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(cc) Vascorossy via Pixabay

28 mars 2019

A Gand, la vie nocturne est mise en péril par les autorités

Temps de lecture: 3 minutes

Le Conseil d’État a rejeté la fermeture du Kompass Klub, mais l’inquiétude subsiste dans le milieu de la nuit à Gand. Du fait d’un excès de règles et d’un manque de dialogue avec le conseil communal, il semblerait que la vie nocturne de la Cité d’Artevelde risque de s’étioler.

Le Kompass Klub, discothèque gantoise, peut rouvrir ses portes. Ainsi en a décidé le Conseil d’État. Il y a deux semaines, le bourgmestre de la ville, Mathias De Clercq (Open Vld), avait décrété la fermeture de l’établissement pour une période de quatre mois, à la suite d’un décès lié à la drogue. L’auditeur avait déjà indiqué vendredi dernier que cette décision était disproportionnée, et le Conseil d’État a confirmé ce point de vue : la fermeture ne se justifiait pas objectivement. « Nous sommes ravis de cette décision », se félicite Jens Grieten, homme fort du club. « Maintenant, nous espérons pouvoir nous mettre autour de la table avec le bourgmestre. Et franchement, nous regrettons de ne pas avoir pu le faire plus tôt. »

Le bourgmestre De Clercq affirme vouloir se concerter au plus vite avec la direction, mais ne démord pas de sa position : « J’ai pris mes responsabilités, et continuerai à le faire dans l’avenir. Je suis pour une vie nocturne animée, tout en attachant de l’importance à la sécurité et à la convivialité ».

Et malgré la décision positive pour le Kompass Klub, une grande inquiétude règne chez les exploitants et organisateurs d’évènements de la vie nocturne gantoise. Franky Devos et Matthieu Goeury, respectivement coordinateurs général et artistique du Vooruit, expriment leur crainte dans une lettre ouverte. « Le Kompass a beau rouvrir, l’avenir de Gand en tant que ville de sorties bouillonnante n’est pas assuré pour autant », peut-on y lire. Cette préoccupation est « partagée par bon nombre d’acteurs ».

En effet, le Kompass Klub n’est pas un cas isolé. À l’automne 2017, le bourgmestre précédent, Daniël Termont (sp.a) avait ordonné la fermeture du Decadance, boîte de nuit située sur l’Overpoort, célèbre rue estudiantine. Avec un dénouement similaire au cas présent : fermeture pour cause de faits de drogue et décision revue par le Conseil d’État, avant que l’établissement ne finisse tout de même par disparaître définitivement du paysage nocturne gantois un an plus tard.

« De nombreux exploitants et lanceurs de concepts envisagent de plier bagage », avertit Jens Grieten. Pour couronner le tout, les cafés Blond (sur le Vrijdagmarkt) et De Roos (à Sint-Amandsberg) se sont provisoirement vus obligés de fermer à 22 heures, à la suite de plaintes de riverains. Des mesures que les tenanciers jugent excessives.

Trop peu de dialogue avec la commune, et des sanctions trop rapides en cas d’infraction. Voilà, en somme, les critiques qui reviennent constamment à l’égard de la politique de De Clercq et de Termont, son prédécesseur, bien que d’autres mesures, tel que le guichet pour les initiatives culturelles temporaires, soient saluées.

En quête de solution

« Il se trouve que nous ne sommes pas assez écoutés par la ville », déplore Jules Gahide, qui est à l’origine de nombreux concepts éphémères tels que Kerk (« Église » en français) dans l’usine désaffectée de Sidaplax, et Nest (« Nid » en français), dans la bibliothèque communale inoccupée. « Nous avons avant tout besoin d’un climat propice au dialogue. Où l’on s’attèle à chercher des solutions aux problèmes existants, au lieu d’imposer des sanctions immédiates. Pour ce faire, nous devons avoir un point de contact à la ville, quelqu’un qui sache ce qu’est une discothèque et qui connaisse le monde de la nuit ».

À défaut, Gand risque de voir son statut de ville progressiste et ouverte d’esprit s’envoler. « Hors de question que Gand ne devienne un Ostende bis », prévient Mieke Dumont de Vooruit. « Là-bas, tant l’offre culturelle que la vie nocturne s’éteignent à minuit au plus tard. Nous ne pouvons pas laisser cette situation se produire à Gand. Nous avons besoin de concertation, pas de décisions unilatérales ni d’opposition entre un « nous » et un « eux ». Les autorités ne peuvent pas laisser la vie nocturne mourir à petit feu de la sorte ».

 

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