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Plan sécurité de la N-VA: opération marketing et poudre aux yeux

(c) Pixabay

13 septembre 2016

Plan sécurité de la N-VA: opération marketing et poudre aux yeux

Temps de lecture: 2 minutes

Ce débat sur l’état d’urgence a-t-il un sens ? Faut-il se demander pendant des lustres si cette proposition perturbe, oui ou non, l’équilibre entre sécurité et respect des libertés citoyennes ? Faut-il se demander si la comparaison avec la Turquie, où des milliers de suspects sont arrêtés et puis seulement interrogés, est vraiment opportune ? Après tout, un état d’urgence a-t-il déjà permis d’empêcher un attentat ?

Le point crucial de la proposition de la N-VA demeure qu’elle nécessite une révision de la constitution. Pour l’instant, personne ne prend vraiment au sérieux les subterfuges juridiques imaginés par Hendrik Vuye, professeur de droit constitutionnel et parlementaire N-VA. Le parlement compte-t-il vraiment passer son temps à analyser un projet de loi qui n’existe pas encore et qui ne pourrait, de toute façon, être adopté qu’à l’horizon 2020 ?

À l’évidence, le débat fait fausse route. Le fameux plan de la N-VA pour la sécurité, baptisé « Niveau V. Verandering voor Veiligheid », ressemble à s’y méprendre à une vaste opération de marketing. Le « V » ne représente plus la Flandre (Vlaanderen, ndlr), mais la sécurité (Veiligheid, ndlr). Les nationalistes flamands savent qu’il s’agit d’un thème porteur. Le plan vise à renforcer la position du parti, qui s’érige ainsi en force de proposition au sein de la majorité gouvernementale, dont elle entend bien être le chef de file. Et à ce titre, il est de bon ton de susciter un débat de fond sur la sécurité.

Les retombées de leur stratégie sont multiples. Tous les autres partis se voient automatiquement affublés du rôle de « suiveur » et passeront à terme pour des empêcheurs de tourner en rond dans un dossier crucial. Il est vrai que les opposants auront des arguments à faire valoir, à commencer par le transfert de pouvoir, du judiciaire à l’exécutif, ou le refus d’accorder une liberté anticipée aux terroristes condamnés, qui n’a pas fini de faire couler l’encre.

Le fond du dossier laissera beaucoup de Flamands indifférents, qui retiendront surtout un échange entre exégètes. Mais il en concluront que les autres partis manquent d’ardeur dans la lutte contre le terrorisme. La N-VA soigne ainsi ses électeurs d’extrême-droite – Filip Dewinter ne surenchérit qu’en proposant la peine de mort –, tout en lançant un appel au centre, où l’Open Vld et le CD&V s’époumonent à vouloir dénoncer une stratégie qui ne fait qu’attiser la haine. Dans ce contexte, c’est surtout l’image du ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) qui risque d’en pâtir. Et pour de bon.

Cette proposition, c’est aussi de la poudre aux yeux. La lutte contre le terrorisme exige des dizaines de mesures, qui ne sont pas toutes aussi spectaculaires. Avancer sans cesse de nouvelles propositions, dont certaines n’ont qu’un effet placebo, ne sert pas l’efficacité. N’est-il pas étonnant de constater que le plan Niveau V n’aborde pas la question de la fusion des zones de police à Bruxelles ? La N-VA y voyait pourtant la principale cause de l’émergence à Molenbeek d’un vivier de djihadistes. Plutôt que d’ouvrir de nouveaux dossiers, le parti ferait tout aussi bien d’agir sur ceux qu’elle a laissés en plan.

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