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Nos politiques, ces acteurs d’un mélodrame amateur

Image Flikr Delphine Queme

12 octobre 2016

Nos politiques, ces acteurs d’un mélodrame amateur

Héroïques, ces marathons budgétaires nocturnes ? Pas pour Jan SEGERS, qui les considère davantage comme des mélodrames amateurs.

Temps de lecture: 4 minutes

Nouvelle course au finish pour le budget fédéral. Pourquoi des partis ayant formé une coalition de leur plein gré ont-ils tant de mal à ficeler un accord sans se tirer dessus à bout portant ?

Ce mardi après-midi, c’est un Charles Michel très fatigué qui tiendra devant la Chambre son discours de politique générale. Il n’aura quasiment pas eu le temps de répéter et il devra improviser après avoir négocié son accord budgétaire dans les arrêts de jeu. Du last minute, comme s’il était question d’un simple voyage au soleil, et non du rapport annuel que chaque gouvernement doit présenter avant que soit votée la confiance ou la méfiance.

J’en ai assez de les voir

Mais en quoi consistent-ils au juste, ces marathons nocturnes ? Ces hommes politiques sont-ils des héros ? Ou bien les acteurs d’un mélodrame amateur ? Je penche clairement pour la deuxième option. J’en ai assez de les voir, ces images de vice-premiers ministres qui rasent les façades de la rue de la Loi pour échapper aux lumières des caméras impitoyables qui les poursuivent au plus profond de la nuit. J’en ai marre de les entendre, ces lieux communs qu’ils jettent en pâture aux journalistes avant de refermer la portière de leur voiture de fonction et de disparaître dans la nuit pour faire une sieste et ingurgiter trois expressos bien tassés avant de réapparaître le lendemain matin pour dire que ce sont les derniers détails qui coincent, d’ultimes broutilles qui constituent le plus dur du travail. Pourquoi nos politiques se donnent-ils tant de mal ? Pourquoi s’abaissent-ils à nous rejouer sans cesse cette sinistre comédie ? Pourquoi des partis ayant formé de leur plein gré une coalition n’arrivent-ils pas à ficeler un accord sans s’enfermer deux fois 20 heures et sans se tirer dessus à bout portant ? Et l’honnête citoyen, qu’une réunion de deux heures rend déjà fou, aura bien raison de se demander comment nos ministres peuvent garder toute leur lucidité après 20 heures de marathon budgétaire. En effet, où est passé le bon sens ? Et le sens de l’intérêt général ?

Les scènes de ces derniers jours tiennent davantage de la lutte d’égos que de l’argumentation, et moins de la détermination que de la comédie. Certes, on ne gère pas un État comme on gère une entreprise, et encore moins un ménage. Et oui, il existe une dynamique propre à la réalité politique. Mais de là à demander au citoyen de trouver normal qu’un gouvernement qui négocie à la vitesse d’un escargot asthmatique se permette, par la bouche de son premier ministre, de proposer un texte torché à la hâte, il y a un pas à ne pas franchir. De tout temps, les gouvernements successifs ont travaillé jusqu’à la dernière minute, mais il faut bien reconnaître que le gouvernement actuel bat des records en matière de procrastination. Peut-être vous rappelez-vous que notre gouvernement comptait boucler son budget pour fin juillet, début août, afin que tout le monde puisse partir en Corse ou en Toscane l’esprit serein. Trois mois plus tard, à un demi-jour près, le premier ministre a failli monter au parloir les mains vides et les fesses nues. C’est alors qu’on se demande, un peu à l’instar d’un Bart De Wever à propos de Pieter De Crem : « Mais que font ces gens de leurs journées ? »

Même un aveugle aurait pu voir en juillet que le budget allait dérailler

Même un aveugle aurait pu voir en juillet que le budget allait dérailler. Pourtant, le gouvernement a cru bon d’en reporter la confection après les grandes vacances. Primo, parce que nous ne pouvions pas encore évaluer les conséquences du Brexit. Très bien, mais aujourd’hui, on n’est pas plus avancé sur la question. Secundo, parce que nous ne pouvions pas connaître avec précision les montants des rentrées fiscales. Et aujourd’hui, on n’est pas plus avancé sur la question non plus. La seule certitude, avec ce gouvernement, c’est que les revenus sont toujours inférieurs aux attentes. Tertio, parce que le gouvernement ne voulait pas s’engouffrer dans une cacophonie budgétaire, comme l’année passée avec le tax shift. Et c’est précisément ce que le gouvernement Michel fera cet après-midi, comme on peut s’en douter après avoir pris connaissance de l’avancée des travaux hier (lundi) soir : un programme à moitié ficelé seulement et un budget 2017 plus ou moins en équilibre, mais qui ne mentionne pas tous les détails sur les réformes prévues en matière d’emploi et de fiscalité.

Le rôle d’un premier ministre

Un esprit magnanime pourrait se dire, paradoxalement, qu’il vaudrait mieux reporter l’exercice à plus tard plutôt que de bâcler des réformes aussi importantes. Mais dans ce cas, on se demandera comment le gouvernement a perdu ou a gaspillé tant de temps ces derniers mois. À attendre les chiffres exacts du Comité de monitoring ? Bien sûr que non, ces chiffres servent uniquement à être arrondis par le bas par pure commodité. À juger de l’opportunité de nouvelles idées ? Quand on se rend compte du caractère embryonnaire desdites idées à deux semaines de la date butoir, permettez-nous d’en douter, surtout lorsqu’on s’aperçoit que le gouvernement se penche une fois de plus sur un pot-pourri de propositions toutes plus folles les unes que les autres, compilées dans le fameux « catalogue des horreurs ». À mener des conversations en tête-à-tête entre Charles Michel et chacun de ses vice-premiers ministres ? Attendez, ça, c’est la méthode d’un formateur, pas d’un premier ministre. Le rôle d’un premier ministre, c’est de créer dans son équipe un climat de confiance permettant la discussion ouverte plutôt qu’entre quatre yeux.

Cette confiance, voilà ce qui manque au sein du gouvernement Michel. Un gouvernement où tout le monde se méfie de l’autre, à telle enseigne qu’un vice-premier ministre de la trempe de Kris Peeters préfère garder ses cartes bien contre lui, à l’abri des regards, avant de les abattre à la dernière minute. « Quoi ? Une taxe sur les plus-values ? » L’étonnement de ses partenaires de coalition est aussi absurde que la stratégie du CD&V. Dans ce gouvernement, aucun parti ne fait de concession à un autre. Que les partenaires de la coalition se poussent mutuellement dans le précipice, c’est leur problème. Qu’ils nous y entraînent, vous, moi et notre bien-être, avec l’arrogance et la discorde qui les caractérisent, là, c’est notre problème.

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