Oui, les musulmans ont le droit d’avoir leurs propres écoles

8 septembre 2017 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

Après le plaidoyer passionné de la coupole des écoles catholiques de Flandre en faveur de la liberté de l’enseignement,  difficile de ne pas aller au bout de la logique. Et donc oui, même les musulmans ont le droit d’organiser leur propre système d’enseignement. Mieux encore : les écoles islamiques peuvent rendre notre société meilleure. Tel est, en substance, le modèle d’enseignement en Belgique, où nombre d’écoles ont été fondées par des courants divergents, religieux ou alternatifs, de la méthode Montessori aux collèges Lucerna. Un grand nombre de ces établissements ont tiré parti de leur force émancipatoire. Pourquoi donc les écoles islamiques ne pourraient-elle pas en faire de même ­– moyennant la mise en place des conditions requises ?

La question est en tout cas bien présente au sein de la communauté musulmane à Bruxelles. Une liste d’attente de 540 noms fait de l’ombre aux 240 élèves déjà prêts à entamer l’année dans leur nouvelle école de Forest. Cette dernière a des ambitions pédagogiques et propose même une formule d’immersion : dès la troisième maternelle, les cours sont donnés en alternance en néerlandais et en français.

D’aucuns redoutent que les écoles en marge ne favorisent la ségrégation. Dans leur monde fermé, coupés des défis de l’intégration, les musulmans pourraient se replier sur des valeurs plus conservatives et des convictions plus radicales. La société est donc plus sensible à la situation des musulmans qu’à celle, par exemple, des juifs orthodoxes. L’islam est une religion en expansion, une religion en conflit, et son enseignement est exposé à la malédiction de salafisme.

Les pouvoirs publics se trouvent au-devant d’un moment-clé. Ces écoles ne doivent pas solliciter l’aide financière de l’Arabie Saoudite, et ne doivent donc pas faire l’objet des influences qui l’accompagnent. Une fois reconnues, elles sont financées par l’État et doivent satisfaire aux conditions convenues pour tous les réseaux. Insurgés contre les cursus d’apprentissage « faits maison », les inspecteurs n’hésiteront pas à dégainer le martinet si la théorie de l’évolution venait à être remise en question. Les écoles ont pour mission de faire de leurs élèves des citoyens ouverts sur le monde et tolérants. Si elles offrent un enseignement de qualité, et qu’elles motivent mieux leurs élèves que d’autres, elles peuvent être un ascenseur social, vers l’enseignement supérieur ou le marché du travail. Les mauvaises écoles n’ont généralement pas de listes d’attente.

La montée en puissance des écoles islamiques sur notre territoire n’a par ailleurs rien d’inéluctable. Dans l’enseignement, la concurrence fait rage. Il revient ainsi aux autres réseaux de fournir aux élèves musulmans un enseignement d’excellence et un encadrement de qualité. C’est le cas de l’enseignement catholique, mais les écoles de la communauté flamande et communales peuvent elles aussi intégrer cet objectif à leur mission. En définitive, voir moins d’écoles islamiques ouvrir, c’est aussi le signe que nos propres réseaux fonctionnent et que les musulmans s’y sentent à leur place.

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De Standaard

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
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Date de publication : 07/09/2017