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11 octobre 2016

Football et racisme, bien plus que des cris de singe

Temps de lecture: 3 minutes

« Contrairement à ce que beaucoup pensent, le racisme ne cesse de prendre de l’ampleur sur nos terrains de foot. Devenu moins visible, il est même souvent accepté. Mais a-t-il pour autant disparu ? Non, certainement pas. » Ces propos sont ceux de l’ancien footballeur pro Paul Beloy, qui a écrit un livre sur le sujet avec le journaliste Frank Van Laeken.

« Les clubs regardent avant tout à l’aspect sportif. Tant que le comportement d’une partie de leurs supporters restera sans conséquence, la situation évoluera peu. »

Le livre « Vuile zwarte » (Sale noir) ne traite pas que des cris de singe entendus dans les tribunes des clubs de 1re division, mais aussi des insultes proférées à l’encontre des joueurs de couleur dans les divisions provinciales inférieures. Avec ses racines congolaises, Paul Beloy, 59 ans et ancien joueur, entre autres, du Beerschot, du KV Mechelen et du Lierse, est bien placé pour parler du problème du racisme dans le milieu du football belge.

Alors qu’il jouait au Beerschot, à la fin des années 70, les supporters de l’Antwerp lui ont un jour lancé une banane à la figure, une mésaventure dont fut également victime son coéquipier de l’époque, le Haïtien Manu Sanon. « On ne verra plus ce type de gestes aujourd’hui. C’est devenu impossible avec toutes les caméras qui scrutent les terrains de foot. Mais ce n’est pas pour autant que le racisme a disparu », explique Paul Beloy.

Les cris de singe, eux, sont restés, tout comme les injures du type « sale macaque ». « Les supporters vouent une immense admiration pour leurs propres joueurs noirs ou de couleur, mais dès qu’un Africain de l’équipe adverse fait quelque chose de mal à leurs yeux, il subit les pires grossièretés. »

Le mauvais exemple des politiciens

Paul Beloy et Frank Van Laeken sont convaincus qu’on ne peut dissocier le racisme présent dans et autour du football de l’évolution de la société. « On ne peut nier qu’on est en train de créer dans notre société un nouveau terreau pour le racisme. Quand on lit ce que certains politiciens osent dire, par exemple sur les réfugiés, il n’est pas étonnant que de plus en plus de gens trouvent normal d’insulter une personne de couleur. Beaucoup ne réagissent même plus quand ils entendent des propos racistes. Comme si c’était naturel », explique Frank Van Laeken.

Paul Beloy acquiesce. « Pour combattre le racisme, nous avons besoin d’une vision qui va au-delà du football, axée sur l’emploi, l’enseignement et le logement. Ce n’est qu’en nous attaquant à ces problèmes que nous pourrons lutter contre le racisme. Et si nous commencions déjà par aider les écoles ghettos ? »

Les deux auteurs l’affirment, cette vision n’émergera que lorsque les politiciens seront prêts à se projeter au-delà des prochaines élections. « Des personnes telles que Frank Vandenbroucke, un ancien homme politique, montrent que c’est possible. Il se penche sur des questions comme les pensions et la sécurité sociale sans devoir se préoccuper de gagner des voix », poursuit Frank Van Laeken.

Apprendre de la Premier League

L’Union belge de Football et les directions des clubs ne peuvent-elles pas prendre elles-mêmes des mesures contre le racisme des supporters ou des membres ? « Les clubs regardent avant tout à l’aspect sportif. Tant que le comportement d’une partie de leurs fans restera sans conséquence, la situation évoluera peu. Je ne pense pas que nous verrons de sitôt la direction d’un club bannir des supporters du stade pour avoir entonné des chants racistes. Ce n’est d’ailleurs pas si simple. Il faut d’abord pouvoir identifier les auteurs. »

Frank Van Laeken cite le Royaume-Uni en exemple. « Nos clubs peuvent apprendre énormément de l’approche adoptée par de nombreux clubs de la Premier League. Arsenal, par exemple, emploie près de quarante travailleurs sociaux qui aident les supporters à chercher du travail, à résoudre leurs problèmes sociaux, etc. »

« Le club anversois des City Pirates, qui évolue en division 2 amateurs, a mis la diversité au cœur de sa politique », explique Paul Beloy. « La direction considère son engagement social comme une des missions les plus importantes, si pas la plus importante du club. Elle va jusqu’à organiser une école des devoirs. »

Un point de contact discriminations

Dans leur ouvrage, les auteurs émettent une série de propositions pour combattre le racisme dans le football, comme la création par l’Union belge de Football d’un point de contact pour signaler les discriminations. Une idée suggérée à peine un mois après que la FIFA a décidé de liquider son groupe de travail sur le racisme au motif que sa mission serait accomplie.

« C’est inimaginable », s’exclame Paul Beloy. « Ces gens vivent dans une tour d’ivoire. Comment expliquer autrement cette décision ? Pour moi, la lutte contre le racisme est la mission de toute une vie, et je n’ai pas l’intention d’abandonner. »

Vuile zwarte – Racisme in het Belgische voetbal, édition Houtekiet, 19,99 euros. En vente dès le 12 octobre.

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