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Pieter Brueghel l’Ancien – De val van Icarus – Domaine public

22 janvier 2019

Visas humanitaires : Theo Francken s’est brûlé les ailes

Jan Segers
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

À la Rue de la Loi, tout le monde, sauf la N-VA et Jean-Marie Dedecker, lance un regard impatient et plein d’espoir vers Icare. Ivre d’enthousiasme et de témérité, notre héros s’est aventuré trop près du soleil et, s’étant brûlé les ailes, il risque maintenant le grand plongeon. Theo Francken a-t-il péché par naïveté, excès de confiance, obstination ou négligence ? Peu importe, finalement. Lorsqu’on fait partie d’un gouvernement, il ne faut pas être coupable, ni même au courant d’un abus, pour en endosser la responsabilité politique. Donc, Theo Francken est bel et bien responsable. Cette affaire aurait pu provoquer sa démission s’il avait encore été secrétaire d’État à l’heure actuelle. Et cela, il le reconnaît lui-même.

« Theo Francken a entamé hier la campagne électorale la plus infernale de sa vie. »

Seulement, secrétaire d’État, il ne l’est plus depuis le 8 décembre. Pourtant, cette affaire de fraude aux visas humanitaires le poursuivra jusqu’au 26 mai inclus, et on peut compter sur ses adversaires politiques pour le lui rappeler. En effet, tant le quasi-gouvernement Michel que l’opposition, que ce soit par une juste indignation ou par opportunisme électoral, attendent à ce point leur revanche qu’ils se feront un plaisir d’arracher de son piédestal l’homme politique le plus populaire de Flandre. Autant dire que Theo Francken a entamé hier la campagne électorale la plus infernale de sa vie.

« Cette affaire lui coûtera-t-elle des voix ? Rien n’est moins sûr. »

La fraude aux visas sera-t-elle fatale à Francken ? Cette affaire lui coûtera-t-elle des voix ? Rien n’est moins sûr. En effet, Icare pourrait encore atterrir en douceur. Il a encore quatre mois pour ce faire, ce qui représente une éternité en politique. Jeudi passé, à la Chambre, sous le feu nourri de l’ensemble des autres députés, Theo Franken demeurait silencieux et le regard fixe. Aujourd’hui, il déclenche sa contre-attaque. Il a voulu bien faire. Quoi qu’il en soit, il a sauvé quinze cents chrétiens des griffes de l’État islamique et il en est fier, quand bien même ceux qu’il considère comme les plus vulnérables s’avèrent les plus nantis.

Quelqu’un a abusé de sa confiance, mais ne jetons pas tout le panier pour quelques pommes pourries. Et en plus, Melikan Kucam nie toute faute, et d’ailleurs, s’il y a fraude, elle s’est produite en amont, chez des « sous-traitants louches » qui ont fait passer la frontière à des chrétiens en échange d’un beau pactole. Lisez : tout s’est déroulé loin de Francken et de ses bonnes intentions. D’autre part, il y a fort à parier qu’après ce sombre épisode, les nombreux partisans de l’ex-secrétaire d’État feront l’éloge de son grand cœur. Il faut dire qu’on lui pardonne beaucoup, à Theo, plus encore qu’à son parti.

« il a sauvé quinze cents chrétiens des griffes de l’État islamique et il en est fier »

Les faits, eux, sont accablants. La négligence avec laquelle Theo Francken a laissé vendre à prix d’or des visas humanitaires à des centaines de chrétiens d’Orient contraste avec la rigueur et l’acharnement qu’il a déployés pour refuser d’octroyer un visa à une seule famille d’Alep. Cette décision était peut-être juste et bien fondée, mais il en ressort une inégalité de traitement et une impression d’arbitraire aussi douloureuses que tenaces.

Si le secrétaire d’État compétent n’a pas à endosser la responsabilité de chaque visa humanitaire, c’est bien à lui de veiller à ce que les critères d’octroi des visas soient clairs et soumis à des contrôles minutieux. Nous parlons ici de choix on ne peut plus lourds de conséquences sur la sécurité et l’avenir de familles entières. C’est parfois une question de vie ou de mort. Dans des cas pareils, les choses sont très claires : le contrôle doit l’emporter sur la confiance.

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