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18 janvier 2018

Le parti socialiste flamand a touché le fond

Visé par des accusations de malversation alors qu’il était encore directeur local chez De Lijn, Tom Meeuws a présenté mardi, lors du bureau anversois du sp.a, sa démission de la liste Samen (Ensemble), où il figurait à la 3e place en vue des élections communales à Anvers. Sa démission n’a toutefois pas été acceptée par les instances du parti socialiste flamand. Le cartel, composé de Groen, du sp.a et de représentants de la société civile, pour contrer le bourgmestre Bart De Wever, était sous forte pression. Il a fini par exploser, mercredi, après le retrait officiel des Verts flamands.

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Avec la saga Tom Meeuws, le sp.a touche le fond et Groen n’a d’autre choix que de se réveiller. De Lijn, pour sa part, a la gueule de bois et la N-VA, la gloire euphorique.

Jusqu’où descendront-ils ? Jusqu’au seuil d’éligibilité, comme en France ou aux Pays-Bas ? Chaque fois qu’on pense que les socialistes flamands ont touché le fond, on s’aperçoit qu’ils creusent encore. Le probable retrait de Tom Meeuws de la liste vert et rouge Samen (Ensemble) aux élections communales d’Anvers est ce qui pouvait arriver de mieux à la coalition de gauche. En effet, Meeuws était depuis longtemps devenu un boulet pour Wouter Van Besien, le candidat vert au mayorat. Il n’en demeure pas moins que ce départ – certes non accepté par le sp.a – revêt une valeur symbolique forte. A Anvers, du moins. Cela fait des années que le sp.a anversois est à l’agonie. Sans cela, Meeuws, le beau parleur, n’aurait jamais pu faire sa joyeuse entrée dans la ville. Il s’avère toutefois que le remède prescrit par le président du sp.a John Crombez est pire que le mal. Aujourd’hui, le sp.a anversois est cliniquement mort. Et Groen ne trouve rien de mieux à faire que du bouche-à-bouche. Certains ne se gênent pas pour manifester leur joie, certes, mais la compassion des verts n’est-elle pas pire encore ?

En apparence, Tom Meeuws semblait la figure de proue idéale d’un sp.a déchiré en interne. L’homme au parler volubile, au contact facile et à la présentation impeccable avait de quoi charmer jusqu’à la N-VA. Le problème, c’est qu’il restait quelques cadavres dans son placard de haut fonctionnaire de De Lijn, ce que les services secrets de la N-VA n’ignoraient évidemment pas. En d’autres termes : Meeuws était attendu au tournant. La question n’était donc pas de savoir si Bart De Wever pouvait l’éliminer, mais bien quel serait le moment le plus propice pour le chef de la N-VA. En ce sens, il est surprenant que Meeuws doive déjà jeter l’éponge maintenant. Pour la N-VA, il aurait mieux valu que cela se passe plus près du 14 octobre 2018. En effet, à ce moment-là, Meeuws ne sera plus qu’un lointain souvenir. Il ne sera rien de plus que l’homme dont la carrière politique aura pris fin avant d’avoir démarré. Ils doivent être nombreux, les ténors du socialisme anversois, à se retourner dans leur tombe ou dans leur lit, rouges de honte et de colère.

John Crombez n’avait pas tort de vouloir rénover en profondeur son parti usé jusqu’à la moelle et sali par le pouvoir. Hygiène politique, transparence et crédibilité étaient devenus les nouveaux mots d’ordre des socialistes après des décennies de flirt avec les frontières légales et éthiques du pouvoir, une pratique que personne ne maîtrise mieux que le bourgmestre gantois Daniël Termont, le dieu (déchu) du stade de La Gantoise. Les socialistes ont oublié que quand on lave plus blanc que blanc, les taches se voient beaucoup mieux. Tout le monde, y compris John Crombez, connaissait le passé sulfureux de Tom Meeuws lorsqu’il était directeur de De Lijn. Ce passé l’a poursuivi depuis le premier jour, et c’est aujourd’hui qu’il l’a rattrapé. Voilà de quoi fragiliser davantage encore la position de président de John Crombez. Autant dire que c’est les fesses serrées que son parti se présentera aux élections de 2018 et 2019. En Flandre rurale, le parti est un nain depuis belle lurette. A Anvers, Meeuws est une erreur de casting. A Gand, Tom Balthazar a dû laisser sa place à Rudy Coddens, un second couteau. A Hasselt, la dynastie Claes bat de l’aile. Bruges est sur le point d’échapper au parti. Et Louvain ne reste socialiste que parce que Theo Francken a poliment décliné l’invitation à se présenter sur la liste aux communales. Le sp.a ne vit pas : il survit. Et encore.

Et Groen, dans tout ça ? Pour le parti du candidat Wouter Van Besien, la saga Meeuws est un signal clair : il est l’heure de se réveiller. Quelle est encore la plus-value de la liste commune Samen, si les rouges n’y apportent rien ? Pourquoi les verts, qui ont le vent en poupe, s’allieraient-ils à leur principal concurrent à gauche ? Et la question ne vaut pas que pour Anvers. Elle vaut aussi pour Gand. Groen se sous-estime. Le parti, qui pourrait être le bourreau du sp.a, joue les bons Samaritains. Il faut dire que Wouter Van Besien est un gentil. A sa place, une Mieke Vogels aurait achevé les socialistes à bout portant. Van Besien, lui, a salué le courage et la dignité de la décision de Meeuws. Vu de l’extérieur, on ne peut que se dire : allez, Wouter, si tu veux devenir bourgmestre, il est temps de tirer la chasse. Il y a une différence entre loyauté et naïveté.

Ceci dit, peut-on en conclure que la partie est gagnée d’avance pour Bart De Wever ? Non. Sa N-VA vit une période faste, mais se noie dans l’euphorie, tant au niveau local qu’au fédéral. Le parti anéantit ses rivaux et exaspère à ce point ses partenaires qu’il manquera d’alliés à la saison des coalitions. La N-VA fait chuter Tom Meeuws sur sa mégalomanie du temps de De Lijn, mais à l’époque, le parti n’avait rien relevé. Pire encore, le président du conseil d’administration, le N-VA Marc Descheemaecker, n’avait pas jugé pertinent de virer Tom Meeuws pour faute grave, ce qui a permis à Meeuws de partir avec cinq mois de bonus. Plus hypocrite que ça, tu meurs. Mais pour la N-VA, tous les moyens sont bons, y compris les plus orduriers.

Pour De Lijn, le destin politique de Tom Meeuws fait l’effet d’une gifle. Il a fallu attendre les péripéties de ces derniers jours pour que Meeuws rende enfin compte de ses folies de l’époque. Au moment même, le conseil d’administration, nommé par le politique, n’y voyait aucun inconvénient. La mauvaise gestion de De Lijn, un géant subventionné par le contribuable à hauteur de 1 milliard d’euros par an, est catastrophique. Jusqu’à quand ?

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