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Écœurant

Photo : Apparences.net

29 juin 2015

Écœurant

Temps de lecture: 2 minutes

Des milliers de Belges flâneront ces prochaines semaines dans les rues de Florence, une glace italienne dans la main droite, la main de leur petite fille dans la gauche. En arrivant sur la Piazza della Signoria, ils s’arrêteront, fascinés, au pied de la statue de bronze du sculpteur Benvenuto Cellini. Ce chef-d’œuvre de la Renaissance y présente le héros grec Persée, glaive à la main, tenant de l’autre la tête tranchée de Méduse. « C’est horrible » s’indignera alors la petite fille. Et son grand-frère de professer : « ne t’inquiète pas, c’est pour du faux. C’est de la mythologie grecque. Je l’ai vu cette année à l’école. »

Hélas, la petite fille a raison. Loin du mythe, cette horreur est notre réalité. La tête tranchée d’un chef d’entreprise a été suspendue hier à la porte d’entrée de son usine, en région lyonnaise. Voilà comment les extrémistes musulmans enlèvent nos vies. Des actes qui se rapprochent sans cesse de la barbarie. Le premier ministre n’a pas pour habitude d’utiliser le mot écœurant à la légère, mais Charles Michel avait raison hier. Il n’en est pas d’autres pour décrire cette atrocité.

Et il n’y a pas non plus d’excuses à chercher. Frustration ? Discrimination ? Ces nuances ne tolèrent pas une telle ignominie. Le bain de sang d’hier à Saint-Quentin-Fallavier, et par extension en Tunisie, au Koweït et en Somalie, est l’œuvre de barbares enragés. Ce n’est pas un acte humain, c’est un acte bestial. Tous les moyens sont bons pour arrêter les jihadistes, mais aucun, il nous faut le craindre, n’est suffisant. Ni les militaires dans les rues, ni les bombardiers dans le ciel, ni les troupes au sol. Mais la peur n’est pas une option, continuer est le seul remède. Continuer la défense d’une démocratie qui remet la religion à sa place légitime, à l’ombre d’un parasol. Continuer nos baignades au bord des plages de Tunisie.

« Ce sont deux camps qui s’affrontent : nous, les Occidentaux et musulmans modérés, contre eux, les barbares enragés. »

La métaphore de Federica Mogherini, la nouvelle Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a été quelque peu malheureuse, compte tenu de Lampedusa et du sort des migrants naufragés. « Nous, Occidentaux et Musulmans modérés, sommes tous dans le même bateau », avait-elle hasardé. Sur le fond , elle n’a pas tort. Des touristes occidentaux et des fidèles de l’Islam ont péri au même moment en Tunisie et au Koweït. Ces prédateurs carnassiers ne se soucient guère de leurs proies : la soif de sang est leur seul guide. Mais Federica Mogherini se fourvoie encore lorsqu’elle ajoute que ces massacres n’ont rien à voir avec la religion.

Le lien avec l’Islam est une évidence. Tous les morts d’hier ont été tués au nom de Allah. L’Occident ne doit jamais tomber dans le piège de l’assimilation, en attribuant ces dérives à l’Islam dans son ensemble et à tous ceux qui la prêchent. Mais l’Occident ne doit pas davantage se laisser envahir par un sentiment de culpabilité pour toutes ces vies volées. Le secrétaire d’État Théo Franken a bien raison de fermer les portes de notre société  aux combattants de l’État islamique. Énergie gaspillée, argent dilapidé. Mais tant que l’Europe raisonnera comme Madame Mogherini, arguant qu’il n’est point question de religion, ces extrémistes riront dans leur barbe. Et ils amarreront encore, tout aussi tranquillement, à Port El Kantaoui, pour venir y décimer des baigneurs candides. Écœurant, certamente.

Editorial de Jan Segers, paru dans Het Laatste Nieuws le 27/06/2015, page2

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Traduit du néerlandais (Belgique) par Guillaume Deneufbourg

 

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