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L’aversion des francophones pour la Flandre: le retour du péché originel
20·05·22

L’aversion des francophones pour la Flandre: le retour du péché originel

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Guillaume de Germain on Unsplash

Le zèle qu’affichent les francophones à propos du cordon sanitaire reste un phénomène curieux. En fait, ce pacte n’a aucun sens, car il est dirigé contre un parti flamand.

Ces derniers jours, les partis politiques francophones se sont lancés dans une guerre sainte contre un parti d’une autre région, la Flandre. C’est parfaitement absurde – mais le faire remarquer, c’est passer immédiatement pour un de ses sbires.

Ce tollé remonte à une récente émission où Georges-Louis Bouchez, président du MR, a affronté Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, sur un plateau de la télévision flamande. Dans le Nord du pays, on a compris depuis longtemps qu’imposer un cordon médiatique contre ce parti ne fait que le renforcer. Quand les médias, in illo tempore, ont snobé le Vlaams Blok, le parti s’est constamment renforcé.

Donc oui, entamer le débat avec un parti qui risque de devenir le premier parti de sa région a du sens. Cela signifie-t-il que le cordon sanitaire empêchant toute coalition avec le Vlaams Blok serait rompu ? Absolument pas.

Non, la N-VA ne va pas briser le cordon sanitaire

Côté francophone, on mélange tout. C’est ainsi que j’ai entendu un journaliste francophone assez imbu de sa personne soutenir mordicus sur la chaîne flamande Radio 1 que débattre avec un parti d’extrême droite revient à le renforcer, et que c’était là une vérité scientifiquement démontrée.

« Le zèle qu’affichent les francophones à propos du cordon sanitaire reste un phénomène curieux. »

Alors bien sûr, rien n’empêche d’affirmer que le Vlaams Belang n’a cessé de progresser depuis qu’il a accès aux médias. Mais cela ne suffit pas à réfuter l’affirmation contraire, à savoir que même avec un cordon médiatique, ce parti aurait eu davantage d’électeurs.

Le zèle qu’affichent les francophones à propos du cordon sanitaire reste un phénomène curieux. Il n’existe en Belgique francophone aucun parti comparable au Vlaams Belang – à part le PTB, dont le programme économique populiste est relativement proche de celui du Belang. Les extrêmes se touchent. En Wallonie, pour émettre un vote de protestation, l’électeur n’a pas besoin d’extrême droite : il lui suffit de voter pour l’extrême gauche.

Il est vraiment regrettable qu’aucune enquête de grande ampleur n’ait jamais étudié les véritables motivations de la population : elle pourrait bien révéler des résultats très différents de l’image de tolérance qu’affiche si complaisamment le monde politique.

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Ce « front unitaire » des francophones concerne moins Bruxelles ou la Région wallonne que la Flandre. Il témoigne d’une nostalgie pour la Belgique de papa, de cette époque où les francophones avaient la haute main sur l’ensemble du pays. Car en fait, leur pacte n’a aucun sens, parce qu’il est dirigé contre un parti flamand. Les présidents des partis francophones jouent une inoffensive partie de Stratego politique, uniquement pour se nuire le plus possible les uns aux autres.

« Ces dernières années, la connaissance qu’ont les francophones des réalités flamandes a fortement diminué. »

Le PS, en particulier, joue la carte de l’hypercorrection. Ainsi, la députée fédérale Mélissa Hanus a tenté, il y a déjà quelque temps, de supprimer le financement public du Vlaams Belang. Donner des leçons de moralité politique à l’autre côté du pays semble décidément bien plus facile que s’attaquer aux scandales financiers au sein de son propre parti.

Ces dernières années, la connaissance qu’ont les francophones des réalités flamandes a fortement diminué. Cela s’est bien vu lors d’un débat entre Georges-Louis Bouchez et le président du PS, Paul Magnette, à l’Université de Bruxelles (ULB). Un membre du public avait demandé à Georges-Louis Bouchez pourquoi il n’est pas favorable à un cordon sanitaire autour de la N-VA. Sa réponse (à savoir que la N-VA n’est pas un parti d’extrême droite) lui a valu des huées.

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L’ex-président de l’ex-FDF Olivier Maingain ; lui non plus, ne voit pas de différence entre Vlaams Belang et N-VA. Alors qu’il est personnellement opposé à l’idée de l’abattage sans étourdissement, il a refusé de soutenir une proposition à ce propos, au motif qu’elle était approuvée par la N-VA.

Voilà qui montre à quel point les francophones méconnaissent la réalité flamande, tout en jugeant la Flandre ultraconservatrice. Et tout en affichant leur prétendue supériorité morale. Comme quand la secrétaire d’État Sarah Schlitz (Ecolo) qualifiait d’extrémiste flamingant quiconque s’indignait de la présentation unilingue de sa note de politique générale.

L’aversion à peine dissimulée des francophones pour la Flandre et pour le néerlandais, ce péché originel francophone hérité de 1830, semble donc toujours vivante, 200 ans plus tard.

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