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La toute-puissance des partis politiques: une exception belge
29·03·22

La toute-puissance des partis politiques: une exception belge

Ancien consultant en communication pour différents partis politiques, Noël Slangen est chroniqueur politique pour le quotidien Het Laatste Nieuws.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

Photo by JESHOOTS.COM on Unsplash

Noel Slangen
Auteur
Guilhem Lejeune
Traducteur Guilhem Lejeune

Le moyen le plus efficace, pour saborder sa propre carrière politique, consiste à ne pas démissionner de la présidence du parti au lendemain d’une défaite électorale. À ce titre, les élections de mai 2019 resteront dans les annales comme celles à l’issue desquelles les leaders des partis perdants ont cruellement manqué de discernement.

Car à l’instar d’un entraîneur qui cède la place lorsque son équipe est reléguée, il est de coutume, dans le monde politique, que le président prenne ses responsabilités lorsque son parti échoue aux élections. Ceux qui sont prêts à subir cette traversée du désert sont d’ailleurs ceux qui ont le plus de chances de revenir par la grande porte. Les autres, en revanche, sont voués à susciter rancœur, ressentiment et rejet.

Après l’Open Vld et le CD&V, c’est désormais au tour de Groen de se chercher un nouveau président. Les candidats sont faciles à repérer : ils affichent un sourire à peine réprimé et proclament qu’« il est encore tôt pour parler candidatures ».

Groen recherche un.e président.e qui rendra son parti aussi populaire que l’écologie

Rares sont les pays où les présidents de partis ont autant de pouvoir qu’en Belgique. Depuis les années 1960, les appareils pèsent en effet davantage sur les décisions politiques que les assemblées parlementaires. Sans compter que ce sont les partis qui, dans une large mesure, déterminent les élus.

« L’élection du président du parti par ses membres n’a de démocratique que l’apparence. »

En effet, le système du vote de liste accorde un poids plus important à l’ordre établi par les partis qu’aux voix des électeurs. Un effet encore renforcé par la loi sur le financement des partis, qui octroie un montant pour chaque voix — c’est énoncé explicitement — non pas à l’élu, mais au parti. On ne s’étonnera pas, dès lors, que dans une telle « particratie », les instances des partis aient davantage voix au chapitre que les élus.

L’élection du président du parti par ses membres n’a de démocratique que l’apparence. En réalité, elle renforce la particratie et affaiblit la position des élus auxquels les électeurs confient un mandat. Les membres des partis, dont le nombre se réduit comme peau de chagrin, sont souvent totalement inféodés : ils gagnent leur vie au sein de leur parti ou de leur bloc, quand ils ne sont pas recrutés par des mandataires locaux pour peser sur les décisions. Désormais, les partis claironnent tous leur désir de devenir un « mouvement ».

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Mais il ne s’agit là que d’une opération purement cosmétique, d’un moyen de conserver le pouvoir à grand renfort de campagnes Facebook coûteuses. Qui plus est, les membres ne sont pas l’instrument le plus fiable qui soit pour déterminer la conduite du parti. Ils sont plus extrêmes et plus loyaux que les électeurs acquis au parti, sans même parler de ceux qu’il reste à convaincre. Dans une démocratie, la voix des électeurs devrait peser davantage que celle des membres. Ce qui n’est assurément pas le cas actuellement.

Plutôt que de pinailler sur la suppression du Sénat, qui pourrait d’ailleurs constituer une enceinte idéale pour les élus des régions, ne ferait-on pas mieux de réfléchir à la manière d’accroître le pouvoir du parlement élu ? Et de renforcer le pouvoir accordé aux électeurs lorsqu’il s’agit de désigner leurs représentants ? Car une chose est sûre : personne ne s’impatiente de célébrer le quatre-vingtième anniversaire de la particratie.

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