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Les enseignants doivent-ils se muer en contrôleurs anti-drogue ?

(cc) Gjbmiller via Pixabay

28 juin 2019

Les enseignants doivent-ils se muer en contrôleurs anti-drogue ?

Cinq grandes écoles secondaires de la commune anversoise de Brasschaat vont soumettre leurs élèves à des tests salivaires pour dépister une éventuelle consommation de drogue. La mesure entrera en vigueur dès la rentrée prochaine. Seuls les lycéens suspectés d’en consommer seront contrôlés. L’élève concerné devra donner son autorisation, mais en cas de refus, la police pourra être appelée à intervenir.

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Les cinq écoles secondaires de Brasschaat poussent-elles le bouchon trop loin en permettant le dépistage de drogues au moyen de tests salivaires ? A priori, la réponse est oui : il s’agit d’une mesure répressive et contraignante à laquelle une personne accepte généralement de se soumettre (à contrecœur) lorsqu’elle est imposée par une autorité officielle. Cette décision nuit à la relation de confiance avec les élèves. Ce faisant, les écoles s’aventurent sur un terrain glissant (aux limites indéfinies) et les professeurs se voient attribuer une énième tâche : le contrôle anti-drogue.

Avant-hier, l’opposition a surgi de toutes parts : les syndicats, le Centre flamand d’accompagnement des élèves (Centrum voor leerlingenbegeleiding), le Centre flamand d’expertise sur l’alcool et les autres drogues (Vlaams expertisecentrum Alcohol en andere Drugs), l’Organisation coordinatrice des élèves flamands (la « Scholierenkoepel ») et les juristes, entre autres, ont fait part de leurs objections. Le bourgmestre Jan Jambon (N-VA), qui mène une lutte anti-drogue de longue date dans de sa commune, est passé au bûcher sur les ondes de Radio 1. Il y a décrit les tests salivaires comme un outil permettant d’aider les élèves susceptibles de basculer dans l’addiction. Aider ? Le mot semble faible.

Une chose est sûre : il est plus facile de fustiger l’idée que de la défendre. À l’Athénée royal de Brasschaat, seule une personne travaillant à l’accueil a daigné s’exprimer : « Pas de commentaire. Et d’ailleurs nous n’avons pas de problème de drogue ici. »

Il y a pourtant bel et bien des choses à dire. À l’époque, Jan Jambon est entré en action lorsqu’un directeur lui a signalé que de jeunes élèves, en première ou deuxième secondaire, était approchés par des adolescents plus âgés qui les incitaient à consommer, voire à dealer aux sorties d’écoles. Les établissements ont alors choisi d’agir main dans la main, afin d’éviter de voir des élèves s’inscrire dans les écoles les moins strictes, et parce que la problématique de la drogue dépasse les murs scolaires. Les élèves qui vont se procurer de l’herbe au parc de Brasschaat viennent de partout.

Il est question de bandes. Werner De Leeuw, directeur de l’Institut communal, affirme sans détour que la problématique de la drogue autour de son école a augmenté (ce qui n’est pas le cas dans le reste de la Flandre, selon le Centre flamand d’expertise sur l’alcool et les drogues). Dans le même temps, il souligne que le test salivaire constitue l’instrument ultime : « S’il a lieu une fois par an, c’est déjà beaucoup. » Un outil dissuasif, préventif, que l’on garde dans le tiroir ? Pas sûr qu’il résolve le problème. Les complications juridiques, pratiques et déontologiques, elles, seront réelles.

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