Les routes s’affaissent, le modèle belge aussi

11 septembre 2017 | Auteur : | Traducteur : Fabrice Claes | Temps de lecture : 4 minutes

Une énorme fuite dans une canalisation à Bruxelles a paralysé la circulation ferroviaire au cœur de l’Europe. Un événement bien représentatif de notre réalité politique belge, où une région s’écroule et paralyse tout le pays.

Le coup d’État à moitié manqué du président du cdH Benoît Lutgen contre le PS a provoqué l’effondrement du modèle belge. Grâce à lui, les six gouvernements que compte notre État sont constitués de partis différents et auront encore plus de mal à résoudre les problèmes. Pour Bart De Wever et la N-VA, cette crise est une aubaine, tant la situation semble désormais inextricable.

Imaginez qu’il y aurait, en Flandre, deux gouvernements flamands. L’un se chargerait de prendre des décisions économiques douloureuses et l’autre serait responsable de l’enseignement et de la culture. Et ces deux gouvernements seraient formés de coalitions différentes : par exemple, on aurait la N-VA et le CD&V dans le gouvernement économique et le sp.a avec le CD&V dans le gouvernement de l’enseignement. Et on aurait également pas moins de quatre ministres responsables de l’enseignement : deux socialistes et deux chrétiens-démocrates. Surréaliste ? Inimaginable ? Pas en Belgique francophone, après le coup d’État à moitié manqué de Benoît Lutgen.

L’Ardennais a en effet décidé, avant la pause estivale, de virer de toute coalition en Belgique francophone le parti socialiste éclaboussé par toutes sortes de scandales. Très vite, on s’est aperçu de la légèreté de son projet. Son tour de force n’avait pas été préparé et encore moins testé, si bien qu’il n’y a qu’au gouvernement wallon que la coalition a changé : les libéraux du MR y ont remplacé le PS. À Bruxelles et en Communauté germanophone en revanche, de même qu’en Communauté française (rebaptisée Fédération Wallonie-Bruxelles), le cdH et le MR ne pouvaient mathématiquement pas former de majorité et DéFI (l’ancien FDF, qui formait un cartel avec le MR jusqu’en 2011) n’a pas voulu les rejoindre.

C’est un peu comme si le sol s’était effondré en Belgique francophone, comme dans la chaussée de Louvain. Il reste un énorme trou béant, donnant sur un gouvernement wallon cdH-MR qui entend incarner le changement, tandis qu’à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles tout continue simplement avec le PS. Non seulement on n’y comprend plus rien, mais en plus tout le monde se demande comment tout cela va pouvoir fonctionner.

Rien que l’état des infrastructures à Bruxelles indique qu’il n’y a pas une seconde à perdre pour les politiques en Belgique francophone. Après la fermeture de tunnels qui s’effondraient, c’est désormais le tunnel ferroviaire sous la place Schumann, au cœur du quartier européen, qu’il a fallu fermer. C’est cette fois-ci une rupture de canalisation sous la chaussée de Louvain – qui résulte d’un manque d’entretien du réseau d’égouttage – qui a inondé le tunnel.

Et comme si le diable s’en était mêlé, voilà qu’Yvan Mayeur (PS) refait son apparition. Certes, le socialiste a dû quitter le mayorat de Bruxelles après l’affaire des abus au Samusocial, mais il est encore le président (bien rémunéré) du conseil d’administration de l’intercommunale Vivaqua, dirigée par Laurence Bovy, qui n’est autre que l’ancienne cheffe de cabinet de la présidente du PS bruxellois Laurette Onkelinx.

Les francophones savent bien qu’ils n’ont pas les dirigeants qu’ils méritent : à peine le PS a-t-il fini de se ramasser des coups de toutes parts que le cdH, par le caractère improvisé de son action, se fait sanctionner par l’électeur dans les derniers sondages. Le paysage politique francophone n’a jamais été aussi morcelé qu’aujourd’hui. Des six gouvernements que compte ce pays, aucun n’est composé de la même manière. Dans la pratique, il ne reste plus grand-chose du modèle de fédéralisme de coopération à la belge.

Et la sixième réforme de l’État n’a pas facilité les choses. Si les entités fédérées ont obtenu davantage d’autonomie fiscale, les compétences sont encore plus éparpillées qu’avant. Rien n’est ressorti des fameux « paquets de compétences homogènes ». Par exemple, il n’y a toujours pas de pacte énergétique dans ce pays parce que les différents gouvernements n’arrivent pas à se mettre d’accord. Puis, ce sont les gouvernements régionaux qui sont chargés de l’énergie renouvelable tandis que l’énergie nucléaire et les parcs éoliens offshore dépendent du fédéral.

Autre preuve que l’architecture institutionnelle de la Belgique ne tiendra plus longtemps : les nombreux obstacles qui bloquent toute avancée en matière de mobilité. Les correspondances entre la SNCB et De Lijn constituent une source de frustration permanente pour le ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts (N-VA), qui ne peut pas toujours compter sur la collaboration de son collègue du fédéral François Bellot (MR). Le gouvernement flamand n’a pas pu verdir le parc des voitures de société parce que les sociétés de leasing menaçaient de déplacer leur siège social en Wallonie, où les règles sont moins sévères.

L’exemple qui illustre le mieux la paralysie de notre modèle belge est sans doute l’aéroport de Zaventem, menacé par les règles très strictes en matière de normes de bruit promulguées par le gouvernement bruxellois. Bien loin du fédéralisme de coopération, nous nous situons ici dans le cadre d’un fédéralisme de lutte politique qui asphyxie de plus en plus l’économie belge.

Dans le gouvernement Michel, Bart De Wever est contraint de respecter un cessez-le-feu communautaire de cinq ans. Mais maintenant que la Belgique francophone s’enfonce politiquement dans le sable mouvant, l’histoire du confédéralisme imaginée par la N-VA s’écrit toute seule. Le chaos politique au sud du pays prouve pour la énième fois que la situation actuelle n’est plus tenable.

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Traducteur : Fabrice Claes
Auteur :
Date de publication : 08/09/2017
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