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20 juin 2015

Le CD&V, saint patron des agriculteurs ?

Temps de lecture: 2 minutes

Vous souvenez-vous de la dernière fois que l’agriculture flamande n’a pas été placée sous la houlette d’un ministre CD&V ? C’était en 1999, lors des élections postcrise de la dioxine, avec Vera Dua. Petite, mais pleine d’audace, la ministre Agalev avait tenté de sensibiliser le monde agricole à la beauté des fleurs et des verts pâturages. Elle l’apprit à ses dépens. Accablée d’injures, elle fut même traitée de garce écologiste lors d’une manifestation à laquelle prit part son propre collègue ministre libéral Jaak Gabriëls. À côté de cela, l’actuelle campagne de dénigrement de la N-VA contre Joke Schauvliege passe pour une bisbille. Tout est question de perception.

Lorsque la N-VA et le CD&V rivalisent de provocations, qu’elles soient au-dessus ou au-dessous de la ceinture, le gouvernement flamand de Bourgeois se mue en foire d’empoigne. Mais quand, sous le gouvernement Dewaele (1999-2003), le VLD et Agalev se volaient dans les plumes, leurs querelles s’inscrivaient alors dans une nouvelle culture du débat ouvert : trouvaille géniale, mais concept vide de sens.

Aucune chance que Joke Schauvliege se voie traitée de garce. Sa fibre écologiste ne se manifeste qu’une fois tous les besoins des agriculteurs satisfaits. Elle serait la marionnette du Boerenbond, la principale organisation agricole de Flandre ? Quand bien même. Les ministres CD&V ont-ils jamais joué un autre rôle ? Doivent-ils pour autant en avoir honte ? Le CD&V donne dans la défense des intérêts. Où est le mal ? Lors de la formation du gouvernement flamand, le parti a mis de l’eau dans son vin, préférant donner la priorité à son mouvement. Hilde Crevits veillerait sur l’Enseignement, Jo Vandeurzen sur le Bien-être et Joke Schauvliege sur l’Agriculture.

 

Aucune chance que Joke Schauvliege se voie traitée de garce écologiste, comme Vera Dua le fut à l’époque du gouvernement Dewaele.

Simple question de bon sens paysan. À la N-VA, on doit être d’une grande naïveté ou être un fieffé roublard pour faire ainsi le constat que Joke Schauvliege est le pantin des agriculteurs. Cette indignation sonne creux. Si Geert Bourgeois et Bart De Wever se souciaient vraiment de la Nature et de l’Environnement, ils n’auraient jamais toléré que Joke Schauvliege mette le grappin sur ces deux compétences en plus de l’Agriculture. Pour une ministre qu’on réduit bien volontiers à un poids plume, son portefeuille paraît bien lourd.

Comme les critiques récentes faites à Pieter De Crem, celles adressées à Schauvliege ne sont pas totalement infondées. Néanmoins, elles manifestent surtout une frustration politique, plutôt qu’une vraie inquiétude existentielle. Bart De Wever s’exaspère du stoïcisme avec lequel Wouter Beke circonscrit sa force du changement, à l’échelon régional comme au fédéral. Le besoin irrépressible de la N-VA de se défouler sur des cibles faciles comme Schauvliege et De Crem évoque davantage l’affolement d’un gibier aux abois que la précision d’un chasseur d’élite. Quand le président du CD&V demande que cessent les attaques à l’encontre de ses ministres, il le fait surtout par acquit de conscience. Wouter Beke sait mieux que quiconque que cette campagne ne s’arrêtera pas avant les élections communales de 2018 et les législatives de 2019. La Flandre n’a de place que pour un seul grand parti populaire. Ce combat à la vie à la mort entre le CD&V et la N-VA va inévitablement occulter tout autre débat politique, régional ou fédéral, au cours des prochaines années. La Flandre et la Belgique seront les grandes perdantes de ce duel délétère. Au-delà de son caractère déplorable, ce crime inspire une authentique envie de vengeance envers son auteur.

 

De Jan Segers,

Traduit du néerlandais (Belgique) par Guillaume Deneufbourg

Editorial paru dans Het Laatste Nieuws du 19/06/15, p.2

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