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Un an après la mort de Julie Van Espen, la lutte contre les violences sexuelles se poursuit

(Credit photo: Isopix (C))

11 mai 2020

Un an après la mort de Julie Van Espen, la lutte contre les violences sexuelles se poursuit

Temps de lecture: 4 minutes
Aubry Touriel
Auteur

Le 4 mai 2019, la jeune étudiante Julie Van Espen est assassinée alors qu’elle se rendait à vélo à Anvers pour voir ses amies. Un an après ce drame, pas question d’organiser une marche étant donné les mesures contre le coronavirus. Ce sera une campagne contre les violences sexuelles.

Ce dimanche, c’était la première fois depuis huit semaines que l’émission dominicale de la VRT De Zevende Dag parle d’un sujet qui n’était pas en lien avec le coronavirus : l’affaire Julie Van Espen. Le 4 mai 2019, cette jeune étudiante de 23 ans est partie vers 18h30 à vélo de chez ses parents pour retrouver des copines à Anvers. Elle ne reviendra pas de ce voyage.

Son chemin s’arrêtera sous un pont à Merksem. C’est là que Steve Bakelmans, anversois de 39 ans, commet l’irréparable. Vu l’absence prolongée de Julie, ses copines avertissent la police. Un avis de disparition est lancé. Deux jours plus tard, on retrouvera son corps dans le canal Albert.

Le meurtre de cette jeune étudiante souriante a mis la Flandre en émoi. Le 8 mai 2019, plus de 1500 personnes se recueillent dans le silence, roses blanches à la main. Flambeaux et briquets illuminent les alentours du pont où Julie a disparu.

Une autre marche silencieuse, qui a elle aussi réuni plus de 1500 personnes, s’est tenue le 13 mai, la tristesse se lisait sur les visages :

La justice mise en cause

Ils sont nombreux à condamner l’énième cas de féminicides et d’agressions sexuelles, mais aussi les failles du système judiciaire. « Comment un individu condamné, en 2017, à quatre ans de prison pour l’agression brutale de son ex-petite amie pouvait-il rôder le long du canal Albert samedi après-midi ? » se demandait à l’époque le journaliste Timmie van Diepen dans Het Belang van Limburg.

En 2017, le parquet a requis l’arrestation immédiate de Steve Bakelmans mais le juge n’a pas donné suite. L’accusé, qui s’est alors pourvu en appel, est resté en liberté dans l’attente d’un jugement définitif. Le journaliste poursuit : « Aucune erreur n’a donc été commise techniquement, mais il est pour le moins étrange qu’un individu poursuivi deux fois pour viol — et qui présente donc un risque de récidive élevé — ne soit pas immédiatement mis sous les verrous après sa deuxième sanction. Et pourquoi la cour d’appel prend-elle tant de temps à rendre son jugement — hélas rattrapé par la réalité. »


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Reconstitution controversée

Un an après le drame, VTM compte diffuser une reconstitution dans son émission hebdomadaire d’investigation Telefacts. Deux enquêteurs et l’oncle de Steve Bakelmans y témoignent, une première. Les avocats de l’assassin menacent alors de porter plainte si la chaîne privée diffuse le reportage.

Après avoir consulté la police et le parquet, le chef de Telefacts réplique qu’il n’y a aucune raison de ne pas diffuser l’émission. Mercredi dernier, c’est chose faite.

On y voit des passages avec le psychiatre légiste qui avait analysé Steve Bakelmans à la suite du viol de son ex-femme en juin 2017. Il parle d’un comportement agressif, il ressort d’un passage du verdict qu’il peut devenir dangereux : « Il présente des troubles de la personnalité narcissique et antisociale. »

Rudy Verelst, psychiatre légiste, explique lors de l’émission : « Par antisocial, on veut dire que l’individu a agi car il ressent une certaine injustice.  Il a des difficultés à se comporter en respectant les normes et les lois. Son comportement est caractérisé en grande partie par de l’impulsivité et de l’irritabilité. »

Le reportage se termine par une vidéo que des amis de Julie avaient réalisée pour lui rendre hommage quelques jours après sa mort :

 

Bloom for change

Ayke Gubbels, l’une des organisatrices de la marche a fondé une asbl quelques jours après la disparition de Julie : Puntvzw. Cette année, pas question d’organiser une nouvelle marche étant donné les mesures contre la propagation du coronavirus. Par contre, lutter contre les violences sexuelles, oui.

Avec son asbl, elle lance la campagne #bloomforchange (=une fleur pour le changement), sur le plateau de Zevende Dag : « Que peut-on faire tout en restant à la maison ? On a parlé avec les parents et les amies de Julie et on a rapidement trouvé l’idée d’une fleur : c’est le symbole de la commémoration. Nous voulions un symbole positif. »

Sur le dessin, on peut lire : « Prends la violence sexuelle au sérieux #bloomforchange »

Les organisateurs demandent d’imprimer l’affiche et de la pendre à sa fenêtre.

Ils vont aussi lancer une campagne vidéo le 12 mai. En collaboration avec la société civile, ils ont établi un plan d’action de 10 points pour lutter contre les violences sexuelles. Il s’agit de conseils concrets selon Ayke Gubbels : « Je remarque que c’est à l’ordre du jour du monde politique après ce qui s’est passé avec Julie. Nous avons été invités à une réunion interministérielle et par rous les ministres compétents. »

Elle insiste néanmoins sur le fait qu’il doit y avoir une cohésion entre les ministres compétents et que cela ne reste pas seulement des promesses : « La volonté est là, maintenant il faut avoir comment passer à l’action. »

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