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Les affaires courantes, un concept élastique

(cc) Geralt via Pixabay

26 juin 2019

Les affaires courantes, un concept élastique

Temps de lecture: 2 minutes
Jan Segers
Auteur
Traducteur Dominique Jonkers

Est-ce qu’il s’est passé quelque chose le 26 mai ? À voir la vie politique des dernières semaines, on pourrait en douter. En affaires courantes, nos gouvernements ? On jurerait que non, tellement certains ministres communiquent ! C’est qu’entre ce que peut faire et ne peut pas faire un gouvernement démissionnaire, la limite est floue. On considère généralement qu’un gouvernement en affaires courantes se limite à traiter les dossiers administratifs et de routine. Comme un concierge qui veillerait au bon ordre d’un immeuble. Le strict minimum. Il n’appartient donc pas à un gouvernement démissionnaire de définir de nouvelles orientations politiques – sauf extrême urgence. C’est ainsi qu’en 2010-2011, le gouvernement Leterme, démissionnaire, était parti en guerre en Libye. C’est dire combien la notion d’affaires courantes est… élastique.

Voilà déjà un mois que nous avons voté. Au niveau flamand comme au niveau fédéral, aucune nouvelle ne filtre sur les négociations en cours. Or il ne se passe pas un jour, pas une heure, sans qu’un ministre-en-affaires-courantes n’annonce une nouveauté ou même, comme hier, des mesures et des conseils pour lutter contre la canicule. 12h32 : communiqué de presse de Ben Weyts qui, encore aujourd’hui, se croit ministre flamand – de plein exercice – du Bien-être animal. L’homme nous prodigue ses doctes conseils pour aider nos animaux de compagnie à résister à la chaleur. Ses homologues n’ont pas tardé à lui emboîter le pas. 13h31 : communiqué de presse de Kris Peeters qui, lui aussi, se croit encore ministre – de plein exercice – du Travail. Au programme : une liste des mesures à prendre par les employeurs pour la protection des travailleurs. Il a beau partir à l’Europe la semaine prochaine, Kris Peeters entend bien ne pas manquer une occasion de servir son pays, jusqu’à la dernière seconde. C’est ainsi qu’il a lancé, le 7 juin, un code de déontologie pour les serruriers – quel soulagement !

Kris Peeters et Ben Weyts sont loin d’être des exceptions. L’implication incessante de certaines de nos excellences trahit une incapacité à renoncer. Leur sens des responsabilités ministérielles frise l’acharnement. Quand la ministre Lydia Peeters critique l’idée d’établir un lien entre Mobiscore (note attribuée à votre logement en fonction de son accessibilité, n.d.t.) et fiscalité, au nom de qui s’exprime-t-elle ? Lorsque Maggie De Block refuse qu’Actiris aide des sans-papiers à trouver un emploi, de quelle autorité est-elle investie ? Et quand Charles Michel, depuis plus de six mois, écume la scène internationale, grenouillant de réceptions en dîners comme s’il était encore le Premier ministre en titre de la Belgique, au nom de quelle majorité le fait-il ? Des 38 sièges (sur 150) dont il dispose à la Chambre ?

Tout cela donne l’impression que ces gens dirigent notre pays en bons pères de famille… Mais détrompez-vous ! Contrairement à l’époque des 541 jours de 2010-2011, aucun de nos gouvernements n’est en place, hormis celui de la Communauté germanophone. À l’époque, les gouvernements flamand, bruxellois et wallon étaient simplement restés en poste, atténuant les effets pervers de l’absence de gouvernement fédéral. Aujourd’hui, tous sont en affaires courantes. Cette impression que le pays fonctionne est non seulement fausse, mais elle est surtout dangereuse. N’allez pas croire que la Belgique est entre de bonnes mains. Qu’il n’y a pas urgence à constituer ces nouveaux gouvernements. Qu’il est normal de reporter leur formation à la fin des vacances. Vous avez dit politique de l’autruche ?

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