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Une version gay de l’Amour est dans le pré: la Flandre saute le pas

(cc) Pexels/9152 via Pixabay

8 mai 2020

Une version gay de l’Amour est dans le pré: la Flandre saute le pas

Temps de lecture: 3 minutes

L’émission télévisée Boer zkt vrouw (VTM), équivalent flamand de L’amour est dans le pré (RTL TVi), sera déclinée cette année dans une version gay : Fermier ch femme deviendra ainsi Fermier ch homme. Tristan (25), tout premier candidat homosexuel de l’émission, fait à ce titre l’objet d’une grande admiration, tant dans le milieu agricole que dans le monde LGBT. « Les tabous restent très présents. Je connais un fermier qui n’a osé faire son coming-out qu’à la mort de ses parents », confie Jaimie Deblieck, Mister Gay Belgium 2017 et horticulteur de profession.

L’agriculture, un monde de vrais durs

« Combien de fois ne m’a-t-on pas demandé pourquoi je n’avais pas choisi la coiffure ou la danse ! », ironise Jaimie Deblieck (21). En 2017, le Roularien est élu Mister Gay Belgium alors qu’il est encore aux études, à l’école d’horticulture. Le jeune homme est aujourd’hui très admiratif de Tristan. « Les choses n’ont pas été simples : en stage, je faisais régulièrement l’objet de moqueries. Comme ce jour où nous devions porter de lourdes bordures en pierre pour délimiter un jardin. Un gars m’a alors lancé : ‘Ça va aller ? Tu ne vas pas te casser un ongle ?’ L’agriculture est un monde d’hommes, de vrais durs. Tous ceux qui sortent du moule sont moqués, tournés en ridicule. »

Pour les homosexuels actifs dans le secteur, il est donc bien plus confortable de rester dans le placard. « À l’école d’horticulture, mon coming-out a été relativement bien accepté. Mais au fin fond de la Flandre-Occidentale, ça a été plus compliqué. Aujourd’hui encore, je n’ose pas prendre la main de mon compagnon en rue. Je préfère ne pas entendre les remarques désobligeantes que certains ne peuvent s’empêcher de faire à notre passage. »

Le premier fermier homosexuel en 13 saisons

Il aura donc fallu attendre treize saisons pour voir le premier fermier homosexuel dans l’émission. « J’ai travaillé comme recruteur pour VTM il y a une dizaine d’années. À l’époque, il était tout bonnement impossible de trouver le moindre fermier gay », raconte Bram Bierkens, organisateur du concours Mister Gay Belgium. « J’ai le même problème aujourd’hui pour l’organisation du concours. J’avais déjà contacté Tristan il y a quelque temps, mais il m’avait alors répondu qu’il était trop occupé par son travail à la ferme. C’est fantastique qu’il ait accepté de participer cette année et de faire son coming-out à la télévision. Le sujet est encore tellement tabou. »

Jaimie Deblieck se souvient de l’histoire déchirante de ce fermier homosexuel de 45 ans, qui n’a osé faire son coming-out qu’à la mort de ses parents. Le cas n’est pas rare. Un membre d’une association d’agriculteurs raconte : « Je connais un agriculteur qui part en vacances dans un hôtel de luxe en Afrique du Sud une fois par an. Il y retrouve son compagnon, qui habite pourtant en Flandre, dans la même province que lui. Même dans l’avion, ils refusent d’être assis l’un à côté de l’autre ! Une fois sur place, ils ne sortent pas de leur hôtel. Il m’a dit un jour : ‘s’ils savent que je suis gay, je ne pourrai plus sortir sans être montré du doigt ou moqué. Mon métier m’empêche de quitter le village, de vivre en ville. »

Pas de structure spécifique pour ces fermiers

Nous n’avons pas de chiffres précis sur le nombre de fermiers LGBT. Le Boerenbond (association qui défend les intérêts des entrepreneurs agricoles en Flandre, ndlr) ne leur offre pas de structure spécifique. « Si un fermier gay fait l’objet de harcèlement fondé sur son orientation sexuelle, il peut néanmoins s’adresser à l’asbl ‘Boeren op een Kruispunt’, qui apporte une aide aux agriculteurs et horticulteurs confrontés à des problèmes financiers, familiaux ou personnels », explique la porte-parole Vanessa Saenen. L’association connaît ainsi quelques fermiers homosexuels qui cohabitent avec un homme. « La plupart ont été mariés à une femme. Ils ont d’abord essayé de se conformer au mode de pensée traditionnel du milieu agricole, un monde de machos, généralement homophobes », confie Liselotte Deroo, l’une des conseillères de l’asbl. « Il est donc très positif qu’un fermier gay participe à une émission aussi populaire. Tristan peut devenir un exemple pour d’autres. »

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