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26 mai 2016

Des bourgmestres CD&V remettent en question la tête de leur parti

Temps de lecture: 3 minutes

Branle-bas de combat au CD&V : les bourgmestres démocrates-chrétiens remettent ouvertement en question la tête du parti. Ils ont de plus en plus de mal à expliquer à leurs citoyens qu’il faut se serrer la ceinture. Dans un courrier interne, le président Wouter Beke se montre compréhensif : « Je sais qu’on ne peut pas ignorer ce sentiment d’injustice. »

Fort de ses 137 bourgmestres, le CD&V reste le plus grand parti flamand au niveau local. Il siège dans la majorité de 215 villes et communes flamandes sur 308. Comme les communes sont sans conteste le dernier bastion du parti, il est d’autant plus douloureux pour le président Wouter Beke de les voir se retourner contre lui, qui plus est au pire moment possible. En effet, c’est au cours de la grande journée familiale du parti dans le parc d’attraction Plopsaland que le bourgmestre CD&V de Kuurne, Francis Benoit, a tiré la sonnette d’alarme en publiant sur les réseaux sociaux un commentaire sans concession : « La colère gronde, mais à la tête du parti, on fait la sourde oreille. Il est temps d’arrêter cette mascarade, le CD&V vaut mieux que ça. »

Aujourd’hui, de nombreux bourgmestres partagent son sentiment, à l’instar de Kurt Vanryckegem, bourgmestre de Waregem : « Certes, Francis a utilisé des termes forts, mais son signal a le mérite d’être clair : écoutez davantage les mandataires locaux. Le CD&V organise deux fois par an une réunion au sommet de tous ses bourgmestres, mais j’ai parfois l’impression que pour les élites du parti, il ne s’agit que d’une formalité. »

Wouter Beke sait que les militants locaux constituent la clé du succès de son parti, et il en tire une certaine fierté. C’est pourquoi il a directement pris le taureau par les cornes en affichant sa compréhension dans un e-mail interne. Hilde Crevits, figure de proue du parti en Flandre-Occidentale, confirme pour sa part que « la tête du parti doit et va écouter la base en cas de problèmes. »

Les élections locales approchent

« Nous sommes tous touchés par les mesures d’économie, et il est normal que les bourgmestres soient interpelés par la population, confie Wim Dries, le maïeur de Genk. Lorsque les temps sont durs, les militants inquiets expriment toujours leur mécontentement. Pour le moment, à Genk, nous pouvons encore canaliser ce mécontentement avec l’aide de la tête du parti. »

Mais nombre de bourgmestres perdent patience et n’ont plus envie de défendre la politique gouvernementale, a fortiori après les sondages désastreux n’accordant plus que 13 pourcents au parti. Jenne De Potter, le bourgmestre de Zottegem, nous a expliqué les raisons de cette inquiétude : « Les résultats des mesures gouvernementales ne sont pas encore assez visibles. Et évidemment, les prochaines élections sont les élections communales. »

C’est surtout dans les cercles proches de l’ACW (le mouvement ouvrier chrétien flamand, aujourd’hui appelé beweging.net) que la pression sur les bourgmestres s’accentue. Il n’est guère surprenant que ce soit justement M. Benoit, un ancien collaborateur de l’ACW, qui ait envoyé le message à l’extérieur du parti. Stefaan Vercamer, député fédéral et président du CPAS d’Audenarde, peut également en témoigner : « Lorsqu’on se trouve dans les réseaux du mouvement, les plaintes sont quotidiennes. Pour la population flamande, la répartition des efforts n’est pas équitable. Et c’est au niveau local qu’on est le plus susceptible de devoir faire face à la grogne des militants et du personnel du parti. »

Wouter Beke n’est pas menacé

« Le CD&V peut compter sur un tissu social très fort, mais il n’est pas évident d’expliquer aux mandataires locaux les raisons de toutes les économies imposées », confie Michel Doomst, bourgmestre de Gooik, qui désapprouve la manière dont le bourgmestre de Kuurne a exprimé son courroux : « Il est bon de rester vigilant et d’envoyer des signaux, mais ces discussions-là doivent se faire en coulisses, pas sur scène. »

Si Wouter Beke déplore également la communication de M. Benoit, il a entendu le signal lancé par les bourgmestres. C’est pourquoi il leur a immédiatement demandé de lui faire parvenir toutes leurs suggestions pour améliorer le contact entre le parti et ses mandataires locaux. En outre, il a prévu de rencontrer personnellement les bourgmestres mécontents. Notons toutefois que tous les bourgmestres CD&V que nous avons contactés ont confirmé qu’ils ne remettaient pas en question la présidence de M. Beke, comme en témoigne le commentaire de M. Vanryckeghem : « C’est un bon président, et il a immédiatement compris notre signal. J’espère cependant qu’il le prendra au sérieux. »

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