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29 mai 2019

Non, la N-VA ne va pas briser le cordon sanitaire

Temps de lecture: 3 minutes

La question du maintien du cordon sanitaire est déjà relancée – et c’est compréhensible, puisque le Vlaams Belang est redevenu le deuxième parti de Flandre. D’emblée, pourtant, l’inanité de la question saute aux yeux, car aucun parti ne manifeste une véritable ouverture dans ce sens. Ni l’Open Vld, ni le CD&V, ni, en vérité, la N-VA.

Il fallait s’y attendre : après la victoire du Vlaams Belang, le débat sur le cordon sanitaire revient au galop. Déjà en 2004, après la très nette victoire d’un Vlaams Belang devenu le premier parti de Flandre, ce débat s’était invité dans l’actualité. Dès le soir du scrutin, tant Jean-Marie Dedecker, candidat indépendant affilié à la N-VA, que Luc Van Biesen (Open Vld, député sortant) avaient avancé l’idée « d’enfin supprimer le cordon ».

La chaîne francophone RTL y faisait également écho, annonçant en cours de soirée que Bart De Wever « envisageait de rompre le cordon ».

En soi, pourtant, l’idée est paradoxale. L’histoire du « Cordon sanitaire » remonte au premier « dimanche noir », en 1991, où le Vlaams Blok opérait une percée en Flandre et s’adjugeait un peu plus de 10 % des suffrages. En réaction, tous les autres « partis démocratiques » s’entendaient pour « ne jamais collaborer avec le Vlaams Blok ». Sauf que la N-VA n’y était pas, et pour cause : fondé seulement en 2001, ce parti n’a jamais souscrit au principe du cordon sanitaire.

La raison avancée n’a pas varié : pour la N-VA, le cordon est « antidémocratique ». Cela dit, le parti a toujours ajouté « ne pas avoir besoin d’un cordon sanitaire pour refuser de gouverner avec le Vlaams Belang ». Autrement dit : la N-VA pourrait difficilement « rompre » un cordon qu’elle n’a jamais promis de maintenir.

Il ne faudrait pas en déduire qu’on pourrait un jour assister à une coalition Vlaams Belang/N-VA, pour plusieurs raisons. S’adressant à Tom Van Grieken, président du Vlaams Belang, Bart De Wever a dit : « nous allons écouter, et voir quels sont exactement vos projets pour le pays ».

Des objections concrètes

Cela ne veut pas dire que les objections de la N-VA ont disparu. Bart De Wever les résume d’une phrase : « c’est une question de programmes et de personnes ». Pour la N-VA, le Vlaams Belang compte dans ses rangs plusieurs personnages très douteux, comme Filip Dewinter, qui entretient des relations chaleureuses avec le régime russe du président Poutine, et prend le café avec le dictateur syrien Assad.

Et sur la question de programmes, Bart De Wever reste nébuleux. Cela dit, jamais encore le Vlaams Belang n’a mené une négociation, et encore moins mis sur la table un programme dans l’intention véritable de participer à un gouvernement. Il faudra donc attendre de voir ce qui sortira de l’entretien entre Bart De Wever et Tom Van Grieken.

À cela s’ajoute le passé des deux partis. Dès sa constitution, la N-VA a subi de la part du Vlaams Belang (qui était alors la première force nationaliste en Flandre) diverses tentatives d’OPA hostile. Marie-Rose Morel, par exemple, a sauté le pas, tentant ensuite d’entraîner de nombreux membres de la N-VA dans son sillage. Les relations entre les deux partis sont donc toujours restées empreintes d’une animosité qui ne s’est jamais estompée. Il serait pour le moins surprenant qu’après la dernière campagne, cette aversion mutuelle ait soudain disparu.

Reste enfin la logique arithmétique. Faute de pouvoir gouverner seuls, pas même au gouvernement flamand, la N-VA et le Vlaams Belang, seraient contraints de s’adjoindre un troisième partenaire. Les candidats les plus logiques à ce titre sont les partis du centre ou du centre droit, donc l’Open Vld et le CD&V. Or ceux-ci confirment leur ferme intention de ne jamais rompre le cordon, respectant évidemment l’accord auquel ils ont souscrit en 1991.

En un mot comme en cent, il ne faut pas s’attendre à voir le Vlaams Belang monter demain à bord d’un gouvernement :  pour l’instant, ce scénario relève de la politique-fiction pure et simple.

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