DaarDaar

Le meilleur de la presse
flamande en français

Euro féminin: les Red Flames restent sous-payées par rapport aux Diables Rouges
07·07·22

Euro féminin: les Red Flames restent sous-payées par rapport aux Diables Rouges

Pieter Lambrecht est journaliste pour le quotidien De Tijd.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Photo by Rhett Lewis on Unsplash

Virginie Dupont
Traductrice Virginie Dupont

Avec un record de places vendues et une audience télévisée plus importante que jamais, l’Euro féminin de football a débuté mercredi en Angleterre. Le football féminin se développe, tant sur le plan sportif que commercial, mais sortir de l’ombre du football masculin reste une utopie.

C’est à Old Trafford, antre de Manchester United, club du top mondial, que l’Angleterre, pays hôte, a donné le coup d’envoi de la 13e édition du championnat d’Europe féminin de football contre l’Autriche ce mercredi à 21 heures. Jusqu’à la fin de ce mois – et avec un an de report en conséquence de la pandémie –, neuf villes anglaises accueilleront 31 matchs. Les vainqueures succéderont aux Pays-Bas, qui ont remporté l’Euro pour la première fois à domicile en 2017.

Si le football féminin a été relégué au second plan pendant des décennies, les chiffres démontrent que le nombre d’adeptes augmente chaque année. 500.000 tickets ont déjà été vendus pour l’Euro, soit plus du double des 240.000 fans payants en 2017. Il ressort d’un rapport commandé par les associations européenne et anglaise de football, l’UEFA et la FA, au cabinet EY, que les audiences internationales pour l’Euro 2022 pourraient dépasser les 250 millions de téléspectateurs, contre 178 millions en 2017. Cette compétition devrait ainsi devenir le plus grand événement sportif féminin jamais organisé en Europe.

Égalité salariale : les footballeuses belges peuvent toujours rêver

« Le fait que le pays hôte soit la nation du football par excellence explique en grande partie ce succès », déclare Jimmy Coenraets, entraîneur en chef et responsable du marketing et de la communication de l’équipe féminine de Oud-Heverlee Louvain. « Comme chez les hommes, la ligue féminine anglaise est un véritable moteur. Par ailleurs, on remarque que la visibilité accrue d’un tel championnat européen permet au football féminin de progresser. »

Bien que l’Euro aille de pair avec un nouvel essor du football féminin, celui-ci reste dans l’ombre de son homologue masculin, le sport le plus populaire de la planète, tous niveaux confondus. De grandes marques telles que Heineken, Visa, Adidas, Nike et TikTok parrainent l’Euro 2022, mais le montant du prize money pour les 16 pays participants reste limité à 16 millions d’euros. Les 24 nations engagées chez les hommes lors de l’Euro 2020 se sont partagé la somme de 331 millions d’euros. L’audience télévisée de ce tournoi était de plus de 5 milliards de téléspectateurs dans le monde.

« Les Red Flames ne sont pas logées à la même enseigne que les Diables rouges. »

En matière de rémunération, un mouvement de rattrapage est en cours. Les États-Unis, l’Espagne et les Pays-Bas, entre autres, versent le même salaire aux hommes et aux femmes. Mais l’équipe nationale féminine belge, qui joue son premier match de poule dimanche, n’est pas logée à la même enseigne que les Diables Rouges. Par match gagné à l’Euro, les Red Flames reçoivent 1.000 euros bruts, tandis que les hommes ont reçu 80.000 euros chacun pour avoir atteint les quarts de finale du championnat européen.

« Nous offrons aux joueuses le même encadrement, mais l’égalité salariale n’est pas réaliste pour le moment », déclare Katrien Jans, manager du football féminin à l’Union belge. « Les Flames sont une marque forte et en pleine expansion, que nous développons progressivement. Une entreprise comme Connections associe son nom exclusivement à l’équipe féminine. »

Football et harcèlement: nouvelles normes et valeurs à l’Antwerp ?

Gino Nauwelaers, directeur du marketing de cette agence de voyage, considère le championnat européen comme un tournant. « Si elles atteignent le deuxième tour et vont à la Coupe du monde, les Flames pourraient être lancées. Dans le cas contraire, nous devrons parler à l’Union belge. »

« Le foot en club belge se développe également, mais pas assez vite. 48.000 filles et femmes sont affiliées à des clubs de football », affirme Katrien Jans. « Fin 2019, il y en avait 40.000 et nous visons de doubler la mise d’ici 2024. La pandémie a quelque peu ralenti la croissance, mais l’ambition des 80.000 reste réalisable. »

« Il y a beaucoup de sympathisants, mais l’intérêt des sponsors et des entreprises n’est pas à la hauteur. »

Selon Jimmy Coenraets, cette faible croissance explique en partie pourquoi le football féminin belge reste plus modeste que ses voisins néerlandais, français, allemands et anglais. « La situation me préoccupe. La croissance n’est pas assez rapide. Les Pays-Bas comptent deux fois plus de joueuses affiliées. Cette large base est la condition sine qua non pour mettre en place un championnat compétitif et progresser en Europe. Par conséquent, les fonds ne suivent pas en ce moment dans la Scooore Super League. Il y a beaucoup de sympathisants, mais l’intérêt des sponsors et des entreprises n’est pas à la hauteur », explique Jimmy Coenraets. « Le salaire mensuel moyen est inférieur à 1.000 euros. Certaines femmes ne gagnent même rien. Le contrat de télévision ne prévoit également qu’un seul match en direct par jour de match, ce qui n’est pas attractif pour les sponsors potentiels. »

L’accord TV avec Eleven Sports rapporte aux clubs 200.000 euros par an. Les clubs professionnels masculins sont assurés d’une moyenne de 100 millions d’euros de revenus télévisuels par an.

Partager :
© DaarDaar ASBL 2021 - Mentions légales - Vie Privée