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Vaccinée « avant tout le monde », la bourgmestre de Saint-Trond suscite l’indignation générale
06·05·21

Vaccinée « avant tout le monde », la bourgmestre de Saint-Trond suscite l’indignation générale

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

Image par Angelo Esslinger de Pixabay

Auteur⸱e
Genevieve Bernard
Traducteur⸱trice Genevieve Bernard

Selon des documents divulgués par un centre de vaccination, la bourgmestre de Saint-Trond Veerle Heeren (56 ans) se serait fait secrètement vacciner de manière anticipée. Elle aurait également fait vacciner prioritairement son fils, sa sœur résidant en dehors de Saint-Trond, des collaborateurs, des amis et même des voisins. Bien qu’elle garde le silence sur cette vaccination présumée, l’élue CD&V a dans l’intervalle ordonné à la police d’enquêter sur l’origine de la fuite.

« Personnellement, j’estime qu’il est important que les plus vulnérables se fassent vacciner en priorité – je pense au personnel soignant. Ensuite, ce sera les plus de soixante-cinq ans. Lorsque toutes ces personnes auront été vaccinées, mon tour viendra, avec nos jeunes et les autres quinquagénaires. »

Veerle Heeren a fait cette déclaration dans l’émission Start Je Dag, sur Radio 2 Limbourg, le 4 mars 2021. Elle évoque l’accélération de la campagne de vaccination dans la commune de Saint-Trond, où elle officie en tant que bourgmestre depuis 9 ans. Après une année dominée par la gestion de la crise du covid-19, il s’agit selon elle d’un message d’espoir. Proportionnellement la plus touchée par le virus lors de la première vague, la ville de Saint-Trond a été un foyer d’infection pendant des semaines. « Je travaille 15 heures par jour et je dors mal. Je me sens responsable de nos 40 000 Trudonnaires », avait déclaré la femme politique. Heeren a également souffert de la pandémie sur le plan personnel. Dimitri, son compagnon d’alors, a été contaminé par le virus et plongé dans le coma pendant 17 jours.

Cette période pénible est en grande partie derrière nous. Cependant, Heeren fait face à une autre crise : Trudocs, un site d’information local critique, a découvert que la bourgmestre avait menti lorsqu’elle avait déclaré qu’elle attendrait son tour pour se faire vacciner. Selon des documents confidentiels divulgués par une source du centre de vaccination, la bourgmestre aurait reçu une injection du vaccin Pfizer six jours après l’interview radio et ce, à l’heure où les seuls 1 820 vaccins disponibles étaient destinés aux personnes âgées. La bourgmestre aurait bénéficié d’une seconde dose du vaccin le 31 mars.

Manipulation

Le dénonciateur explique avoir partagé les documents concernés pour obéir à son sens moral. Selon lui, les listes de réserve auraient été manipulées par la société de consultance Probis, chargée du déploiement des vaccinations. Heeren ne serait en effet pas la seule à avoir devancé les personnes prioritaires : son fils (le 17 mars), sa sœur résidant à Tongres (le 17 mars), des collaborateurs, une série d’amis, et même une voisine (le 15 avril) et un voisin (le 17 mars) auraient reçu, eux aussi, une ou plusieurs injections de vaccin. Au moins dix personnes de l’entourage de la bourgmestre ont pu accéder au centre de vaccination de manière accélérée. Aucune d’elles n’a voulu faire de commentaire hier.

La rumeur courait depuis un certain temps à Saint-Trond, et lors d’un conseil communal, on avait déjà demandé à Mme Heeren si elle était vaccinée. La bourgmestre avait répondu sur le ton de l’humour que son dossier médical ne regardait personne. Hier encore, elle refusait d’entrer dans le vif du sujet (voir ci-dessous).

« Il existe un terme pour désigner ce genre de pratiques secrètes : le népotisme », a dénoncé le chef de l’opposition et député flamand Ludwig Vandenhove (Vooruit). Ayant lui aussi pu consulter les documents, il met ouvertement en question la fonction de Heeren. « Peut-elle rester en place ? Les personnes qui mentent, à mon avis, ne le peuvent pas. Il n’est pas question d’un jeu politique ici, mais d’un système sous-jacent malhonnête. On inscrit incidemment toutes ces personnes sur les listes, comme si on les abordait en dernière minute sur la Grand-Place parce qu’il restait des vaccins au centre de vaccination. Ce n’est pas correct. La bourgmestre a fait vacciner ses proches en plein jour, pensant ainsi qu’elle s’en sortirait. »

Enquête sur la fuite

Selon la Vlaams Agentschap Zorg en Gezondheid, aucune loi ne définit l’ordre dans lequel les vaccinations sont effectuées. En d’autres termes, si Heeren a bien été vaccinée de manière anticipée, elle n’a pas commis d’infraction. Elle n’a donc pas à craindre de poursuites pénales ; seulement une pression politique accrue. Ses partenaires de coalition dans la majorité – Open VLD et N-VA – ont exprimé leur « préoccupation » hier : « Nous demandons instamment au gouverneur et à l’Agentschap Binnenlands Bestuur d’apporter rapidement des éclaircissements ». Selon une autre source, Heeren a ordonné hier en interne d’enquêter sur l’origine de la fuite.

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