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29 mars 2019

Ces profs de néerlandais qui n’aiment pas lire

Temps de lecture: 2 minutes
Auteur
Traducteur Sebastien Cano

Êtes-vous du genre à dévorer les livres ? Ou plutôt à en acheter un seul au début des vacances et à rester coincé au premier chapitre jusqu’à refaire de la place pour un exemplaire tout neuf l’année suivante ?

Érasme disait qu’une vie sans livre est invivable. Je pense qu’il avait tort. La lecture en soi ne rend pas les gens intéressants. Certaines personnes passionnantes sont de grands lecteurs et d’autres n’ouvrent jamais un bouquin. Ne pas aimer les livres, c’est comme ne pas s’intéresser au sport, au vin, à la cuisine ou à la politique. La lecture ouvre certes de nouveaux horizons, mais on peut s’en passer. À moins d’être professeur de néerlandais, évidemment. Car on suppose que les membres de la corporation enseignante éprouvent un vif plaisir à la lecture d’un livre. N’est-ce pas ?

Eh bien, non. Une enquête du Fonds flamand des Lettres menée auprès d’étudiants souhaitant devenir professeurs de néerlandais révèle que la plupart d’entre eux ne lisent pas. Imagine-t-on des professeurs de sport que le sport laisse indifférents ? Ou des écoles hôtelières dans lesquelles des étudiants se destinant à devenir chefs cuisiniers considèrent une pizza à emporter ou une grande frite à la mayonnaise comme le summum de la gastronomie ? J’en doute. En revanche, des cours de néerlandais peuvent être donnés par des enseignants qui n’ouvrent jamais un livre.

Il existe certainement de formidables professeurs de néerlandais mus par un amour infini pour le verbe. Mais pour une raison quelconque, j’en rencontre rarement. Si ce n’est au cinéma, où un enseignant passionné fait d’une horde de jeunes déchaînés un groupe d’amis liés par leur goût de la poésie. Mettons cela sur le compte de la fiction. Faut-il s’étonner, dès lors, que dans les études internationales, les élèves flamands affichent des résultats de plus en plus médiocres en matière d’alphabétisation ? Et que les élèves quittent l’école avec une aversion pour la lecture ?

Un enseignant qui ne lit pas cesse de découvrir de nouveaux textes et s’enferme dans le passé. Il ne connaît ni les romans de Lize Spit ni les paroles du rappeur Zwangere Guy. Et est donc voué, jusqu’à la fin de ses jours, à tourmenter ses élèves avec les mêmes listes de lectures aussi insipides que poussiéreuses. Seul le plaisir de la langue conduit à la richesse de celle-ci. Il se trouve que les enseignants titulaires d’un master lisent davantage. Mais contrairement à quantité d’autres pays, il n’est pas indispensable, sous nos latitudes, d’obtenir ce diplôme pour faire classe en secondaire.

Dans une société largement robotisée, la capacité à lire et à comprendre des textes est une faculté qui sera préservée. Aimer la lecture ou non relève d’un choix personnel. En revanche, offrir un enseignement soucieux du plaisir de lire est un choix de société.

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