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27 mars 2019

Loi Climat: c’est aux électeurs, et non aux activistes, de décider

Temps de lecture: 2 minutes
Jan Segers
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Une loi climat pleine d’objectifs bien ronflants ne garantira rien. Seules des mesures concrètes y parviendront. Des mesures qui ne s’arrachent pas sous une tente, mais dans les isoloirs. C’est le 26 mai que tout se jouera.

Il n’y aura pas de loi climat contraignante. Les militants auront beau camper des jours entiers dans la rue de la Loi – et ils ont bien raison de le faire – pour réclamer une modification de la Constitution en ce sens, celle-ci ne sera pas votée, faute d’une majorité des deux tiers à la Chambre. Pourtant, il n’y a pas de quoi larmoyer, même après avoir passé plusieurs nuits sous tente. En effet, une loi climat aux objectifs aussi creux que ronflants ne garantirait rien. Les seuls résultats valables consisteraient en des mesures concrètes et, si nécessaire, fortes, radicales et coûteuses. Les lois de ce genre ne s’obtiennent pas dans la rue, même à plusieurs dizaines de milliers, ni en séchant les cours chaque semaine. Ce n’est pas dans une tente qu’on arrache une loi, mais dans l’isoloir. C’est l’électeur qui décide, et lui seul.

La politique climatique entraîne de telles répercussions sur notre mode de vie et nos dépenses qu’on ne peut pas la laisser aux mains de scientifiques, de juges et de militants, et encore moins d’alarmistes. Pourtant, c’est exactement ce qu’une loi climat spéciale ferait, avec des objectifs très ambitieux que personne ne pourrait réfuter, mais qui paraissent utopiques dans notre monde, à moins d’y subordonner toutes les décisions politiques ou à mettre à leur service chaque mesure prise. Est-il encore permis de se demander si ces objectifs sont souhaitables, réalistes et viables ? Et comment forcer la réalisation de ces objectifs, ou sanctionner leur non-réalisation alors qu’ils sont gravés dans le marbre ? Que faire si, en 2033 par exemple, on ne se dirige toujours pas vers une société neutre en CO2 et cent pour cent d’énergies renouvelables ? Que faire si, entre-temps, la conscience écologique faiblit ou si une autre crise mondiale exige des solutions plus urgentes ? Que faire si la science découvre qu’elle s’est fourvoyée, ou si des technologies révolutionnaires font leur apparition ? Que faire si la population en a assez de fournir des efforts et que le monde politique se résigne, par instinct de survie ? Cette loi climat ne deviendra-t-elle pas, dans ce cas, qu’un simple bout de papier ?

Laissons tomber cette loi climat. Tout gouvernement ou tout responsable politique dignes de ce nom n’ont pas besoin d’une législation spéciale pour mener une politique en faveur de l’environnement ou du climat, ni d’une épée de Damoclès pour favoriser la justice sociale et fiscale, ou pour atteindre l’équilibre budgétaire. Le socle d’une véritable politique climatique semble aujourd’hui plus vaste que jamais, mais pas nécessairement au détriment d’autres acquis en matière de bien-être, comme la voiture ou l’avion, et pas à n’importe quel prix. C’est le 26 mai que nous verrons à quoi le Belge et le Flamand sont prêts. Que chaque parti joue cartes sur table, afin de laisser l’électeur juger sur pièces.

Si l’électeur vote pour une coalition ambitieuse sur le plan climatique, espérons que celle-ci aura le courage de ses convictions et qu’elle tiendra ses promesses. S’il vote pour une coalition pour laquelle le climat n’est pas la priorité, espérons la même chose. Dans tous les cas, le monde ne s’écroulera pas. Notre pays est, en termes de réchauffement climatique, trop insignifiant pour cela.

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