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2 avril 2019

Migration et identité : le dilemme électoral de la N-VA

Temps de lecture: 3 minutes

La N-VA remet le thème de la migration à l’ordre du jour, mais modère le ton. Toujours « dur et juste », mais beaucoup moins négatif. Il ne faudrait pas qu’on l’assimile au Vlaams Belang. Depuis la chute du gouvernement et l’affaire Kucam, le parti marche sur des œufs.

Nouvelle journée d’étude à la N-VA. La troisième, déjà, sur quatre prévues.  Un « V-Dag » axé cette fois sur la migration, l’un des grands chevaux de bataille du parti. Et pourtant, la salle n’est qu’aux trois quarts pleine. L’absence de grande nouveauté de son programme en 10 points n’y est sans doute pas étrangère.

Mais il fut un temps où la migration était un sujet bien plus brûlant. « À moins de deux mois des élections, on en viendrait à oublier que le gouvernement est tombé sur la question migratoire. Le thème a été remplacé par le climat et le pouvoir d’achat, et tout porte à croire que la migration ne fera plus reparler d’elle avant quelque temps », commente Carl Devos, politologue à l’Université de Gand.

Même la N-VA semble désormais marcher sur des œufs. Quatre raisons peuvent l’expliquer :

Entre radicalité et modération

S’ils sont trop coulants, les nationalistes flamands risquent de perdre des voix au profit du Vlaams Belang. S’ils se montrent trop radicaux, ce sont les électeurs du centre qui risquent d’aller voir ailleurs. Un deuxième scénario que semblent particulièrement redouter Bart De Wever & co. Hors de question de mener une campagne comme en décembre dernier, au cours de laquelle des photos très controversées avaient été diffusées sur Twitter.

La position de la N-VA reste très sèche – le parti veut notamment imposer un seuil de revenu mensuel net de 2 100 euros aux pères de deux enfants désireux de rapatrier leur famille –, mais à l’évidence, le parti a modéré le ton. Au point de présenter aujourd’hui dans un de ses clips de campagne la migration comme un phénomène potentiellement positif.

Selon le politologue Nicolas Bouteca, la N-VA aurait renoncé à séduire les électeurs du Vlaams Belang et se tournerait vers son flanc gauche. Carl Devos partage cette analyse : « De Wever a changé son fusil d’épaule et verrait d’un bon oeil, sur le plan national, une coalition « bourguignonne » (sp.a, Open VLD et N-VA). Il a donc tout intérêt à ne pas se rendre infréquentable pendant la campagne. »

Alexander De Croo, vice-premier ministre Open-VLD, a déjà laissé entendre qu’une nouvelle coalition avec la N-VA sera nettement plus difficile si le parti se montre trop radical sur la question identitaire.

Francken, un gibier aux abois

Theo Francken est l’incarnation même du thème de la migration à la N-VA. Mais politiquement, il a du plomb dans l’aile depuis l’affaire Kucam (ce membre de son parti qui aurait monnayé au prix fort des visas humanitaires). Il n’est plus le politique le plus populaire de Flandre, et à la Chambre, il est depuis des semaines la tête de Turc des autres partis, affaiblissant la position de la N-VA en matière migratoire.

L’expérience du pouvoir

Theo Francken a été lui-même secrétaire d’État à la migration pendant 4 ans et demi. Difficile, dans ces conditions, de critiquer la politique menée ou de multiplier les propositions sans susciter l’inévitable question : « pourquoi ne pas avoir fait tout ça quand vous étiez au gouvernement ? » De plus, le plan en 10 points de la N-VA contrevient à plusieurs conventions et traités internationaux, ce qui le rend irréalisable.

Perte de visibilité

L’époque où l’on voyait quotidiennement le vice-premier ministre Jan Jambon ou Theo Francken à la télévision est révolue. Moins dominants, ils n’ont plus la possibilité de dicter, comme auparavant, l’agenda médiatique. Retourner dans l’opposition, c’est lâcher les commandes.

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