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(cc) Poulsen

14 septembre 2016

Au fond, qu’en pensent les Molenbeekois?

Ils sont l’un des sujets de prédilection des journalistes et des analystes… mais qu’en pensent donc les Molenbeekois ? L’Institut européen de la paix (EIP) a interrogé quelque 400 habitants des quartiers les plus visés. Comme l’on pouvait s’y attendre, hormis un article dans le quotidien espagnol El Pais, l’enquête est passée inaperçue.

Pendant deux mois, l’Institut européen de la paix (European Institute of Peace ou EIP) a sondé l’humeur des Molenbeekois, dans la foulée de l’acharnement médiatique dont leur commune fait l’objet depuis l’an dernier. Les enquêteurs ont tenté, à la lumière d’entretiens avec 406 habitants du bas-Molenbeek, de comprendre le contexte qui a conduit au départ de 47 jeunes vers la Syrie et les conséquences des attentats de Paris et Bruxelles sur leur vie.

Les enquêteurs se sont concentrés sur les deux quartiers associés à Molenbeek dans les médias et le langage populaire : le quartier dit « Maritime », entre le boulevard Léopold II et Tour & Taxi, et le centre historique de la commune entourant l’hôtel de ville. Molenbeek est la deuxième commune la plus pauvre de notre pays. Mais le revenu dans ces deux quartiers (où vit un peu moins de la moitié des Molenbeekois) est nettement inférieur au revenu moyen de l’ensemble de la commune.

C’est ce qui ressort immédiatement des réponses à la question : « pourquoi certains jeunes sont-ils séduits par la propagande menée par les organisations terroristes telles que l’EI ? ». Quand on connaît la commune, ces réponses n’ont rien d’étonnant. Les habitants pointent du doigt le manque d’opportunités et l’isolement social. Ces jeunes sont extrêmement vulnérables et cherchent à donner un sens à leur vie. Les groupements extrémistes offrent des perspectives illusoires à ces jeunes qui ont des difficultés à vivre dans une société où ils sont victimes de discriminations et qui ne leur laisse aucune chance.

La Religion

En outre, selon eux, la religion peut difficilement être considérée comme la motivation principale étant donné que, avant de rejoindre les rangs de l’EI, ces jeunes connaissaient très peu l’islam et nombre d’entre eux s’adonnaient surtout à des activités criminelles.

Pour lutter contre la propagation de ces idées, les sondés estiment cependant que la « formation religieuse » et le « dialogue » ont un rôle à jouer. Ce dialogue doit aussi porter sur la place de la religion dans notre société et l’ingérence occidentale au Moyen-Orient.

Lorsqu’on demande aux Molenbeekois ce qui les préoccupe, le terrorisme et la radicalisation n’arrivent qu’en toute fin de liste. Le problème principal est le chômage (pour 31 % des sondés). Ensuite viennent l’enseignement et les comportements antisociaux.

Si l’on aborde spécifiquement la question de l’insécurité, les Molenbeekois pensent tout d’abord aux nuisances liées au trafic de drogue et aux vols. Mais seuls 17% des sondés considèrent qu’il n’y a absolument aucun problème de sécurité à Molenbeek.

La Syrie

À propos de ces jeunes partis pour la Syrie, les sentiments qui prédominent sont la tristesse (41%) et la colère (29%). 11% sont indifférents, et seule une personne a manifesté de la sympathie à leur égard.

La très grande majorité des habitants de ces quartiers ne se reconnaît pas, voire pas du tout, dans le portrait qu’en font les médias. La méfiance est bien ancrée. Les imams en prennent aussi pour leur grade. Leurs discours désuets ne parlent pas aux jeunes.

Quant aux zones de non-droit, le sujet est balayé d’un revers de la main. Il n’y a aucune zone à Molenbeek où la police n’est pas la bienvenue. Au contraire, les habitants souhaitent que la police soit plus proche de la population et plus représentative des quartiers.

Par ailleurs, il n’y a manifestement aucune tension entre chrétiens et musulmans. Les seuls à se plaindre sont les athées ayant des antécédents musulmans. Il semble que ceux qui rejettent ouvertement l’islam souffrent d’exclusion.

Après les attentats, la vie est devenue encore plus difficile. Les musulmans s’inquiètent de l’augmentation de la discrimination et essuient des regards suspicieux lorsque, par exemple, ils entrent dans une mosquée. De nombreux musulmans se sentent encore moins libres qu’avant dans la pratique de leur foi et pointent particulièrement l’interdiction du port du voile au travail ou la campagne contre l’abattage sans étourdissement. Désormais, avoir une carte d’identité sur laquelle est inscrit « Molenbeek » constitue un motif supplémentaire de discrimination, et trouver un emploi est encore plus difficile qu’auparavant.

Enfin, les musulmans vivent mal l’individualisme de la société belge, qui va à l’encontre de leurs valeurs centrées sur la famille.

 

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