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11 juin 2015

Petits meurtres entre amis

Temps de lecture: 3 minutes

Contexte Daardaar: Mardi dernier, le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever (N-VA), en visite à New York dans le cadre du Mayors Forum, s’est ouvertement interrogé sur la fonction du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Pieter De Crem (CD&V), une compétence transférée aux Régions depuis la 6e réforme.

En politique, l’amitié n’existe pas. Et si elle existait, Bart De Wever ne se serait pas interrogé ouvertement sur la façon dont Pieter De Crem occupe ses journées. « Que fait-il réellement? ». Le genre de petite remarque cinglante que l’on ne fait même pas à son pire ennemi. Mais il n’y a que la vérité qui blesse.

Lors de l’attribution des postes, Pieter De Crem n’a obtenu aucun portefeuille ministériel. Sa fonction se résume à une coquille vide. Tant le CD&V que le principal intéressé en sont bien conscients. Alors que Kris Peeters et Koen Geens obtenaient d’importantes fonctions, il ne restait plus que des miettes pour De Crem. Celui-ci essaie à présent d’en tirer le meilleur profit, à l’instar du cuisinier qui tente de concocter un bon petit plat avec ce qui reste dans le frigo.

En tant que secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Pieter De Crem parcourt le monde comme lobbyiste pour toute entreprise qui le demande. C’est avec une petite pointe d’humour, et un certain sens de la dérision, que Pieter De Crem s’autoproclame « meilleur représentant de commerce de la SA Belgique ». Quoi qu’il en soit, les déclarations de Bart De Wever sont impitoyables, et pourraient sonner la mort de ce commis-voyageur. «Nothing personal, strictly politics» (ndlr: en anglais dans le texte).

Reste à savoir si De Wever est réellement le mieux placé pour faire le procès du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur. En tant que président de la N-VA, Bart De Wever ne manque pas une occasion pour fustiger les imperfections de la sixième réforme de l’Etat, et notamment la question du chevauchement et du morcellement de certaines compétences. Mais lorsque Wouter Beke avait proposé durant les négociations finales de confier à Pieter De Crem le poste de secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Bart De Wever s’est bien gardé de protester. Il ne s’est d’ailleurs pas contenté d’approuver cette proposition, il trouvait même formidable d’octroyer une telle coquille vide au CD&V. Dès lors, il n’appartient pas à Bart De Wever de retourner le couteau dans la plaie, et de souligner une fois de plus l’inutilité de ce poste. Ce qui s’applique au CD&V, s’applique également à la N-VA : avec un tel partenaire au sein de la majorité, l’opposition s’avère même superflue. La loyauté ? Optionnelle, monsieur.

« La remarque cinglante de Bart De Wever blesse, comme seule la vérité en est capable »

Le mécontentement au sein du CD&V est compréhensible. Lors d’une précédente législature, Kris Peeters, en sa qualité de ministre-président flamand, s’indignait lorsque le gouvernement fédéral s’emparait du Commerce extérieur. Mais aujourd’hui, en tant que vice-Premier ministre, il a quelque peu changé d’avis à ce sujet. Si Pieter De Crem n’a dû se contenter que d’une aumône, ce n’est pas tant la faute de Bart De Wever que celle de Wouter Beke. Tout comme ce dernier était l’homme de trop au sein du CD&V, Pieter De Crem assume ce même rôle dans le gouvernement. Ses missions commerciales restent dans l’ombre. Et lorsqu’une mission d’importance est au programme, comme celle effectuée récemment au Japon, le Premier ministre Charles Michel et son vice-Premier Kris Peeters s’en chargent, et se gardent bien d’emmener leur secrétaire d’Etat.

Il va de soi que Pieter De Crem avait la possibilité de sauver sa face avant la formation de ce gouvernement, en laissant passer cette coquille vide. Il n’y a donc pas lieu de ressentir une quelconque pitié à son égard. Malgré tout,  Pieter De Crem méritait mieux que la fonction qui lui a été attribuée sous cette législature. Il fut d’ailleurs brillant en tant que ministre de la Défense. Il semble toutefois peu probable qu’il ne rayonne comme  secrétaire d’Etat au Commerce extérieur. Le plus grand défi qu’il aura à relever consiste finalement à assurer sa survie politique jusqu’en 2018 et en 2019. Certaines mauvaises langues disent que ce sera sa seule véritable mission.

En VO: Het Laatste Nieuws, 10/06/2015, p.2
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