement socio-religieux islamique principalement actif en Allemagne et aux Pays-Bas. Par le passé, l’organisation a été décrite par la Sûreté de l’État comme extrémiste, et sa vision jugée contraire aux droits de l’homme et à l’égalité des hommes et des femmes.

Au départ, le lien avec Milli Görüs était avéré : le conseil d’administration d’origine était principalement composé de membres liés à la Fédération islamique de Belgique (FIB), branche belge de Milli Görüs. Et le bâtiment de l’école était prêté par la CMB (Communauté musulmane de Belgique) qui gère les bâtiments de la FIB.

Une école islamique en Flandre? Pourquoi pas!

Après le premier refus, cependant, beaucoup de choses ont changé : la quasi-totalité du conseil d’administration a démissionné et un contrat a été signé avec la CMB stipulant que l’école fonctionnerait de manière totalement indépendante. L’inspection de l’Enseignement a jugé ces changements insuffisants, tandis que le Conseil d’État est d’avis qu’elle n’a pas assez tenu compte desdites modifications.

Détracteurs

Outre Zuhal Demir, le ministre-président Jan Jambon et le ministre de l’Enseignement Ben Weyts ont également fait savoir qu’ils n’étaient pas favorables à la création de cette école. La N-VA – en concertation avec l’inspection de l’Enseignement – a alors fait procéder à une enquête par la Sûreté de l’État. Or il est inhabituel qu’une telle enquête soit menée avant même l’ouverture d’une école.

Les tensions liées à ce dossier ne surprennent personne. « Dès la première demande, Plura C a été dépeinte comme une école islamique radicale, alors que l’institution elle-même se prétend pluraliste », déclare Jonas Vernimmen, avocat à la KU Leuven. « Bon nombre d’autorités locales, et le gouvernement flamand lui-même, ne voient pas ce projet d’un bon œil et s’y opposent donc. »

« Proposer des cours d’arabe à l’école n’est pas une solution »

« Il existe déjà des écoles où l’immense majorité des élèves suivent le cours de religion islamique et où le conseil d’administration est d’obédience islamique, comme les collèges Lucerna », déclare Leni Franken, philosophe à l’université d’Anvers. « Elles aussi se profilent comme des écoles libres et pluralistes. »

Dossier lourd de symboles

Le gouvernement, et en particulier la N-VA, va maintenant chercher de nouveaux motifs pour refuser à nouveau de reconnaître Plura C. Si toutefois l’école obtient gain de cause, elle pourra ouvrir le 1er septembre. « Le gouvernement flamand est sur la corde raide », poursuit Jonas Vernimmen. « La structure a été réformée, les rapports d’inspection sont majoritairement positifs et l’école inscrit dans son projet pédagogique sa volonté d’embrasser la diversité. À moins que le gouvernement flamand ne puisse indiquer quelle menace l’école représente, les conditions les plus importantes pour l’obtention de la reconnaissance semblent être remplies. » Néanmoins, un nouveau refus n’est pas exclu. « L’enjeu semble trop important, c’est devenu un dossier symbolique. »

Oui, les musulmans ont le droit d’avoir leurs propres écoles

Le ministre Weyts a fait savoir qu’une nouvelle enquête est en cours. « J’espère encore pouvoir empêcher que ce projet voie le jour », a-t-il précisé au journal De Standaard.

Écoles juives

Selon Leni Franken, il est surprenant qu’il n’y ait pas encore d’écoles islamiques en Flandre. « Si nous poursuivons la logique de cloisonnement, il n’est pas correct qu’il y ait un grand fournisseur d’éducation catholique, mais pas de place pour les écoles islamiques. La liberté d’enseignement existe pour tout le monde, y compris donc pour les musulmans. » Aux Pays-Bas, où la base juridique est similaire, il existe déjà une cinquantaine d’écoles islamiques, indique la philosophe. À Bruxelles, il y en a également cinq.

« La liberté d’enseignement existe pour tout le monde, y compris donc pour les musulmans » 

Leni Franken estime qu’un système de deux poids, deux mesures est appliqué en Flandre. « Dans certaines écoles juives, il se passe des choses qui ne sont pas compatibles avec nos objectifs éducatifs, mais on dirait qu’on ferme les yeux. »

L’asbl Lectio, qui a introduit la demande de reconnaissance pour l’école, a réagi par l’intermédiaire de l’avocate Valérie De Schepper : « Le projet pédagogique répond aux six conditions du Codex flamand de l’enseignement secondaire et doit donc recevoir une reconnaissance provisoire. Nous espérons que l’école pourra ouvrir à la rentrée en toute sérénité. »

Partager :
© DaarDaar ASBL 2021 - Mentions légales - Vie Privée