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Qui voudrait (encore) prendre la place de John Crombez ?

(c) Pierre

12 septembre 2016

Qui voudrait (encore) prendre la place de John Crombez ?

Temps de lecture: 3 minutes

Lorsqu’il est question d’ennuis, les socialistes flamands sont pour ainsi dire en terrain connu. Mais l’actuelle vague de problèmes s’apparentant plutôt à un véritable tsunami, il ne leur reste plus qu’à prier que leurs malheurs s’effaceront rapidement, au risque d’une incommensurable débandade. Qui voudrait encore prendre la place de John Crombez en cette période pour le moins tumultueuse ?

« La politique est une mauvaise pièce de théâtre jouée par des acteurs brillants. » Voilà l’une des citations les plus justes de Bart De Wever. Toutefois, le désolant spectacle qui s’est joué ces derniers jours à Hasselt a souffert d’un bien mauvais casting pour son rôle principal : la bourgmestre Hilde Claes.

En effet, si John Crombez avait eu un gong pour la congédier, il l’aurait vraisemblablement frappé suffisamment fort pour qu’il retentisse de Hasselt jusqu’à Ostende.

Qu’une bourgmestre fasse la publicité de son propre bal comme elle l’a fait est pour le moins maladroit mais qu’elle attribue un marché public au mari de sa cheffe de cabinet est carrément autodestructeur, même si toute la procédure s’est déroulée en bonne et due forme.

Et qu’elle en remette une couche en faisant un scandale au sein de son propre parti est purement et simplement, selon le siège bruxellois du sp.a situé rue du Marché aux Herbes, un acte de vengeance personnelle. Les mœurs politiques hasseltoises sont, de coutume, bien loin de ces socialistes qui lavent leur linge sale en public. Un bien triste spectacle.

En conflit avec son passé

Ce qui reste, c’est l’image d’un parti en conflit avec son passé qui a si longtemps été au pouvoir que certains de ses membres en sont venus à le considérer comme acquis. (Un problème qui, soit dit en passant, persiste également en d’autres lieux où le sp.a dirige encore.)

Une épine dans le pied dont Crombez pourrait bien se passer, surtout alors qu’il se relève à peine de l’affaire Optima que son camarade de parti (et concurrent) Bruno Tobback s’est empressé de comparer à l’affaire de corruption Agusta.

Ajoutez-y le matraquage incessant de la N-VA, qui a admirablement affaibli le parti socialiste, et l’on comprend immédiatement le travail de titan que John Crombez doit effectuer pour rétablir l’image du sp.a. L’interdiction des cumuls de mandats qu’il a introduite peu après son entrée en fonction n’est, malheureusement pour lui, que le premier pavé d’une route qui s’annonce très longue.

Entre le marteau et l’enclume

Crombez traverse une véritable tempête (nous n’abordons même pas l’exclusion d’Ahmed Koç du sp.a pour son soutien trop affirmé au Président turc Erdogan), et c’est dans ce tumulte qu’il doit parvenir à renouveler son parti. Une autre sacrée paire de manches.

Tout d’abord, sur le plan du personnel. Certes, Crombez a sensiblement réchauffé l’atmosphère au sein du parti après le froid de la période Tobback ; certes, il tente de mettre de nouveaux visages sur le devant de la scène, mais il est encore trop tôt pour parler de nouvelle génération. Un nouvel homme fort aussi populaire que l’ancien président du sp.a, feu Steve Stevaert, capable de rétablir le cap ne s’est jusqu’à présent pas encore démarqué.

Ensuite, le renouvellement du message politique. Là aussi, Crombez est pris entre le marteau et l’enclume. Comment peut-il résoudre le plus ancien problème des socialistes ? Comment peut-il réconcilier les deux franges du parti ?, à savoir les « cosmopolites intellectuels » de gauche et les ouvriers plus traditionnels ?

Le début de la législature s’annonçait pourtant sous les meilleurs auspices. En effet, le débat politique s’articulait autour de l’essence même du programme socialiste : l’argent et l’économie. En tenant un discours de redistribution des richesses plutôt classique, teinté d’un populisme de gauche à la Syriza, Crombez est parvenu à conduire une opposition solide, mettre en évidence les différences avec le gouvernement en place tout en préservant l’unité de la base.

Seulement voilà, Crombez s’est vite fait rattraper par l’actualité (comme cela lui était déjà souvent arrivé au début de sa présidence) et le débat politique s’est exclusivement recentré sur l’asile et l’immigration, terrain sur lequel lui et ses prédécesseurs ont toujours été beaucoup moins à leur aise. En effet, les socialistes ont systématiquement préféré éviter ce thème, une sorte de talon d’Achille que même Steve Stevaert refusait catégoriquement d’aborder.

Risquer une gauche plus radicale

Crombez a désormais opté pour une orientation que l’on pourrait qualifier de plus radicale. Il prend certes le risque de froisser les électeurs citadins de gauche « intellectuels » mais il espère que la perte de leurs voix sera compensée par celles qu’il remportera auprès du reste de la population. Y gagnera-t-il au change ? Peut-être pas : ce nouveau cap, en plus de l’exclusion d’Ahmed Koç, coûtera probablement cher à Crombez auprès de nombreux électeurs musulmans. Surtout dans les zones urbaines, traditionnels bastions du sp.a, pour qui ces voix sont absolument nécessaires.

Autrement dit, si ces ennuis continuent de s’accumuler, les socialistes peuvent commencer à craindre le pire. Qui sait, peut-être même cinq nouvelles années dans l’opposition. Ils peuvent toutefois se consoler en se souvenant que le CD&V a lui aussi eu besoin de deux législatures pour se relever de la débâcle de la crise de la dioxine en 1999.

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