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Équilibre budgétaire: l’idylle flamande, l’impasse fédérale

(c) Chris Banks

28 septembre 2016

Équilibre budgétaire: l’idylle flamande, l’impasse fédérale

Temps de lecture: 3 minutes

Alors que le fédéral voit ses finances plonger dans les profondeurs, le gouvernement flamand assure tranquillement son équilibre budgétaire. Est-ce tenable ?

La publication de la situation provisoire est un classique de l’exercice budgétaire. Et à ce jeu, les résultats sont plus qu’évocateurs. Flandre : 0 euro de déficit en 2017. Wallonie : 300 millions d’euros de déficit. Fédéral : encore aucun budget officiel, mais un trou annoncé d’au moins 4,2 milliards.

La Flandre gère donc ses finances avec une facilité déconcertante pendant que le fédéral patauge et ce, malgré la dernière réforme de l’État. « Malgré », car les partis politiques flamands, la N-VA en tête, ont maintes fois indiqué ces dernières années que le gouvernement flamand aurait pu avoir encore davantage de latitude politique si la dernière réforme de l’État avait été différente. En clair : si le fédéral n’avait pas décidé de transférer des compétences aux régions sans leur en donner les moyens financiers.

Le gouvernement flamand a ainsi dû économiser 2 milliards d’euros ces deux dernières années. Cela ne l’a toutefois pas empêché d’atteindre à nouveau l’équilibre budgétaire, qui plus est sans devoir prendre de mesures douloureuses pour les citoyens. Il est en outre parvenu à dégager un budget supplémentaire de 500 millions d’investissements pour le bien-être, les infrastructures et la recherche.

On peut donc logiquement se demander ce qu’il se serait produit si une partie de l’effort fédéral n’avait pas été prise en charge par les régions ! La réponse est simple : le déficit aurait été encore plus abyssal qu’il ne l’est déjà.

Convaincre l’Europe

Le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA) a présenté les détails de son budget lundi au Parlement flamand et a confirmé que l’économie de 560 millions d’euros qui a été nécessaire pour sortir la région de la zone rouge n’allait pas engendrer de bain de sang social.

Seuls deux dossiers dénotent dans cette idylle flamande : le financement des hôpitaux et le projet de la liaison Oosterweel (travaux d’achèvement du périphérique d’Anvers, ndlr). Selon l’Union européenne, ces deux postes doivent en effet être repris dans le budget. Motif invoqué : lorsque les premières factures arriveront l’année prochaine et que le gouvernement devra sortir des centaines de millions supplémentaires de ses caisses, son budget sera à nouveau dans le rouge. Sauf évidemment si la région parvient à convaincre l’Europe de l’ineptie de concentrer tous ces investissements sur un seul exercice…

De son côté, le gouvernement fédéral doit encore entamer les vraies négociations. Objectif : réaliser un effort huit fois supérieur à celui de la Flandre, tout en tenant compte d’un budget en dépenses primaires plus faible que le gouvernement flamand. On semble logiquement s’orienter vers de nouvelles économies dans le domaine de la sécurité sociale, pourtant de plus en plus asphyxiée par le vieillissement de la population. Quoi qu’il en soit, la mise en œuvre de telles mesures s’annonce bien périlleuse.

Le gouvernement flamand répète régulièrement qu’il lui est difficile de faire des économies dans la mesure où une grande partie de son budget se compose des salaires des enseignants et des travailleurs sociaux. Des engagements analogues ont été formulés au fédéral à l’adresse des pensionnés, des malades ou des demandeurs d’emploi.

Gert Peersman, un économiste gantois, faisait remarquer ce week-end que le problème réside au niveau des régions, qui ne veulent pas consentir d’efforts supplémentaires pour aider le fédéral. Maintenant que le budget flamand est en équilibre, il est tout bonnement impensable que la Flandre prévoie un excédent pour renflouer le bateau fédéral.

Il ne faut pas non plus s’attendre à un miracle de la part du gouvernement wallon, qui entamera l’exercice 2017 avec un déficit de 300 millions d’euros, soit deux fois plus que la limite qu’il ne devait pas dépasser pour atteindre l’équilibre en 2018.

Si les régions refusent de faire de nouveaux efforts, et si les querelles et les tabous continuent de ronger le fédéral, nos élus politiques n’auront que peu d’options à leur disposition. D’autant que ces derniers jours, certains ministres ont rappelé qu’il était hors de question de faire de nouvelles coupes dans leur portefeuille, que ce soit la sécurité sociale (Maggie De Block, Open VLD) ou la justice (Koen Geens, CD&V). Et il n’est apparemment pas davantage envisageable de créer de nouvelles taxes (Johan Van Overtveldt, N-VA). Notre gouvernement fédéral est donc plus démuni que jamais.

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