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20 octobre 2017

Égalité salariale : les footballeuses belges peuvent toujours rêver

Ce texte a été traduit par les étudiants de deuxième Master de la Faculté de traduction et d’interprétation (FTI-EII) de l’Université de Mons, sous la supervision de Guillaume Deneufbourg.

Ces derniers mois, notre équipe nationale féminine de football nous a fait vibrer. De grandes victoires, des buts superbes, un jeu offensif à souhait. Avec les Lionnes néerlandaises, elles se sont fait un nom au sommet de la hiérarchie du football féminin, ont surclassé sur le plan technique des nations comme la Norvège et le Danemark. À l’évidence, ces joueuses méritent mieux qu’une brève apparition sur le balcon de l’hôtel de ville de Bruxelles.

Nos Diables Rouges ont eux aussi redoré le blason de notre football. Leur campagne de qualification pour la Coupe du Monde a fait forte impression en Europe. Mardi dernier (10 octobre, NDLR), après leur dernier match qualificatif, à nouveau remporté haut la main, une fête bien méritée s’est tenue au Heysel. Après une période émaillée par les petits et les grands scandales, l’Union belge de football a mis de côté le goudron et les plumes et s’est jointe aux réjouissances, tout sourire.

Et si les instances de notre football mettaient cette période d’allégresse à profit pour faire une bonne action ? Les Diables Rouges n’ont pas à se plaindre de leurs primes. Sur le plan matériel, ils font assurément partie de la catégorie des « nouveaux riches ». En face du stade, le parking ne ment pas : c’est à celui qui aura la plus grosse cylindrée. Et avec leur prime de qualification, ils pourront même offrir une petite Jeep à madame. De toute façon, ils étaient déjà tous millionnaires. Lors du dernier Euro, les Red Flames ont quant à elles joué pour une bouchée de pain. Dans les couloirs de l’Union belge de football, personne ne s’insurge contre cette discrimination. Pas un geste, même symbolique. En passant : le football féminin a été interdit par l’Union belge jusqu’en 1971.

[Il y a dix jours, NDLR], la Fédération norvégienne de football a décidé d’accorder les mêmes primes aux femmes qu’à leurs homologues masculins. À travail égal, salaire égal. L’idée n’a plus rien de progressiste. Simple rectification d’un lamentable anachronisme. Mais à Bruxelles, rien ne bouge. Tessa Wullaert, la « Messi » du football belge, a estimé que le moment était venu de suivre l’exemple de la Norvège. Elle a plaidé pour l’équité financière, en évitant soigneusement de tomber dans le discours féministe. Elle sait à quoi s’en tenir : le football féminin a le don d’agacer ces messieurs. Il est vrai qu’il ne leur rapporte pas un rond.

Les pontes de l’Union belge se sont alors empressés de faire appel à un économe pour démontrer l’infaisabilité financière de cette équité salariale. Le football féminin n’a pas la même valeur. Il ne génère pas de recettes : ni droits-tv, ni sponsoring, ni vente de billet. Avis de spécialiste : « quand elles rempliront des stades de 50 000 spectateurs, vendront des albums Panini et ramèneront des sponsors, on en reparlera ». Les ventriloques de l’Union belge, maîtres dans l’art du cynisme.

Certaines joueuses ont même dû prendre des congés sans solde pour participer à l’Euro. L’Union leur a offert une maigre compensation. Un sac rempli de course, tout au plus. J’avais envie de hurler ma honte et ma désolation.

Eden Hazard et Kévin de Bruyne ne pourraient-ils pas tendre la main à Tessa Wullaert ? Manifestement pas. Trop préoccupés par la gestion de leurs investissements. Et le monde politique, qu’attend-il pour dénoncer et sanctionner ces discriminations ? Il parait que nous avons un ministre des Sports. Personnellement, je ne l’ai jamais vu, si ce n’est furtivement au détour d’une course de cyclocross. Les gouvernements de droite ne sont pas friands de sport. Pas assez militaire. Et trop d’exposition.

On fait mine de ne pas voir que des grands clubs comme Barcelone, Arsenal, l’Ajax et le Besiktas ont bel et bien de l’argent à donner au football féminin. Qui a dit qu’émancipation rimait avec business ?

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